Mon message initial alertait sur les dangers auxquels s’expose un piéton quand il traverse la route à Tunis, les automobilistes cédant rarement le passage aux piétons. Je sollicitais des conseils pour que les piétons ne soient pas renversés par les voitures à Tunis. Depuis, ayant réfléchi sur la question et après avoir observé le comportement des automobilistes tunisiens dans la capitale et lu vos réponses (et je vous en remercie), je voudrais contribuer à la discussion en proposant moi-même quelques conseils aux piétons expatriés ou tunisiens. Je ne suis pas expert en prévention routière. Il s’agit donc d’une ébauche à partir de mes observations et mon expérience en tant que piéton à Tunis, et je vous saurais gré de proposer également vos conseils afin d'affiner ce petit guide.
Des études ont démontré que la culture routière varie d’une région à l’autre, d’un pays l’autre. À Tunis, il est évident que le comportement des conducteurs est influencé par les normes locales de conduite qui influencent la manière dont les conducteurs interagissent avec les piétons. Le non-respect des règles de priorité des piétons sur les passages piétons n’est pas dû à la méchanceté intrinsèque du conducteur tunisien (tant s’en faut, les Tunisiens sont généralement aimables et chaleureux), mais s’inscrit dans le cadre des habitudes locales de conduite qui font fi des règles de conduite prescrites par la loi. Il faudrait d’abord reconnaître qu’en vertu de la loi tunisienne, le piéton a des droits et des devoirs. Mais dans les faits, les droits du piéton à Tunis ne sont généralement pas respectés par les automobilistes, ni par les motards. Les piétons n'ont pas de carrosserie, donc n’ont aucune protection en cas de collision avec un véhicule. Rappelons que selon certaines études, en cas de choc avec une voiture :
À 30 km/h, les chances de survie d'un piéton sont de 90%.
À 50 km/h, les chances de survie d'un piéton sont de 20%
À 70 km/h, les chances de survie d'un piéton sont proches de 0
Par conséquent, redoubler de vigilance est une nécessité impérieuse pour le piéton à Tunis. J’ai remarqué que certains piétons tunisiens sont dotés d’un sixième sens. Ils flairent le danger et usent admirablement de stratégies pour faire ralentir les voitures et les obliger à s’arrêter pour leur céder le passage. Cependant, le risque de se faire percuter par un véhicule n’est pas écarté pour autant. Les automobilistes se croient toujours maîtres de la route et considèrent que céder le passage serait une faveur qu’ils accorderaient à leur guise au piéton, et non un devoir prescrit par le code de la route tunisien.
Premier cas. Danger ! Fuir, ne pas traverser
Je me permets de commencer par un exemple concret. Place Pasteur, je suis piéton, je veux traverser la rue Charles Nicolle pour poursuivre mon chemin sur l’avenue Jugurtha vers Mutuelleville. J’ai choisi cet exemple parmi tant d’autres pour illustrer mon propos sur le danger auquel le piéton se trouve confronté quand il traverse ce genre de route. Si vous avez déjà tenté de traverser la chaussée dans cet endroit précis lorsque le feu est au vert pour vous, vous ne manquerez pas de constater que les voitures déboulent à grande vitesse de Place Pasteur pour tourner à droite en face de vous sur la rue Charles Nicolle et ne s’arrêtent jamais pour vous céder la priorité, bien que le feu soit au vert pour vous et que vous soyez autorisé à traverser légalement le passage piéton. Cette traversée est d’autant plus périlleuse pour le piéton qu’il ne voit qu’aux dernières secondes les voitures tournant à droite à grande vitesse à cause de l’angle mort qui ne lui permet pas d’observer en amont les voitures venant à sa gauche. Le piéton a beau regarder par-dessus son épaule gauche, l’angle mort lui obstrue la vue de la partie gauche de la circulation. Le piéton se retrouve donc particulièrement exposé au risque d'être percuté par une voiture venant à sa gauche qui ne lui cède pas la priorité. Dans ce cas précis, la vigilance du piéton ne suffit pas à cause précisément de l’angle mort et du refus systématique de l’automobiliste de lui céder la priorité. Ces deux facteurs mettent particulièrement le piéton en danger.
Conseil :
-Puisque les voitures arrivent de Place Pasteur à grande vitesse, qu’elles tournent à droite sans se soucier du piéton censé avoir la priorité, et que le piéton ne peut les voir qu'aux dernières secondes, il y a un risque réel de collision. Les chances de survie du piéton sont de 20% en cas de collision. Que faire dans ce cas ? Rien. Fuir cette intersection. Certes, en l’occurrence le piéton a le droit de traverser, mais le refus systématique des automobilistes de lui céder le passage lui ôte effectivement ce droit, pis encore, l’expose à la mort.
