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Simon Bouvy : Un itinérant en escale à Maurice

Simon Bouvy a déjà réalisé son rêve : vivre sur une île et faire de l’élevage en mer. Ce rêve, il le vit tous les jours, à Maurice en tant que superviseur à la Ferme Marine de Mahébourg. Le Français – originaire du sud mais né en Côte d’Ivoire et ayant fait le va-et-vient entre la France, le Brésil, le Sénégal et la Réunion – a posé ses valises sur l’île depuis deux ans.

Qu'est-ce qui vous a amené vers nos rives ?

Le travail. C'est Romain, un bon ami français à moi, qui m'a fait part du poste d'Assistant Manager à la Ferme Marine de Mahébourg il y a deux ans. Auparavant j'étais employé en écloserie. Comme ici, mon travail consistait à m'occuper d'environ 40 millions de petits poissons de 2g, que l'on revendait à 10 à 15g. Il nous fallait tous les trier par taille et en faire des lots pour les vendre à des personnes qui faisaient des cages en mer en Italie, en Grèce, en Tunisie, en Turquie, en Algérie et en Méditerranée en général.

En arrivant ici, j'ai commencé comme assistant de Romain, dont j'étais les yeux et les oreilles en mer pendant un an et demi, et je contrôlais l'équipe de nourrisseurs pour veiller à ce qu'ils alimentent les poissons selon les quantités et vitesses adéquates. Suite au départ de Romain, j'ai dû chausser ses bottes et prendre le relais de la gestion de l'écloserie. A la tête de quatre équipes, je m'occupe des cages en mer, supervise les nourrisseurs, prévois les changements de filet et autres manipulations, emmène les poissons en mer et organise les pêches ainsi que les transferts de poissons de cage en cage.

Vous exercez dans un domaine quelque peu mal perçu dans le monde. Est-ce le cas de la Ferme Marine de Mahébourg ?

Il est vrai qu'il existe une image contournée de l'aquaculture car on pense souvent aux élevages de saumon en Norvège, où les poissons sont truffés d'antibiotiques, entre autres. Mais ce n'est pas le cas ici. Il y a, d'autre part, la notion erronée que l'aquaculture entraîne, comme retombée, l'arrivée de requins dans le lagon – ce qui est faux. Ici à Pointe aux Feuilles, c'est ce dont se plaignent les pêcheurs locaux ; cependant, leur contrariété découle probablement aussi du fait qu'ils ne peuvent accéder aux poissons situés dans notre zone. En effet, les poissons aiment l'ombre et viennent donc souvent se coller à nos cages où ils parviennent aussi à se nourrir. Du côté de la communauté des plongeurs, ils sont plus d'un enthousiastes à vouloir explorer nos fonds. L'aquaculture a, en effet, contribué à réformer l'écosystème sous-marin de la région avec des hippocampes et des espèces de nudibranches répertoriées nulle part ailleurs. 

Et d'où tenez-vous cette expérience dans le poisson ?

De mon père, vraisemblablement. Je trempe dedans depuis mes 19 ans grâce à lui. Directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement, il a été, au préalable, chercheur sur la qualité de l'eau, les cyanobactéries et les algues. Il travaillait aussi dans l'aquaculture et m'emmenait avec lui. Après mon baccalauréat scientifique, j'ignorais ce que je voulais faire de ma vie et c'est mon père qui m'a mis en tête d'exploiter mon contact avec la mer et d'y trouver ma voie. Bien que réticent au départ, j'ai suivi une formation à Montpellier qui m'a fait l'effet d'une révélation. Le véritable déclic s'est produit à mes 21 ans lorsque je travaillais en mer sur des cages à l'île de la Réunion. J'ai alors conçu le dessein d'en faire mon métier, de préférence sur une île, avant mes 30 bougies.

Pourquoi élire l'île Maurice comme destination pour réaliser cette ambition ?

Le hasard a bien fait les choses. C'est ici qu'on m'a proposé un poste. D'ailleurs, dans la sphère des cages marines, les options ne sont guère nombreuses, le métier étant relativement nouveau, ce qui fait que ce n'est pas possible d'exercer dans beaucoup d'endroits. L'île Maurice, pour sa part, correspond à l'idéal de vie que j'imaginais pour moi, avec un poste à pourvoir qui me garantissait l'accès à la mer et à la vie sur un bateau. Je voulais voyager et Maurice est un régal par rapport au cadre, à la météo, à la vie, aux gens, à l'ambiance, et au coût de la vie inférieur au nôtre en France. La qualité de la vie ne laisse pas non plus à désirer ; je peux me faire plaisir sur plusieurs choses et pleins d'activités que je n'aurais pas forcément pu faire en France. Ici je m'adonne aux activités nautiques comme la pêche et la plongée sous-marine, et ai l'occasion de profiter des soirées et festivals même s'il faut bouger de chez moi à Mahébourg et à travers l'île. Les petits restos à tous les coins de rue ont aussi de l'attrait.

Autre gros avantage : le français comme langue parlée à Maurice. Cela rend mon intégration ici d'autant plus fluide. Je suis sociable et je m'entends bien avec tout le monde, ce qui fait que je m'intègre vite. Je me suis fait plein d'amis locaux ; d'ailleurs, j'ai zéro ami français ici. Et puis avec le travail, je suis immergé dans la langue créole au quotidien ; mon apprentissage se fait donc inévitablement et, mon intégration, plus facilement.

Comment évalueriez-vous l'île Maurice comme destination d'expatriation, notamment en ce qui concerne les possibilités d'embauche ?

Ce n'est pas tout à fait simple de se procurer un emploi en tant qu'expat. D'une part, je pense qu'il n'y a pas énormément d'entreprises ici qui ont les moyens de payer le salaire minimum des étrangers et, d'autre part, il ne semble pas y avoir de nombreux postes à pourvoir. Maurice est très protectionniste vis-à-vis de sa main-d'œuvre et des offres d'emploi donc, pour être embauché, il faut vraiment arriver avec des qualifications qu'on ne trouve pas ici. Les expats sont ainsi employés à des postes plus importants afin de ne pas prendre celui d'un Mauricien. Dans mon cas, par exemple, la formation en aquaculture à Maurice n'existe pas, ou débute à peine. Théoriquement, par rapport au bagage que j'ai, on ne peut pas en trouver l'équivalent localement.

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