Expatriation professionnelle: les États-Unis perdent-ils leur attractivité ?

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Publié le 2021-12-07 à 10:00 par Mikki Beru
Omicron sera-t-il le grain de sable dans le grand plan « infrastructures » de l'administration Biden ? À la clé, des millions d'emplois, et une nouvelle occasion pour la main-d'œuvre étrangère de vivre le rêve américain. D'un côté, cependant, le nombre de visas baisse, alors que de l'autre, les villes moyennes manquent de forces vives. Qu'en est-il concrètement ? Expat.com fait le point.

Pandémie, tractations politiques, et gel des visas

C'est l'un des grands paradoxes des États-Unis. Alors que le pays ouvre grands ses portes aux talents internationaux, le nombre d'immigrants baisse. -9% par rapport à 2020, rapporte Bloomberg News. La chute est encore plus impressionnante comparativement à 2019 : -17%. Sont ici étudiés les visas H1-B, dévolus aux étrangers qualifiés. C'est LE visa de prédilection pour faire carrière. Or, depuis deux ans, coup de frein sévère sur les arrivées d'étrangers qualifiés.

Principales raisons : la pandémie et la politique Trump. La fermeture des frontières en mars 2020 met le monde à l'arrêt. Les États-Unis n'échappent pas à la règle. Dès avril 2020, le président d'alors, Donald Trump, tweete : « au regard de l'attaque de l'Invisible Ennemi, et face à la nécessité de protéger les emplois de nos GRANDS citoyens américains, je vais signer un décret présidentiel suspendant l'immigration aux États-Unis ». Trois ans de présidence Trump avaient déjà mis à mal la politique migratoire lancée par Obama. Baisse du nombre de visas de travail (-16%), idem pour les cartes vertes (cartes de résident permanent) avec une baisse de 25%. 2020, année de la Covid, est aussi celle des élections américaines. Trump, candidat à sa succession, promet plus de restrictions encore pour les étrangers, dont le fameux gel des visas. Officiellement, il s'agit de lutter contre la pandémie. Mais c'est aussi, pour le président-candidat, le moyen de jouer sur les peurs et de gagner les faveurs de millions d'Américains touchés par la crise. L'histoire lui a donné tort, les conséquences de sa politique sont cependant là.

Mais gare à l'emballement. La baisse des visas H1-B s'explique aussi, à la marge, par un changement de statut des postulants pour une carte verte (le H1-B restant un visa temporaire). Pragmatiques, les analystes mettent en avant la politique Biden, plus ouverte que celle de Trump. Les effets des restrictions de visas ne devraient pas se sentir sur le long terme. Le gouvernement Biden prévoit de délivrer environ 140 000 visas de résidence permanente.

Les villes moyennes, nouvel eldorado des expatriés ?

Est-ce l'un des autres effets de la Covid-19 ? Les Américains démissionnent. Si les postes fortement exposés à la conjoncture (employés, chauffeurs, livreurs, serveurs...) sont visés, les emplois des secteurs de pointe le sont aussi. Ces Américains le savent : ils sont désormais en position de force. Autant les talents internationaux sont recherchés, autant les salariés des secteurs soumis à la concurrence sont courtisés. C'est la « grande démission », s'exclament les analystes, devant les chiffres du département de l'Emploi aux États-Unis : 2,9% de turn-over, soit 4,3 millions de démissions. Les secteurs fortement exposés à la concurrence et qui proposent souvent des salaires peu élevés sont particulièrement touchés. Ainsi, les métiers de l'hôtellerie et de l'alimentation enregistrent une hausse des démissions de 6,8%.

De quoi, paradoxalement, relancer la croissance des villes moyennes ? Car les analystes observent un phénomène de glissement entre les postes difficiles, délaissés par les Américains et repris par la main-d'œuvre étrangère. Le phénomène n'est pas nouveau. La période 2010-2019 a vu les villes moyennes monter en puissance, boostées par les immigrants. Charleston, Nashville ou Louisville ont grandi en nombre d'habitants et en attractivité. Pour le groupe de réflexion Heartland Forward, la médaille d'or est à attribuer à l'Iowa et l'Ohio, dont la forte croissance va de pair avec la hausse de l'immigration.

S'expatrier dans les villes moyennes, le bon plan ? Oui, selon Heartland Forward, pour qui les villes moyennes attirent désormais plus que les mythiques New York ou Los Angeles - du moins, les perspectives d'évolution y seraient plus fortes. D'autres études montrent que sans les immigrants, Philadelphie, Détroit ou San José auraient perdu en nombre d'habitants et en attractivité. Les étrangers contribuent à la croissance économique. À Lincoln (capitale du Nebraska), Huntsville (en Alabama) ou Council Bluffs (dans l'Iowa) il y a environ trois fois plus d'offres d'emploi que de demandeurs. Pour ces villes, le défi, c'est d'attirer la main-d'œuvre étrangère pour continuer leur croissance économique. Surtout en ces temps de pandémie, impossible de laisser des secteurs entiers rester sous tension. Mais pour les étrangers, pas question de jouer les salariés de seconde zone. Eux aussi aspirent au meilleur, et le font savoir. S'ils capitalisent sur les villes moyennes, c'est pour mieux faire carrière. 

En novembre dernier, la loi « infrastructures » du gouvernement Biden est adoptée par la Chambre des représentants. Victoire du démocrate, et ambitieux plan de 1200 milliards de dollars, qui devrait créer des millions d'emplois dans de multiples domaines, durant les dix prochaines années. Voilà une nouvelle opportunité, pour les expatriés, de tenter l'aventure américaine.