Deuxième cas. Voitures qui tournent à droite ou à gauche. Traverser, mais à ses risques et périls
Dans d’autres carrefours où il n’y a pas d’angle mort, les voitures tournant à droite ou à gauche ne s’arrêtent pas non plus pour céder le passage au piéton. Bien que la visibilité soit adéquate pour le piéton et que ce dernier soit en mesure d’anticiper en amont le comportement de l’automobiliste venant à sa gauche ou à sa droite au carrefour au sens opposé, le piéton ne devrait pas s’engager immédiatement sur le passage piéton, même s’il est autorisé à le faire par le feu vert. En fait, le piéton devrait se comporter comme si le feu était au rouge pour lui alors qu’il est bien au vert ! Pourquoi ? Parce que l’automobiliste tunisien qui tourne à droite ou à gauche ne considère pas le piéton prioritaire. Même si le feu est au vert pour le piéton, l’automobiliste fonce systématiquement sur le passage piéton dans le carrefour pour tourner, sans même ralentir. En ce qui concerne les voitures et les motocyclettes qui grillent sciemment le feu rouge (et c’est monnaie courante dans la capitale s’agissant des motocyclettes), le piéton devrait se comporter comme si le feu était au rouge pour lui et ce, même s’il est au vert.
Quelques conseils donc au regard des voitures qui ne cèdent pas le passage lorsqu’elles tournent à droite ou à gauche, ou qui grillent le feu rouge :
- Quand le feu de signalisation est au vert pour le piéton, ce dernier ne devrait pas s’engager immédiatement sur le passage piéton. Certes, cette pratique est recommandée également dans d’autres pays, mais à Tunis c’est une autre paire de manches. Le piéton devrait non seulement regarder à gauche, à droite, devant et derrière par-dessus son épaule gauche, mais il devrait également anticiper les infractions routières courantes des automobilistes et des motards. À noter qu'il se pourrait que les motards arrivent en sens inverse, étant donné qu’ils se permettent de rouler en sens interdit à Tunis. Quant aux automobilistes, certains grillent le feu rouge au carrefour, toujours suivant le même mode opératoire : ils arrivent à l’intersection, ralentissent, parfois s’arrêtent, puis redémarrent et grillent le feu rouge. Ce mode opératoire est appliqué par certains automobilistes ainsi que par tous les motards sans exception. Je n’ai jamais vu un motard s’arrêter au feu rouge. C’est pourquoi, il ne faudrait jamais s’engager sur le passage piéton avant de regarder dans tous les sens et anticiper le non-respect des règles de priorité et le comportement délictueux des automobilistes et des motards.
- Attendre que la circulation soit assez clairsemée et qu’il y ait un écart entre les véhicules pour pouvoir s’engager sur le passage piéton et ce, même si le feu est au vert pour le piéton.
- Établir un contact visuel avec l’automobiliste avant de traverser. Le contact visuel est un acte de sécurité. Il permet au piéton de s’assurer que le conducteur l’a bien vu.
- Faire un signe de la main au conducteur, si besoin est, pour manifester son intention de traverser. Les piétons tunisiens le font souvent. Cependant, ne pas se contenter de faire seulement un signe de la main; il faudrait également scruter la réaction du conducteur à votre geste. Va-t-il vous céder le passage ? Va-t-il ignorer votre geste ? Il faut tenir compte du fait que le conducteur tunisien dans la capitale n’accorde au piéton aucun droit. Il se croit maître de la route et s’il vous cède le passage, c’est une faveur qu’il vous accorderait, sans plus.
Troisième cas. Slalomer entre les voitures garées sur les trottoirs
Pat27 a mentionné à juste titre les trottoirs squattés par les voitures. C’est un véritable fléau à Tunis. Souvent, le piéton est amené à slalomer entre les voitures stationnées sur le trottoir. Il se peut que le piéton se trouve dans l’obligation de quitter le trottoir et de marcher sur la chaussée afin de contourner ces véhicules qui squattent négligemment le trottoir.
- Marquer un temps d’arrêt face à la circulation.
- Regarder devant, à gauche et à droite. Là encore, ne pas écarter la possibilité qu’un motard arrive à grande vitesse en sens interdit, à votre droite, d’où l’importance de regarder à droite. Être piéton à Tunis suppose qu’il faut accepter l’idée et prévoir que les motocyclettes roulent en sens interdit et grillent systématiquement le feu rouge, une pratique courante des motards dans la capitale.
- Attendre que la circulation soit assez clairsemée et qu’il y ait un écart entre les véhicules avant de s’engager sur la chaussée.
- Contourner vite les obstacles et revenir sur le trottoir.
Hélas, le piéton à Tunis continue de subir à bien des égards les infractions routières du véhicule motorisé. Le conducteur refuse de céder le passage au piéton et assume son refus en toute sérénité, le plus normalement du monde, comme si ne pas céder le passage au piéton était son droit le plus absolu et prescrit par la coutume routière tunisienne. En fait, il commet continuellement cette infraction routière sans même se rendre compte qu’il la commet. Le conducteur tunisien fait abstraction du fait que le piéton est un usager de la route vulnérable et ne bénéficie d’aucune protection lors d’une collision avec son véhicule. Le piéton à Tunis devrait donc redoubler de vigilance chaque fois qu’il traverse la voie publique. Il devrait rester attentif et concentré. Même si le feu vert autorise le piéton à traverser, il ne devrait pas s’engager immédiatement sur le passage piéton. Marquer un temps d’arrêt, bien observer le comportement des conducteurs et motards, anticiper leur non-respect des règles de priorité, et surtout partir du principe sacro-saint qu’un feu vert pour le piéton à Tunis est dans la réalité quotidienne un feu bien rouge.
Vos suggestions, remarques, conseils que vous aimeriez ajouter aux miens seront les bienvenus.