
Durement touchée économiquement par la crise sanitaire, la Thaïlande a un objectif : renouer avec la croissance. L'État œuvre sur les deux fronts : endiguer la pandémie, et faire revenir les étrangers. Les premiers résultats sont encourageants. Le nombre de contaminations baisse, les étrangers vaccinés retrouvent les principaux spots touristiques thaïlandais. Comment la Thaïlande arrive-t-elle à attirer les expatriés '
Programme gagnant de réouverture des frontières
On l'appelle le « Phuket Sandbox 7+7 Extension ». Lancé en août dernier, le programme « Phuket Sandbox 7+7 » permettait aux étrangers pleinement vaccinés de se rendre sur l'île de Phuket. Après une phase expérimentale, qui a permis à plus de 29 000 voyageurs internationaux complètement vaccinés de séjourner à Phuket, Thanakorn Wangboonkongchana, porte-parole du gouvernement, tire un bilan positif : des visiteurs étrangers heureux de retrouver l'île, des locaux rassurés de revoir leur économie repartir, et, surtout 50 millions de dollars de recettes générés. Le gouvernement ouvre d'autres territoires : Surat Thani, Krabi, et Phang-Nga. Il prévoyait d'ouvrir Bangkok et 3 autres provinces dès octobre prochain, mais les cas jugés encore trop élevés de Covid-19 invitent les autorités à la vigilance. Bangkok serait plutôt accessible en novembre. La Thaïlande joue la carte de la prudence, consciente que sa survie économique est en jeu. À défaut de pouvoir retrouver son statut de « refuge sans Covid-19 », longuement plébiscité par les expatriés en 2020, l'Etat veut s'afficher comme un territoire sûr, avec des mesures anti-Covid-19 efficaces. La Thaïlande s'est remise du pic observé en août – avec plus de 20 000 nouveaux cas au plus fort de la crise. Le nombre de contaminations chute (10 919 cas au 21 septembre). Au 20 septembre, 21,7 % de la population est pleinement vaccinée ; 41,1 % ont reçu au moins une dose. Consciente que le retour de la croissance passe par une gestion sans faille de la crise sanitaire, la Thaïlande opte pour la réouverture ciblée, et contrôlée : seuls les étrangers pleinement vaccinés et se soumettant à des tests PCR réguliers peuvent séjourner sur des zones bien délimitées du territoire. Le pays table sur une réouverture totale en 2022.
Appel aux riches expatriés
Bonne nouvelle pour les expatriés : les secteurs de la finance, des technologies de l'information, du commerce, de l'électronique, de l'ingénierie et de l'industrie manufacturière se portent bien, et recherchent de nouveaux collaborateurs. Mais le porte-parole du gouvernement va plus loin. Dans son allocution du 14 septembre dernier, il annonce que la Thaïlande entérine les mesures de « stimulation économique et d'investissement » pour attirer les « riches étrangers » ou les « étrangers à fort potentiel ». Il annonce ainsi que la proposition du gouvernement lancée en juin dernier sera bien concrétisée. Un gouvernement qui affiche clairement son intention : attirer les riches expatriés, qu'il classe en quatre catégories : les riches, les retraités bénéficiant d'une pension, les personnes souhaitant travailler en Thaïlande (notamment, ceux souhaitant travailler depuis la Thaïlande, mais pour l'étranger), et les professionnels hautement qualifiés.
Pour eux, le gouvernement prévoit des réductions d'impôts, des extensions pour rester sur le territoire (possibilité d'obtenir visa de 10 ans), et des mesures simplifiées pour investir dans l'immobilier. Le gouvernement espère attirer quelque 1 million d'expatriés, et a déjà fait ses comptes. Les impôts seuls, même réduits, pourraient lui rapporter plus de 15 milliards de dollars. Les expatriés, eux, s'engageraient à investir dans l'économie locale. Là encore, le gouvernement apporte des précisions chiffrées. Pour les riches expatriés, il prévoit un minimum de 500 000 dollars d'investissement dans l'économie thaïlandaise. En contrepartie, les expatriés pourraient travailler sans permis de travail (dans la limite de 20h/semaine), et ne pas être imposés sur leurs revenus étrangers. La part d'investissement baisse à 250 000 dollars pour les retraités. Les nomades numériques et les personnels très qualifiés devront travailler pour des sociétés justifiant d'un gros chiffre d'affaires, ou des institutions réputées (universités, organismes de recherche etc.).
Dans la droite lignée de sa politique de réouverture et d'appel des expatriés, la Thaïlande a lancé son e-visa, ou visa 100 % numérique. Procédure simplifiée, entièrement en ligne, pour une plus grande souplesse dans les démarches. Les riches expatriés pourraient même voir leurs démarches encore plus simplifiées, avec des visas de 10 ans. Les autres se sentent oubliés des autorités, et rappellent que les expatriés ne sont pas tous riches et/ou fortement qualifiés. Ils dénoncent un double discours du gouvernement, qui entendrait, par « expatrié », « expatrié occidental » et qui désignerait les autres travailleurs étrangers sous le terme de « travailleurs migrants ». Les expatriés déjà présents en Thaïlande nuancent donc les nouvelles mesures du gouvernement, et souhaitent que l'on s'intéresse à leur sort : procédures de renouvellement de visa contraignantes, sentiment d'être délaissé par les autorités, surtout avec une crise qui a détruit près de 700 000 emplois occupés par les expatriés, essentiellement dans les secteurs fortement soumis à la conjoncture (tourisme, restauration, loisirs). Reste à savoir si le gouvernement prendra en compte leurs revendications. Le pays reste l'une des contrées favorites des expatriés, qui apprécient son cadre de vie, son coût de la vie peu élevé, et ses investissements en matière de nouvelles technologies. L'avenir dira si les nouvelles mesures incitatives du gouvernement attireront encore plus d'expatriés.


















