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Enfants expatriés : où est leur chez-soi ?

jeune femme parlant a son fils ado
bnenin / Envato Elements
Écrit parNatallia Slimanile 21 Avril 2026

On parle souvent des difficultés que représente un déménagement pour les adultes. Vous perdez vos liens avec vos amis, parfois même avec votre famille, vous souffrez de fatigue linguistique et vous devez vous adapter à un mode de vie entièrement nouveau. C'est une épreuve que beaucoup d'adultes connaissent bien. Mais qu'en est-il des enfants ?

Qu'en disent les recherches ?

Les enfants qui grandissent dans une culture différente de celle de leurs parents sont souvent désignés par le terme TCK (« third culture kids », ou enfants de la troisième culture). Et la question de leur adaptation à de nouveaux environnements a fait l'objet de nombreuses études. Selon l'une d'entre elles, les enfants expatriés n'ont pas la même conception du « chez-soi » que les autres enfants. Pour eux, il n'existe pas d'appartenance exclusive à une seule culture : ils se sentent attachés à plusieurs cultures à la fois.

Dans l'ouvrage Third Culture Kids : Growing Up Among Worlds, l'auteure Ruth Van Reken et le sociologue David C. Pollock montrent que les TCK développent souvent ce qu'ils appellent une « identité de la troisième culture », quelque chose de nouveau, qui ne se rattache pleinement ni au pays d'origine des parents ni au pays d'accueil, mais qui leur appartient en propre.

Si cela semble positif, une autre étude souligne que les enfants expatriés qui déménagent fréquemment traversent de multiples cycles de deuil. À chaque déménagement, ils doivent dire adieu à leurs amis et à un environnement familier, ce qui laisse des traces durables.

Le psychologue Erik Erikson considère la construction de l'identité comme la tâche développementale centrale de l'enfance et de l'adolescence. Or, pour les enfants expatriés, cette étape semble bien plus complexe et moins clairement définie.

Les parents peuvent-ils favoriser le positif et atténuer le négatif ?

Veiller au bien-être d'un enfant expatrié est un processus délicat, qui ne se réduit pas à une formule simple. Si vous constatez que votre enfant est en difficulté, il est toujours préférable de consulter un professionnel. Mais il peut aussi être utile de lire et d'écouter les témoignages d'autres parents et d'y puiser quelques pistes concrètes pour améliorer le vécu de leur enfant.

« Je viens de partout et de nulle part »

« Nous avons été confrontés à ce problème : notre fils ne savait pas quoi répondre à la question "D'où viens-tu ?". Mon fils est métis : je suis russe et son père est taïwanais, et nous vivons dans une petite ville aux États-Unis. Les autres enfants lui posent souvent des questions parce qu'il est le seul à avoir une apparence "différente". À un moment, on l'a entendu dire "Je viens de partout et de nulle part." Alors on a commencé à lui parler davantage de son histoire. On lui a expliqué qu'il était né à Taïwan, comme son père. On lui a dit que maman venait d'un autre pays ; on lui a montré des photos (il n'a jamais été en Russie). Maintenant, quand on lui demande d'où il vient, il raconte de longues histoires. Mais je crois que c'est une bonne chose. C'est sa façon de mieux comprendre qui il est », témoigne Ekaterina, une expatriée russe aux États-Unis, venue de Taïwan.

Pour les enfants dont la situation est plus complexe, des questions en apparence anodines, comme « d'où tu viens ? », peuvent s'avérer loin d'être simples. Il existe d'ailleurs un fil entier sur Reddit consacré à cette question au sein de la communauté TCK.

Certains préfèrent garder la réponse aussi simple que possible :

« Je donne juste ma nationalité. »

Pour d'autres, tout dépend du niveau de détail souhaité : « Oui, c'est ma réponse par défaut quand je veux répondre en une phrase. Ça m'aide aussi que je ne sois pas un mélange en termes d'origines parentales (régionalement, si, mais nationalement, non), même si je sais que ça se complique pour les TCK dont les parents sont de nationalités différentes. »

Certains reconnaissent que, des années plus tard, c'est encore une question à laquelle ils n'ont pas vraiment de réponse : « Je me lasse vraiment de cette question, parce que moi-même je ne sais plus (morte de rire). Je dis juste "je suis d'origine XYZ, mais j'ai grandi principalement dans différents pays d'Europe, et un peu en Amérique du Nord." »

Et d'autres ont trouvé que la meilleure stratégie consiste à retourner la question : « Tu veux savoir où je suis né, où j'ai grandi, ou où je vis en ce moment ? » Ça déroute les gens.

C'est pourquoi initier tôt ses enfants à un nouveau vocabulaire pour répondre à cette question peut s'avérer précieux. Cela leur laisse aussi le temps de « s'exercer » jusqu'à trouver la formulation avec laquelle ils se sentent le plus à l'aise.

