Arabie Saoudite : Camilla, italienne y vit et y travaille

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Publié le 2020-06-04 12:28

« Si vous êtes jeune, n'ayez pas peur de changer de vie car vivre dans un autre pays élargit vos horizons. Au terme de cette aventure je prendrai mon abaya avec moi comme le symbole des efforts que j'ai faits et du courage que j'ai eu! » Camilla, une expatriée italienne, parle à Expat.com de son expérience à Riyad, en Arabie saoudite.

Parlez-nous un peu de vous et des raisons qui vous ont amenées à Riyad.

Tout a commencé en août 2019. J'étais en train de me rendre à Venise en voiture pour embarquer sur un bateau de croisière et profiter d'une semaine de vacances bien méritée avec ma meilleure amie. Soudain, j'ai reçu un appel de mon manager. Je me suis tout de suite dit que c'est urgent, sinon il ne m'aurait jamais appelé pendant mes vacances. Il me demande : « Es-tu assise ? Je suis ici avec le responsable des ressources humaines ». Ce qui m'a fait pensé au pire, tout en continuant à lui répondre à l'affirmatif. C'est à ce moment-là qu'il m'a annonce qu'un poste était disponible pour un projet à Riyad et qu'ils ont immédiatement pensé à moi.

Je n'ai pas eu à réfléchir avant d'accepter la proposition. A mon retour de vacances, j'ai été dépêchée à Milan pour remplir les formalités relatives à la demande de visa. Le 24 septembre, je m'envole pour la première à Riyad en compagnie de deux collègues. Pour des raisons de confidentialité, je ne vous parlerai ni de l'entreprise, ni du projet. Je peux uniquement vous dire qu'il s'agit actuellement du projet le plus important à Riyad.

Quelle a été votre première impression à votre arrivée ?

J'ai été très surprise de voir à quel point tout était « gigantesque » par rapport à l'Italie où tout est à taille humaine.

Ma première réflexion était : « Mais comment conduisent-ils ces gens-là? ». J'ai risqué ma vie 2 ou 3 fois durant ma première expatriation professionnelle !

J'ai également été impressionné par la dimension et l'ouverture des espaces, sans parler du bruit. C'est très différent de l'environnement de travail auquel j'étais habituée.

Cependant, ma première impression a été positive, particulièrement en ce qui concerne la façon dont j'ai été traitée et accueillie par tout le monde.

Quelle a été la situation la plus complexe que vous avez connue à Riyad et comment l'avez-vous surmontée ?

Laissant de côté la composante professionnelle dans laquelle j'ai vécu pas mal de moments complexes et délicats en raison de divers facteurs, la plus grande difficulté pour moi a sans doute été de redimensionner mon caractère trop vivant et « exagéré » pour une ville comme Riyad. Il est vrai que l'Arabie saoudite est en pleine transformation. D'ailleurs, elle a déjà beaucoup changé mais je ne pense pas qu'une personne hyperactive comme moi y soit réellement adaptée.

J'ai du me ménager car je suis, de nature, une personne très expansive, bruyante, pleine de vitalité. Je me laisse guider par mes sentiments et mes émotions : quand j'écoute de la musique et que ça me donne envie de danser dans la rue, je ne me retiens pas, en général. A Riyad, en revanche, c'est impossible. Non seulement je serais mal vue, mais je risquerais même de me faire arrêter par la police !

Je me suis habitué, petit à petit, à ce mode de vie plus paisible et ordonné, laissant mon exubérance derrière moi. Dans le complexe où je vivais, le port de l'abaya n'était pas obligatoire, et on pouvait faire ce qu'on voulait dans une certaine limite.

Qu'est-ce que cela fait d'être la seule femme au sein d'une équipe internationale ?

Jusqu'à récemment, j'avais un collègue italien qui m'avait accompagné. Sa présence était réconfortante, surtout parce que je suis la plus jeune de l'équipe. Cependant, avec mes collègues, on est comme une petite famille. Des fois, je me sentais presque comme une maman pour eux. A présent, je me sens un peu seule sur ce point-là. Je vais devoir m'affirmer au sein d'une équipe exclusivement masculine et leur prouver que j'ai la capacité d'accomplir plein de choses malgré mon très jeune âge.

