Expat Blues : être « l'autre moitié » dans un couple d'expatriés

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Publié le 2020-07-01 08:00

Lorsqu'un couple déménage à l'étranger pour des raisons professionnelles, cela peut parfois signifier qu'une personne est rapidement projetée dans un nouvel emploi exigeant, et que l'autre se retrouve soudainement dans le rôle de « support ». Comment se fait-il que certaines personnes puissent s'adapter facilement à cette transition vers « l'autre moitié », alors que pour d'autres, les regrets et les ressentiments commencent à faire surface? Et comment pouvons-nous y faire face ? Le psychothérapeute londonien Paul Carslake propose quelques idées.

Lorsque vous êtes en couple, vous travaillez un peu comme un micro-organisme. Une entreprise à deux. Chacun de vous peut avoir un job - votre emploi rémunéré - mais vous pouvez également avoir une sorte de poste au sein du couple. Bien qu'il n'y ait pas de descriptions de travail écrites, vous pourriez vous retrouver à assumer certaines responsabilités, telles que la réservation des vacances ou le règlement des factures, ou peut-être que l'un de vous est plus susceptible d'inviter des amis à boire un verre, de nettoyer la salle de bain, ou faire réparer la voiture. Nous n'avons même pas commencé à parler des centaines d'autres tâches liées à la garde des enfants, si vous en avez. Cela peut parfois sembler chaotique, mais il existe généralement une sorte d'équilibre.

Le fait d'être expatrié apporte un certain déséquilibre. Vous avez quitté votre maison dans votre pays et vous vous êtes installé ailleurs. Peut-être que vous avez tous deux laissé tomber vos emplois, mais c'est peut-être le travail de votre partenaire qui vous a amené dans ce nouvel endroit, et vous vous trouvez actuellement sans emploi, peut-être pour la première fois depuis le début de votre carrière. Bien sûr, cela a ses avantages. Lorsque vous arrivez pour la première fois, il peut y avoir beaucoup de tâches administratives à remplir, ce qui vous occupera pendant quelque temps. Ainsi, vous prendrez plus de temps pour vous rendre compte que, fondamentalement, certaines choses importantes ont changé.

Une Britannique d'une trentaine d'années m'a raconté une fois que lors d'une soirée organisée par l'employeur de son conjoint, elle a commencé à sentir que quelque chose n'allait pas : « Nous avions des badges et ils avaient mal orthographié mon nom. D’habitude cela ne me dérangerait pas mais à ce moment-là, je ne sais pas pourquoi je n'arrivait pas à le digérer. J'ai suivi mon époux, rencontré quelques connaissances et discuté un peu, mais je me sentais absente en quelque sorte. C’est à ce moment-là que je me suis rendue compte de ce que j’avais perdu en venant ici. »

Les expatriés peuvent prospérer, lutter ou passer de l'un à l'autre dans n'importe quel ordre. À certains égards, les renversements et les blessures que la vie nous inflige peuvent s'amplifier pour un expatrié parce que nous somme dépourvus de certains « amortisseurs » qui nous permettent généralement d’affronter différentes situations quand on est dans son pays : un cercle social, avec des amis proches, peut-être, ou la familiarité avec parc ou notre café préféré, ou tout simplement en sachant que nos parents et nos proches ne sont pas très loin.

De plus, lorsque la relation du couple est déséquilibrée et que l’un des deux se retrouve dans une situation de « plus 1 » ou de « l’autre moitié », cela peut faire ressurgir des pensées et des sentiments qui ont été enfouis depuis longtemps. Il a peut-être fallu que la crise de COVID-19 nous montre à quel point le fait d'avoir un emploi, des collègues et un lieu de travail contribuent à notre sentiment de bien-être. Perdre ces balises dans notre vie de tous les jours, comme doivent le faire de nombreux conjoints ou partenaires expatriés – peut entraîner un sentiment de faiblesse et d'anxiété. Dans certains cas, cela peut même raviver une sorte de tristesse écrasante résultant de nos précédentes pertes.

Cela peut aussi faire remonter de la colère : « Regarde ce que j'ai abandonné pour te suivre jusqu'ici, et vois ce à quoi ressemble ma vie maintenant ! » Pour beaucoup d'entre nous, notre plus grande difficulté avec le sentiment de colère c'est que nous ne savons pas l’exprimer, et cela revient souvent à la façon dont la colère a été traitée dans notre famille durant notre enfance et notre adolescence. Pour pouvoir maîtriser certains des moments les plus sombres de votre expérience d'expatrié, il faut que vous puissiez communiquer et exprimer tout ce que vous ressentez, y compris votre mécontentement.

Un moyen efficace de le faire est de se considérer comme l'un des pièces d'une collection : « Une partie de moi est en colère pour avoir dû laisser tomber ma vie dans mon pays pour m'installer ici. Mais l'autre partie de moi t’aime et ne te quittera jamais. » En retour, la personne qui en fait les frais peut considérer cela non pas comme une attaque personnelle comme de se dire que « tout est de ta faute » mais comme l'expression du ressenti de quelqu'un qui nous est cher. Ensuite, une fois que les défenses sont tombées, vous pourrez alors discuter et exprimer à vive voix tout ce que vous ressentez.