Menu
Expat.com
Rechercher
Magazine
Rechercher

Alimentation des enfants : comment s'adapter en expatriation ?

petite fille mangeant un sandwich
bongkarnThanyakij / Envato Elements
Écrit parNatallia Slimanile 05 Mai 2026

Imaginez que la cantine de l'école de votre enfant interdise la malbouffe. C'est une bonne chose, non ? Mais que se passerait-il si l'école se mettait également à contrôler le contenu de sa boîte à lunch ? Finis les boissons sucrées, les snacks industriels, les aliments frits et les friandises. Ces petites gâteries que vous glissiez dans son repas pour lui faire plaisir, ou ce snack familier venu de chez vous, ne sont plus autorisés. Ce n'est pas une situation imaginaire, mais bien la réalité des parents à Abou Dhabi.

L'émirat a récemment introduit des changements radicaux dans la vie scolaire : la malbouffe est désormais interdite. Cette mesure concerne aussi bien les écoles publiques que les établissements privés, y compris les écoles internationales. Et elle soulève une question des plus pertinentes : que mangent vraiment nos enfants ? Surtout quand personne ne les surveille.

De la boîte à repas au choc culturel

La nourriture est souvent l'un des premiers chocs culturels que vivent les expatriés à l'étranger. Mais en tant qu'adultes, nous avons tendance à ronchonner un peu… puis à nous adapter. En revanche, quand il s'agit de nos enfants, nous sommes bien moins souples. Beaucoup de parents ont aujourd'hui des convictions très arrêtées sur ce que leurs enfants devraient manger. Certaines de ces convictions sont d'ordre culturel, d'autres découlent de notre vision de ce qui est sain. Mais soyons honnêtes : la notion même de ce qui est bon pour la santé a considérablement évolué — et continue de le faire. Pas plus tard qu'en janvier 2026, la pyramide alimentaire a été complètement remise à plat pour donner la priorité aux protéines et aux graisses au détriment des glucides.

Et si vous pensez que les conceptions de l'alimentation idéale pour les enfants sont pratiquement les mêmes partout dans le monde, détrompez-vous.

Au Japon, par exemple, les repas scolaires, appelés kyūshoku, sont équilibrés et soigneusement structurés. Un repas type comprend du riz ou des nouilles, du poisson ou de la viande grillée, des légumes, une soupe et du lait. Les élèves mangent généralement ensemble en classe et sont encouragés à finir leur assiette.

En Suède, les cantines scolaires sont gratuites pour tous et satisfont à des critères nutritionnels stricts : céréales complètes, peu de sucre, beaucoup de protéines. Et la boisson proposée par défaut est… l'eau.

Les États-Unis, eux, sont connus pour une approche radicalement différente. Les cantines y offrent une liberté totale : pizza, burgers, pâtes… côtoient des options plus saines comme la salade de chou ou le steak. Les repas apportés de la maison sont également très répandus. Il existe même tout un créneau sur TikTok où des parents montrent les lunchboxes qu'ils préparent pour leurs enfants, parfois élaborées à l'extrême, parfois d'une simplicité déconcertante, avec des commentaires à l'avenant. Et bien qu'il existe des recommandations nutritionnelles officielles, de nombreuses écoles et familles choisissent de rester souples.

En France, le repas à la cantine est un vrai repas assis, servi en plusieurs temps : entrée, plat principal, fromage et dessert.

De mon côté, je vis actuellement en Algérie, et ici les enfants peuvent manger à peu près ce qu'ils veulent : les goûters à l'école comprennent souvent un paquet de gâteaux, du lait chocolaté, des briques de jus de fruits et des yaourts sucrés.

Les enfants d'expatriés face à une nouvelle alimentation

Pour les enfants d'expatriés, la question de la nourriture et des repas scolaires est souvent source de complications. Qu'on ait trois ans ou trente ans, la nourriture est intimement liée au réconfort. Dans les moments de stress, notamment, nous nous tournons vers ce que l'on appelle la « comfort food », ces aliments qui nous rassurent par leur familiarité.

Pour des enfants qui traversent déjà une période d'adaptation importante après un déménagement à l'étranger, la nourriture peut constituer cette bouée de sauvetage indispensable vers ce qu'ils connaissent et comprennent. Puis ils arrivent à l'école et se retrouvent face à un changement de plus : de nouveaux aliments, des associations de saveurs un peu déroutantes, leurs camarades qui achètent des en-cas totalement différents… Tout cela peut finir par être franchement difficile à absorber.

Face à ces bouleversements, les enfants adoptent généralement l'un de deux comportements bien distincts : soit ils se jettent tête baissée dans les aliments locaux « tendance », portés par l'enthousiasme de leurs camarades de classe, soit ils se replient sur ce qu'ils connaissent et aiment, les plats faits maison et les repas apportés de la maison. Ces deux extrêmes peuvent s'avérer épuisants à gérer pour les parents.

Alors, que faire ?

Comment gérer l'alimentation de son enfant à l'étranger

Pour de nombreux expatriés, ce processus relève du tâtonnement. Il n'existe pas de réponse ou de solution universelle. Les enfants sont tous différents, et les pays aussi. Si certains adoptent sans difficulté les nouvelles habitudes alimentaires, d'autres n'acceptent jamais vraiment pleinement un nouveau mode de vie. Cela dépend également beaucoup de l'âge de vos enfants.