Depuis quelques années, les femmes sont également autorisées à travailler en Arabie saoudite. Je pense que ce fut une étape très importante pour le pays. Il s'agit surtout de la reconnaissance de la valeur de la femme non seulement au sein de la famille mais aussi en tant que femme indépendante et active. « Inch'Allah » (c'est-à-dire « si Dieu le veut ») les femmes saoudiennes profiteront bientôt d'une plus grande liberté.

A votre avis, quelles sont les principales différences entre les mondes du travail italien et saoudien ?

Sans vouloir généraliser, parce que chaque personne a sa propre personnalité et ses propres réflexions, je pense que la principale différence est le « pragmatisme ». Nous, les Italiens, sommes plus pragmatiques, plus rapides et plus résolus à accomplir une tâche ou à résoudre un problème. Dans l'environnement de travail saoudien, en revanche, les gens sont plus calmes. Les choses se font sans hâte, sans anxiété, quand on a le temps.

Nous, les Italiens, sommes plus forts et sommes plus ouverts aux changements (le tout combiné avec nos gestes classiques et indubitables). Les Saoudiens sont toujours calmes et posés : ils ne laissent pas leurs émotions prendre le dessus. Les Saoudiens n'aiment pas les critiques et la confrontation directe : ils préfèrent discuter. Les différences sont nombreuses, mais c'est probablement cela qui rend notre équipe si forte et unique.

Qu'aimez-vous faire pendant votre temps libre à Riyad ?

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Riyad propose une myriade d'activités amusantes. J'ai eu beaucoup de chance comme je suis arrivé ici juste avant le début de la « Riyadh Season », une série d'événements répartis dans toute la ville, comprenant des concerts, des terrains de jeux, un festival de lanternes, des feux d'artifice, des restaurants internationaux dont Twiga Briatore, parmi tant d'autres ... J'ai pu profiter de toutes ces attractions avec mes amis. Je suis aussi allée au concert de Pitbull : c'est peut-être la meilleure soirée que j'ai passée à Riyad.

J'aime aussi me promener dans les immenses centres commerciaux, aller au cinéma, découvrir de nouveaux endroits dans la ville, visiter les mosquées et les souks (marchés typiques en plein air).

De temps en temps pendant le week-end, je vais à la découverte des pays et régions avoisinants, comme le Bahreïn, le désert qu'on surnomme « The Edge Of The World », Oman, Dubaï, etc.

L'Arabie saoudite a beaucoup changé ces dernières années. Auparavant, il n'était même pas possible d'écouter de la musique en public. Il y a maintenant beaucoup plus de liberté.

Y a-t-il un code vestimentaire spécifique à respecter en public ?

Oui, dans les lieux publics, comme au bureau, il est obligatoire pour les femmes de porter une abaya. Il s'agit d'une robe longue jusqu'aux chevilles, généralement dotée d'une fermeture éclair ou de boutons ou des fois sans.

L'abaya peut également être maintenue ouverte (même si dans certains endroits, il est conseillé de la garder fermée), mais en dessous, vous devez porter des vêtements amples et non décolletés ou permettant de voir les formes du corps. Le port du le voile n'est pas obligatoire, sauf si on se rend dans un lieu de culte.

J'ai eu du mal à m'y habituer au départ, mais à présent, j'y suis habituée. J'aime bien acheter des abaya de différentes couleurs et textures.

Jusqu'à il y a quelques années, les Mutawa, ou la police religieuse saoudienne, imposait à tout le monde une certaine façon de s'habiller et de se comporter en matière de religion.

Les femmes sont-elles nombreuses à conduire ? Comment vous déplacez-vous à Riyad ?

Depuis le 24 juin 2018, les Saoudiennes sont autorisées à conduire. Il s'agit d'une décision du prince héritier Mohammed bin Salman dans le cadre de la « Vision 2030 », un plan de réformes économiques et sociales mis en place par les autorités saoudiennes.

