Protection pour les travailleurs expatriés temporaires : ce que dit la Convention internationale
Les travailleurs expatriés temporaires disposent, en principe, des mêmes droits et protections que les autres travailleurs. La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille rappelle que « […] l'un des objectifs de l'Organisation internationale du Travail […] est la protection des intérêts des travailleurs lorsqu'ils sont employés dans un pays autre que le leur […] ». La Convention s'appuie sur des principes fondamentaux déjà entérinés : droits de l'homme, promotion de l'égalité des chances…
Les « migrants » dont parle la Convention sont « […] les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un État dont elles ne sont pas ressortissantes. » Une définition similaire à celle d'un expatrié. Dans les faits cependant, on constate que les travailleurs expatriés temporaires sont rarement assimilés aux « autres expatriés », ceux en col blanc. La Convention elle-même n'emploie pas le terme « expatrié » qui correspond pourtant également à la situation vécue par ces travailleurs étrangers.
La Convention rappelle que ces travailleurs expatriés ont les mêmes droits que les nationaux de l'État dans lequel ils travaillent : contrat de travail, congés payés, droit de se syndiquer, sécurité sociale, liberté d'expression, droit d'être protégé, de circuler sur le territoire, de rentrer dans son pays… Toute forme de discrimination, d'esclavage ou de travail forcé est fermement condamnée. En cas d'atteinte à leurs droits, les travailleurs migrants et leurs familles « ont le droit d'avoir recours à la protection et à l'assistance des autorités consulaires ou diplomatiques de leur État d'origine ou de l'État représentant les intérêts de cet État ». Devant les tribunaux, ils ont les mêmes droits que les nationaux.
À ce jour, une vingtaine d'États ont ratifié les dispositifs de la Convention. Ils sont plus nombreux à n'avoir que signé ces dispositifs (Japon, Australie, Afrique du Sud, Russie…). Certains États, dont la Chine ou les États-Unis, n'ont encore mené aucune action (ni signature ni ratification).
Dans les faits : quelle protection pour les travailleurs expatriés temporaires ?
Vent d'inquiétude sur l'Île-du-Prince-Édouard (PEI). L'île canadienne manque de bras et ouvre ses portes aux expatriés. Le tourisme, malmené pendant la Covid, reprend des couleurs. Mais, même au Canada, tout n'est pas parfait. L'institut Cooper, association caritative, soutient que l'État ne protège pas assez ces travailleurs temporaires, surtout en termes de droit au logement. Embaucher, oui, mais à condition d'offrir les mêmes conditions de résidence pour tous. Le problème n'est pas nouveau. L'institut Cooper reproche aux autorités canadiennes de privilégier leurs besoins de main-d'œuvre au détriment de la sécurité des travailleurs.
En théorie, le Règlement canadien sur l'immigration et la protection des travailleurs étrangers temporaires stipule que « les travailleurs étrangers temporaires bénéficient des mêmes protections en milieu de travail et des mêmes droits que les Canadiens et les résidents permanents en vertu des lois fédérales, provinciales et territoriales applicables ». Le gouvernement reconnaît cependant des lacunes, malgré les efforts réalisés pour mieux protéger les expatriés temporaires. Le Règlement reconnaît que « […] de nombreux facteurs, comme leur statut temporaire et leur accès limité à de l'information au sujet de leurs droits, peuvent rendre les travailleurs étrangers temporaires plus vulnérables à de la maltraitance ou à de la violence. [...] » Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et le Programme de mobilité internationale (PMI), pensés pour « mettre en conformité [les] employeurs et protéger les expatriés" ne parviennent pas à remplir tout leur rôle.
Les difficultés rencontrées par le Canada se retrouvent chez les autres pays. Manque de volonté des gouvernements ? Urgence économique masquant les discriminations subies au quotidien ? Contrairement aux autres expatriés, qui ont accès à la résidence permanente, les expatriés temporaires sont souvent perçus comme une main-d'œuvre corvéable, mobilisable et démobilisable au gré des besoins des États.




