Ville étudiante: Tokyo en passe de devenir numéro un ?

Article
Publié le 2019-08-19 16:29

Pour la deuxième année consécutive, Tokyo se hisse à la 2e place des meilleures villes étudiantes au monde du Classement QS. Une consécration récente pour la capitale, qui, en 2017, était encore à quelques pas du podium, reléguée à la 7e position. Comment expliquer ce boom tokyoïte ? Que viennent chercher les étudiants internationaux à Tokyo ?

Des universités reconnues à l’international

Tokyo compte également des universités à la renommée internationale. Dan, l’étudiant canadien de Waseda, explique que c’est aussi pour cela qu’il a choisi Tokyo. “On est habitués aux grandes universités américaines ou européennes. Mais dire qu’on a été au Japon, ça ajoute un prestige supplémentaire, je trouve.” Medhi, étudiant français à l’université de Keio, partage cet avis. “Keio est connu à l’international, notamment, via ses travaux de recherche. Elle met en place des services pour faciliter l’intégration des étudiants étrangers. Je suis très content d’étudier ici. La fac a des programmes en anglais, mais j’ai étudié le japonais pour m’intégrer encore mieux, et plus vite. Mon niveau est loin d’être parfait, mais je m’accroche.”

Keio est, en effet, dans le top 10 des meilleures universités du Japon, juste derrière Waseda, classée 9e. (classement 2019). A la première place, l’indétrônable Université de Tokyo, plus connue sous le nom de “Todai”. C’est aussi la 23e meilleure université du monde. Les places sont donc chères. Nombreux sont les étudiants, japonais comme étrangers, à vouloir y étudier. Le nom même de l’université est devenu une marque que l’on brandit fièrement, un symbole de réussite.

Japon, le pays 100 % sûr ?

C’est un sentiment que partagent Japonais et expatriés : au Japon, on vit en sécurité. A Tokyo, par exemple, peut sortir, même tard le soir, sans craindre d’avoir des problèmes. 

Une criminalité quasi-inexistante, qui a séduit les quatre étudiants interrogés. Ils ont vite adopté la manière de vivre des Japonais. Tous racontent comment ils laissent sacs, et téléphone, sans surveillance, sur leur table de restaurant, de fast-food etc. le temps d’aller aux toilettes ou de passer sa commande. “C’est comme ça qu’on réserve sa place”, explique Medhi. Chose impensable dans d’autres pays. Pourtant, au Japon, peu de vols. “Les gens ont le respect du bien public” analyse Dan.

Une quiétude qui ne doit pas faire oublier que le crime - même rare - existe. L’attaque à l’arme blanche, comme la tragédie de mai 2019, à Kawasaki, où un homme a agressé des écoliers, à l’arrêt de bus. L’incendie du studio d’animation de Kyoto est encore dans toutes les mémoires. 

Autre fait inquiétant : selon les autorités japonaises, certains individus profiteraient du sentiment de confiance ambiant pour commettre leurs forfaits. Il n’est, en effet, pas rare de voir des personnes se promener, sac grand ouvert. 

Certains délits sont en augmentation. Parmi eux, le préoccupant : le “ore ore sagi”, (l’arnaque du “c’est moi, c’est moi”) où l’arnaque de celui qui se fait passer pour votre petit-fils. Il touche principalement les personnes âgées, qui se font appeler par un prétendu petit-enfant, quémandant de l’argent.

Les étudiants internationaux sont également touchés. Pour eux, se sont des appels de supposés compatriotes, qui proposent leur aide (non gratuite), pour faciliter l’intégration au Japon. Les établissements scolaires alertent régulièrement les étudiants, et leur recommandent de ne pas répondre aux numéros inconnus.

Cher ou pas cher ?

Épineuse question que celle du coût de la vie. Pour Gwen, étudiante vietnamienne en école de langue, il faut connaître les bonnes adresses. Dan approuve “il y a des discounters, à Tokyo. Tout y est moins cher.” Medhi ajoute : “il faut fuir les konbini (convenience store, supérettes ouvertes 24h/24). Préparer le plus possible. Tester les produits de saison, et les aliments japonais, au lieu de toujours acheter des plats préparés. En faisant ça, on fait beaucoup d’économies sur le budget nourriture.”