« Quand nous avons déménagé du Brésil en Chine, notre fille avait trois ans. Au Brésil, nous aimons les sucreries et les viennoiseries au petit-déjeuner. Le pão de queijo (*pain au fromage) est incontournable. Il y a beaucoup de fruits, des yaourts aussi. Notre fille a commencé la maternelle en Chine, et ici le petit-déjeuner est, sans vouloir offenser personne, très fade, du moins pour les petits. Du congee avec de l'eau et des brioches à la vapeur. Je pensais que ce serait un problème, mais pour ma fille, ces petites brioches vapeur ressemblaient au pão de queijo de chez nous, et elle les a adorées. Apparemment, c'était surtout une question de forme », raconte Paula, une expatriée brésilienne en Chine.

Pour d'autres, l'adaptation est loin d'être aussi simple. Winston, un Américain qui a vécu pendant longtemps en Chine, en témoigne : « Nous sommes rentrés à Phoenix pendant la pandémie. Mes enfants avaient 10 et 13 ans et avaient passé toute leur vie en Chine, avec seulement quelques courts séjours aux États-Unis. Sur le plan alimentaire, c'était un grand changement pour ma femme aussi (*qui est chinoise). En Chine, la fraîcheur des produits est une priorité absolue. Avant notre retour, mes enfants n'avaient jamais vu de plats surgelés prêts à l'emploi. Bien sûr, une fois à l'école, ils ont commencé à manger différemment. Cette nourriture ne leur convenait pas vraiment au début ; ils ont même eu quelques petits problèmes digestifs. Ma femme tenait à cuisiner chinois à la maison tous les jours, et il nous a fallu quelques mois pour trouver une organisation qui fonctionne : ils ont droit à quelques snacks à la cantine, mais à la maison, ils mangent comme avant. »

Dans bon nombre de nos articles sur les changements alimentaires liés à l'expatriation, les États-Unis reviennent souvent. Il semblerait que, si la restauration rapide et les produits transformés font rêver dans les films et les publicités, de nombreux expatriés venus d'autres régions du monde peinent à la qualité et aux prix des aliments américains. Et lorsqu'il s'agit de l'alimentation des enfants, les parents sont souvent particulièrement vigilants.

Que peuvent faire les parents ?

La première chose que beaucoup de parents soulignent, c'est que les choses finissent généralement par s'arranger. Le hic, c'est que cela ne se fera probablement pas selon votre calendrier. Votre enfant risque de traverser toutes les étapes classiques de l'expatriation sur le plan alimentaire : de la lune de miel au choc culturel, en passant par la phase d'ajustement, jusqu'à l'acceptation. Mais il le fera à son propre rythme.

Ce qui aide, c'est la patience. Accordez-vous au moins quelques mois d'instabilité et ne paniquez pas si les choses ne se passent pas comme prévu. Vous pouvez mettre ce temps à profit pour observer les habitudes alimentaires de votre enfant et partir à la découverte de votre nouvel environnement gastronomique.

Renseignez-vous et négociez. Vous pouvez, par exemple, demander le menu de la cantine à l'avance et le parcourir avec votre enfant. Expliquez-lui les plats qu'il ne connaît pas, et s'il y en a un qui ne lui convient vraiment pas, envisagez de glisser un substitut dans sa boîte à repas.

Pensez à créer un menu de transition. Plutôt que de vous concentrer uniquement sur l'exploration des nouvelles saveurs ou, à l'inverse, sur le maintien de ce qui est connu, vous pouvez construire un pont entre les deux. Cela peut même devenir une activité ludique en famille : inventer des recettes fusion qui mêlent ce qui est nouveau à ce que vous connaissez bien.

Un peu de malbouffe, ce n'est pas la fin du monde. C'est paradoxal, mais plus un régime alimentaire est restrictif, plus la tentation d'y déroger peut être forte. Vouloir éliminer complètement la malbouffe peut se retourner contre vous, et votre enfant trouvera de toute façon un moyen habile de se la procurer en douce.

Optez plutôt pour une approche souple : autorisez quelques aliments « plaisir » au cours de la semaine, en définissant clairement lesquels et dans quel contexte votre enfant pourra en profiter.

Mais revenons à Abou Dabi. Même si elle est compréhensible, la nouvelle réglementation relative aux repas scolaires peut agacer certains parents. Elle complique les choses, et ceux-ci devront peut-être faire preuve d'un peu plus d'imagination. Vous pouvez essayer de respecter les nouvelles consignes, mais à votre façon, en vous appuyant sur des aliments que votre enfant connaît déjà. Ou bien vous pouvez suivre les recommandations dans les grandes lignes, tout en glissant de temps en temps un aliment réconfortant, un favori de votre enfant, pour lui faire plaisir.

Mais vous, qu'en pensez-vous ? Les initiatives prises par les écoles d'Abou Dabi vous semblent-elles bénéfiques, ou compliquent-elles davantage la vie des familles ?

Enfants
A propos de

Titulaire d'une licence (avec distinction) en langue anglaise et interprétation simultanée, Natallia a exercé en tant que rédactrice et éditrice pour diverses publications et chaînes médiatiques en Chine pendant dix ans.

Commentaires