Si une Italienne voulait conduire, il suffirait d’obtenir un permis de conduire international. Cependant, ni moi ni mes collègues ne conduisons, non seulement par choix mais aussi parce qu'il est difficile et dangereux de conduire à Riyad lorsque l'on n'y est pas habitué. Nous nous déplaçons donc avec Uber. C'est un service vraiment confortable et efficace.

La pandémie de coronavirus a-t-elle eu un impact négatif sur votre mission professionnelle à Riyad ?

Malheureusement oui, comme partout ailleurs. Heureusement, je n'ai subi aucun impact négatif sur le plan économique mais c'était le cas au niveau de la gestion du travail. Je m'occupe d'un domaine où la composante humaine est très importante et travailler à domicile en communiquant uniquement en ligne n'étais pas une chose facile.

Qui plus est, j'ai dû passer un mois de plus à Riyad, comme les frontières étaient fermées. Comme les vols pour l'Italie, pays à haut risque, le manque de contact avec le monde extérieur et l'incapacité de rentrer chez moi se sont avérés déstabilisants. Heureusement, l'ambassade d'Italie a fini par organiser un vol de rapatriement pour Rome, ce qui m'a permis de rentrer chez moi et retrouver ma famille. J'espère que tout reviendra bientôt à la normale et que je pourrai bientôt retourner au bureau de Riyad.

Quelles sont les coutumes qui vous ont le plus touchées en Arabie Saoudite ?

Parmi les coutumes qui m'ont le plus impressionnées (certaines dans un sens positif et d'autres dans un sens négatif), il y a :

La présence de la « Section Famille » et de la « Section Unique » (c'est-à-dire, secteur « famille » ou « hommes ») aussi bien dans les restaurants que dans les magasins. Cette division permet aux familles ou aux femmes seules de rester dans un environnement « protégé », à l'abri des regards indiscrets. Dans les magasins de sous-vêtements féminins, par exemple, l'accès n'est accordé qu'aux familles ou aux femmes.

Religion : la charia est la loi islamique qui s'applique aux musulmans. Je pense que ce type de religiosité (s'il n'est pas porté à l'excès) est une forme de dévotion très forte et profondément enracinée.

Les magasins ferment pendant les heures de prière : toujours liés à une forte religiosité. Ainsi, les prières tous les magasins et restaurants et les entreprises publiques doivent à l'heure de la prière. J'ai failli rester coincée plusieurs fois dans des magasins à l'heure de la prière !

Partage : les Saoudiens (je pense que les cultures orientales en général) ont un sens du partage très profond. En ce qui concerne la nourriture, vous ne commanderez jamais de plats simples, mais de nombreux plats à partager et à manger ensemble.

Des jours ouvrables différents : à mon arrivée à Riyad, on m'a dit que je travaillerais du dimanche au jeudi. Pour eux, le vendredi est un jour sacré. En fait, même les magasins ouvrent l'après-midi à partir de 15h.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui souhaiterait s'expatrier en Arabie saoudite ? Comment doit-elle s'y prendre pour aborder le monde du travail saoudien et la société locale ?

Pour une femme occidentale (mais aussi pour un homme), il n'est certainement pas facile de s'adapter à un monde si différent.

Mon conseil, surtout si vous êtes jeune comme moi, est de ne pas avoir peur de changer de vie car la plupart du temps le changement est un enrichissement et non un abandon.

L'expérience de vivre dans un pays autre que le sien a ses « avantages » et ses « inconvénients » mais cela permet certainement d'élargir nos horizons. Cependant, il faut faire preuve de curiosité et respect afin de tirer le meilleur parti de l'expérience.

Évitez de décourager et de vous sentir mal à l’aise de quelque façon que ce soit, simplement parce que nous sommes des femmes dans une société où il existe encore des inégalités, même si la tendance est à la baisse.

Au terme de cette aventure, je prendrai mon abaya avec moi comme le symbole de l'effort que j'ai fait et du courage dont j'ai fait preuve. Après cette expérience, rien ne m'arrêtera !