Le budget logement, par contre, est difficilement compressible. A moins de choisir un dortoir, pour environ 30 000 yens/mois, et de renoncer au confort minimum. Yô, étudiante chinoise en école de langue, ajoute : “Pour ce qui est de la vie : je n’ai pas aimé mon déménagement (qui aime déménager ?). J’ai trouvé ça contraignant. Et cher”. Pas facile, en effet, surtout si l’on doit faire appel à une société japonaise. La barrière de la langue peut constituer un réel frein. 

Les agences immobilières ont flairé la bonne affaire : beaucoup proposent des solutions de logement clé en main à Tokyo pour les étudiants. Partenariats avec les établissements scolaires, réductions etc. Leur nouveau concept en date : la social residence. Grande immeuble moderne, avec des extras : salle de cinéma, de sport, espace co-working etc., pensé pour les étudiants et jeunes actifs. Occasion de tester la vie en communauté, et de faire des rencontres. En choisissant une social residence à l’écart du centre tokyoïte, on réalise, en plus, des économies non négligeables. Dès 70 000 yens par mois, on trouve, à Saitama, par exemple, des chambres spacieuses et équipées. 

Art de vivre et dépaysement

D’aucuns s’accordent sur ce point : s’il est un pays qui a su conserver, malgré la mondialisation, son mystère et ses particularités, c’est bien le Japon. Dans ce pays où chaque pierre peut être un kami (un dieu), l’émerveillement est à chaque pas. Au Japon, les saisons rythment le quotidien - surtout le printemps, mondialement connu pour ses sakura, les cerisiers du Japon. Les journaux lui consacrent leur une. Une météo spéciale sakura, indique le début et la fin de la floraison selon les régions. L’automne est tout aussi célébré, avec les momiji, les feuilles d’érables japonais.

Cette place de la nature fait partie intégrante de la vie des Japonais. Pour les étudiants internationaux, c’est une invitation à se reconnecter avec soi. Dan, étudiant canadien à l’université de Waseda, confirme : “Je suis quelqu’un d’assez solitaire, et aime bien faire de longues promenades dans la nature. En venant à Tokyo, je voulais me tester. J’avais peur d’être “mangé” par cette grande ville ultra moderne, qui ne dort jamais. Mais j’ai été frappé par le nombre de jardins : Ueno, Kôrakuen, Meiji-jingu, Yoyogi, Shinjuku Gyôen, Rikigien, le jardin Impérial... Il y a de la verdure partout ! C’est très surprenant de découvrir un petit jardin, un grand parc, ou un temple, au milieu des constructions modernes. C’est la magie du Japon.”

Le Japon, c’est le mariage réussi de l’héritage du passé, du confort du présent, et des rêves de demain.

Passion Japon 

Nombre d’étudiants sont réellement passionnés par la culture japonaise. Beaucoup d’entres eux l’ont connue via la pop culture : manga, anime, jeux-vidéo, drama (série japonaise), musique. C’est le cas de Yô : “depuis que je suis enfant, j’ai toujours regardé des anime. Ensuite, je me suis intéressée aux drama et à la musique japonaise. Avant d’aller au Japon, j’ai vécu pendant environ 7 ans aux Etats-Unis - je vivais près de la côté japonaise, et pensais souvent “je suis proche du Japon, pourquoi ne pas y aller ?” J’ai donc finalement décidé de quitter les Etats-Unis, pour me rendre au Japon.

Gwen évoque aussi la proximité géographique avec le Japon : “J’ai d’étudier choisi le Japon car il n’est pas loin du Vietnam ! Bien sûr, j’aime aussi énormément la culture japonaise.” 

Pour Dan, amoureux des grands espaces, ce sont les paysages japonais qui ont fait toute la différence : la nature, l’architecture, l’art, et la nourriture. “J’aime tester des nouvelles choses” plaisante Dan. “Je suis devenu un inconditionnel du pain-melon ! Dans un tout autre style, j’aime bien la pop japonaise.” Pour Medhi, se sont les livres, notamment les ouvrages historiques, qui l’ont décidé à tenter l’aventure japonaise. “Je suis passionné d’histoire. Quand j’ai découvert celle du Japon, je me suis dit : on y va !”

Gwen revient sur cette culture japonaise tellement unique. Si elle l’apprécie beaucoup, elle reconnaît que le quotidien est parfois difficile. Elle conclut cependant sur une note positive : “J’ai réalisé qu’en venant au Japon, mon caractère a profondément changé. J’ai vécu beaucoup de nouvelles expériences, rencontré des personnes venant de plein de pays différents et suis devenue plus mature. Rien que pour ça, je suis contente d’être venue au Japon.”

Sources :