« Laissez-les poser les questions difficiles »

Beaucoup de parents se sentent, au moins en partie, coupables de faire déménager leurs enfants, surtout lorsqu'il s'agit d'un autre pays ou d'une autre culture, et plus encore si les enfants ne sont pas favorables au départ. Ce sentiment de culpabilité pousse souvent les parents à éviter d'aborder le sujet de la relocalisation et toutes les interrogations qui l'accompagnent.

« L'une des nombreuses erreurs que j'ai commises en gérant notre déménagement avec mon fils, c'est d'avoir essayé de le distraire. Je m'efforçais de le rendre enthousiaste à l'idée de la nouvelle école, du nouveau parc et de la plage. J'ai fini par lui mettre la pression pour qu'il soit content, et je crois qu'il n'a pas pu exprimer ce qu'il ressentait vraiment pendant longtemps. Il faisait probablement semblant d'aller bien, alors qu'il avait du mal à formuler des questions qu'il n'osait pas poser », confie Ekaterina.

« Nous, on ne change pas »

Pour un enfant, un déménagement bouleverse souvent bien plus de choses que pour un adulte. Tout dépend de son âge, mais une grande partie de la vie d'un enfant est ancrée dans un lieu précis : les amis, les aires de jeux, les parcs, l'école, les liens sociaux, la nourriture, les habitudes avant et après l'école. Quand tout cela change en même temps, il est naturel que ce soit difficile à digérer.

Eugenia, une expatriée biélorusse au Kenya, venue d'Allemagne, décrit son approche : « Ce qu'on répète tout le temps à nos garçons, c'est que oui, les choses peuvent être différentes, mais nous, on ne change pas. Notre famille, notre façon d'être, de nous parler, tout ça reste pareil. Ils peuvent toujours tout nous dire ; on peut discuter de tout, de ce qui ne leur plaît pas ou de ce qu'ils trouvent difficile. On a des conversations très ouvertes sur la façon dont chacun se sent, et je crois qu'on s'en sort bien dans l'ensemble. »

Avoir un foyer solide comme point d'ancrage peut être extrêmement structurant pour un enfant qui traverse une période de remise en question identitaire. Cette idée trouve ses fondements dans la théorie de l'attachement de John Bowlby, selon laquelle les enfants se tournent naturellement vers leurs figures d'attachement dans les environnements instables.

« Certains enfants s'adaptent tout simplement mieux »

« Tout dépend de vos enfants. Je ne crois pas qu'il existe un conseil universel qui conviendrait à tout le monde. Mon fils, ça ne le dérange pas vraiment de déménager. Il a cinq ans ; il se fait des amis très facilement. Il entre dans une pièce, fait rire tout le monde, et voilà, il a de nouveaux meilleurs amis. Il ne nous a jamais posé de questions, et quand on lui demande d'où il vient, il répond sans se poser de questions. Peut-être que je suis trop optimiste, mais il ne semble vraiment pas en souffrir. Ma fille, c'est tout le contraire. Elle a besoin de repères et de routine. Elle me ressemble. Elle aime que les choses soient organisées et prévisibles. Et elle nous a dit franchement qu'elle ne voulait plus déménager parce qu'elle a un "copain". Heureusement, on ne prévoit pas d'autre déménagement dans les dix prochaines années », raconte Alina, une expatriée russe aux États-Unis.

Beaucoup d'expatriés insistent sur l'importance d'observer attentivement ses enfants et de rester à l'écoute. Leur réaction peut surprendre, et ils peuvent traverser des situations auxquelles on ne s'attendait pas.

Ils ont deux « maisons » : la « maison travail » et la « maison vacances »

Certains expatriés sont convaincus des bienfaits de routines bien établies pour les enfants qui voyagent avec eux. Ainsi, même si le cadre extérieur de leur vie change, le cadre intérieur, lui, reste stable et constitue un véritable ancrage.

Jenny, une expatriée brésilienne en Chine, témoigne : « On essaie de maintenir les choses aussi similaires que possible dans les deux endroits. Ils se lèvent à la même heure, prennent leur petit-déjeuner (on essaie aussi de leur donner des plats qu'ils connaissent), vont à la crèche, et quand ils rentrent, on suit leur planning habituel, comme à la maison. Comme nos enfants ont des journées bien remplies, leur quotidien ne change pas vraiment quand on est dans un autre pays. Ils sont encore petits, trois et cinq ans, donc c'est encore "facile". »

Les parents d'enfants plus grands, en revanche, font souvent le choix de routines différentes selon les lieux, mais cohérentes en elles-mêmes.

