Gilbert Croze : « Les entreprises se mondialisent, l’on doit prendre en compte les différences culturelles »

  • Gilbert Croze
Interview
Publié le 2019-02-14 12:30

L’étiquette professionnelle américaine n’a plus aucun secret pour Gilbert Croze. D’ailleurs, fort de ses trente années d’expérience en relations professionnelles aux États-Unis, cet ingénieur de formation a co-écrit un livre intitulé « Travailler avec les Américains : 12 leviers interculturels pour réussir ». Diplômé de Stanford, Gilbert Croze a occupé pendant huit années le poste de Directeur Général de Matra Aerospace Inc. à Washington. Depuis son retour en France, il se spécialise dans le conseil et la formation en gestion interculturel de cadres de grands groupes français.

Parlez-nous de votre expérience à l’étranger...

J'ai fait huit ans d'expatriation aux États-Unis, de nombreuses missions au Canada, en Australie, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Afrique du Sud et au Brésil. J'ai été choisi pour démarrer la holding de mon entreprise française à Washington. Le challenge me paraissait très intéressant et les États-Unis fascinaient toute notre famille.

Ingénieur de formation, vous vous spécialisez dans le management interculturel. Qu'est-ce qui explique ce changement ?

Ma formation à Stanford m'a fait évoluer de postes techniques en position de management. Durant mon expatriation aux États-Unis, j'ai beaucoup travaillé sur les différences culturelles puisque je devais expliquer aux Français de la maison-mère comment les Américains travaillent et expliquer aux Américains de la filiale acquise comment les Français fonctionnent. A mon retour en France, j'ai travaillé sur ce sujet et ai rédigé un premier livre axé sur les 12 lois incontournables du marché américain. J'ai ensuite commencé à former des cadres français avant leur expatriation aux États-Unis sur le sujet.

En quoi la gestion de différentes cultures en entreprise est-elle essentielle ?

Les entreprises se mondialisent et ont des filiales dans de nombreux pays; le personnel, les clients et les partenaires sont internationaux. Les affaires et la gestion des ressources humaines doivent prendre en compte les différences culturelles pour « synergiser » les équipes, éviter les impairs et tirer profit des forces et compétences locales.

Quelle est l'attitude que l'on doit absolument adopter lorsqu'on entreprend des études, commence un nouvel emploi ou qu'on s'apprête à négocier à l'étranger ?

Il faut développer une intelligence interculturelle de découverte de l'autre culture et éviter les préjugés, l’ethnocentrisme, toute attitude arrogante et de dénigrement. Au contraire, il faut s’ouvrir aux autres, être curieux et poser des questions sur les codes de business et les trade-offs possibles en négociation et respecter les procédures, notamment en termes de sécurité. Il vaut mieux éviter les sujets délicats comme la religion et la politique.

Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer durant sa période d’adaptation aux États-Unis ?

A l'étranger, on peut devenir rapidement frustré par des démarches plus compliquées que prévues. Au début, on a le sentiment qu'on n'y arrivera jamais, puis petit à petit tout se met en place. Par ailleurs, aux États-Unis, les Américains paraissent très ouverts et amicaux au premier abord mais cela ne veut pas dire qu'ils deviendront des amis intimes. Ils ne voient pas leurs espaces publics et privés de la même façon qu'en France et on peut être déçu par ce côté superficiel.

Plus spécifiquement, comment l'étiquette professionnelle américaine est-elle différente de celle de la France ?

Sauf exception, rester tard le soir au travail n'est pas la marque du chef ou du professionnel ambitieux mais plutôt le signe d'un manque d'efficacité. Il y a un temps pour le travail et un temps pour autre chose. Les Américains sont monochrones : un temps pour une tâche à la fois.

Être à l'heure à une réunion, c'est déjà être en retard. Il faut respecter les horaires de début et de fin de réunion. Ces réunions sont, d’ailleurs, une mise en action et non pas un débat d'idées. On répond rapidement aux mails et aux messages, même si c’est avec un mail d’attente. On est positif et on s'encourage en permanence. On est concentré sur sa tâche, évitant d'interrompre le travail de ses collègues.

Dans la vie de tous les jours, qu'est-ce qui pourrait complètement dépayser un Français aux États-Unis ?

Des petites choses comme aller en basket au travail et mettre des chaussures de ville une fois arrivé au bureau, certains panneaux d'interdiction/autorisation de stationner ou encore s'habituer aux pourboires obligatoires, notamment dans les restaurants.

Quels conseils pourriez-vous donner à une personne qui compte s'installer ou qui vient de s'installer en aux États-Unis ?

Il faut passer les 100 premiers jours à régler les problèmes d'installation : logement, permis de conduire, banque, abonnements. C’est après que l’on passe à son intégration sociale : rencontre des voisins, inscription dans une association... Un premier bilan doit être fait à six mois : si vous n'avez pas réussi à vous faire des amis américains, il y a danger ! Vous risquez de ne côtoyer que des Français expatriés.

Personnellement, quel aspect de la vie aux États-Unis avez-vous préféré ?

L'approche pragmatique qui rend les choses de la vie courante plus faciles. Les relations de travail plus franches, claires et directes sans être brutales. L'optimisme et le tout est possible.

Y a-t-il une chose que vous changeriez si tout était à refaire ?

J’aurais peut-être fait une formation sur les relations interculturelles avant de partir ainsi que faire ma formation à Stanford plus tôt dans mon expatriation. Et puis, il y a aussi le retour en France : j’aurais peut-être commencé plus tôt à le planifier.