« Chez nous, les routines à l'étranger et à la maison sont très différentes, et les enfants le savent ; ils y sont habitués. À Dubaï (où la famille a déménagé), c'est le mode travail. Mon mari et moi sommes au bureau ; les enfants sont à l'école. Ils ont leurs activités sportives après, et on se retrouve tous le soir. Le week-end, on sort, on explore, on profite en famille. Mais quand on rentre au pays pour les vacances scolaires, c'est du tout famille. On ne crée volontairement aucun programme particulier pour les enfants là-bas. Leur routine, c'est justement l'absence de routine. Ils passent du temps avec les grands-parents, retrouvent leurs amis, on part faire des escapades improvisées. Ils adorent ça. Je crois que ce changement de rythme leur fait vraiment du bien. Ils ont toujours hâte de rentrer, mais ils sont aussi contents de revenir à l'école, car ils s'ennuient de leurs amis et de leurs activités ici. C'est comme s'ils avaient deux maisons : la "maison travail" et la "maison vacances" », explique Nadezhda, une expatriée biélorusse à Dubaï, venue de Pologne.

« On a un jour Zoom officiel »

L'un des problèmes majeurs liés à la relocalisation, c'est que l'on perd souvent le contact. Si, pour les adultes, il s'agit souvent d'un processus naturel (on avance, les chemins s'éloignent), pour les enfants, cela peut se vivre de façon bien plus brutale et douloureuse. Et souvent, ils ne savent tout simplement pas comment entretenir des liens avec des amis devenus lointains.

« On a déménagé quand notre fils avait huit ans. C'est le pire âge pour déménager, honnêtement. Parce qu'il avait déjà tissé beaucoup de liens, mais ne savait pas vraiment comment les maintenir. On a commencé par organiser des appels réguliers avec les grands-parents. Au début, il était enthousiaste, puis les appels sont devenus "ennuyeux", une corvée. Mais on a insisté. On a aussi mis en place des appels hebdomadaires avec deux de ses meilleurs amis. C'était un peu fastidieux à maintenir au début. Mais quand on est rentrés au Royaume-Uni deux ans plus tard, il a pu renouer avec ces amitiés, et ils sont encore amis aujourd'hui », raconte Ekaterina.

Il semblerait que les retrouvailles numériques régulières soient une pratique à laquelle beaucoup de familles expatriées tiennent. Elles s'intègrent au quotidien des enfants et, même si ce n'est sans doute pas idéal, les aident à maintenir vivantes des relations importantes.

Alina confirme : « On a des appels réguliers avec les grands-parents, les oncles et tantes, et quelques amis aussi. On le fait via Zoom tous les samedis. C'est notre "jour Zoom" officiel. Ma fille l'attend avec impatience et se prépare. Elle note tout ce qui s'est passé à l'école, parfois, elle a un poème prêt. On essaie de rendre ça festif. »

Alors, où est vraiment « chez soi » ?

Face aux questions qu'on nous pose souvent, on est naturellement tenté de chercher des réponses simples. On aimerait pouvoir pointer quelque chose de concret : un pays, un passeport, sa famille, un point sur la carte. Mais si vous avez lu jusqu'ici, si vous êtes un parent expatrié ou un parent d'un enfant de troisième culture, vous savez probablement déjà que ce n'est pas si simple. Pour beaucoup d'enfants qui ont grandi entre plusieurs pays, « chez soi » ne se résume pas à un seul mot. C'est parfois un projet qu'on construit lentement, silencieusement, au fil du temps.

Pour ces enfants, « chez soi » peut être une constellation de choses en apparence anodines : l'odeur d'un plat favori d'un pays, une aire de jeux qui reste gravée dans la mémoire d'un autre, une langue parlée avec l'un des parents, un nouvel ami rencontré après le déménagement. La notion de « chez soi » est complexe, multiple, mais absolument réelle.

Comment aider un enfant à construire son identité : ce qu'il faut retenir

Si une chose revient régulièrement dans les témoignages d'expatriés, c'est que les enfants n'ont pas seulement besoin de vivre des expériences ; ils ont aussi besoin de les comprendre. C'est pourquoi il est toujours utile d'engager une conversation ouverte sur la façon dont leur vie pourrait paraître différente dans le nouveau pays, et pourquoi c'est tout à fait normal.

Essayez de leur donner les mots pour raconter leur histoire. On a vu plus haut que même des adultes peuvent avoir du mal à répondre à la fameuse question « d'où viens-tu ? ». Plutôt que de simplifier à l'extrême, il peut être judicieux d'enrichir la réponse. « Je suis né(e) à… Mais ma famille vient de… J'ai vécu à… »

Faites de la complexité quelque chose d'acceptable. On vit souvent sous la pression implicite de « choisir son camp » : une nationalité, une culture, une appartenance. Pour beaucoup d'enfants expatriés, la réalité est tout autre. Et c'est précisément là que réside la richesse de leur parcours : ils n'ont pas à choisir un seul endroit. Ils peuvent tisser un lien avec chacun d'eux.

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A propos de

Titulaire d'une licence (avec distinction) en langue anglaise et interprétation simultanée, Natallia a exercé en tant que rédactrice et éditrice pour diverses publications et chaînes médiatiques en Chine pendant dix ans.

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