La guerre mondiale des talents à l'ère de la reprise économique

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Publié le 2021-11-23 à 06:43 par Mikki Beru
Enfin. Après l'année noire de 2020, 2021 renoue avec la croissance. Le Fonds Monétaire International (FMI) table sur une croissance mondiale de 5,9%. Une hausse surtout tirée par les grandes puissances : États-Unis (+6%), Canada (+5,7%), zone Euro (+5%)... Dans cette course à la compétitivité, les États se disputent les talents internationaux. 

Ce sont eux, les boosteurs de croissance, les inventeurs des métiers de demain. Quels sont les secteurs les plus porteurs ? Quels sont les profils les plus recherchés ?

Les secteurs en plein boom

C'est le secteur qui ne connaît pas la crise. Les métiers de l'IT ont la cote. Spécialiste de la mobilité internationale, le cabinet de recrutement Cooptalis confirme. L'IT est l'un des rares secteurs à n'avoir pas été impacté par la Covid-19. Œuvrant au pôle des Ressources Humaines, Stéphane confirme : « la demande sur l'IT n'a jamais baissé et concentre actuellement 95% de nos activités. Plus précisément, on observe une forte hausse des IT depuis quelques années maintenant, et qui ne fera que croître dans les 10-20 prochaines années, car tout se digitalise ».

Dans ce monde d'après, les data scientists, data analysts, développeurs, ingénieurs en intelligence artificielle, en informatique, gestionnaires réseau, community manager et autres référenceurs SEO font partie des postes à forte croissance. Les raisons du succès ? Une connexion avec une multitude de secteurs stratégiques : marketing, santé, finance, banque, commerce, e-commerce, sport, politique, droit, industrie, écologie, recherche, science, agro-alimentaire, enseignement, informatique, politique, télécommunications, transports, assurances... La multiplication des échanges digitaux accroît les demandes des entreprises, à tous les niveaux et dans tous les domaines. Pour être compétitif, il faut être présent sur les réseaux sociaux, maîtriser le langage web, identifier et capter la demande, résoudre ses problèmes, faciliter ses démarches, anticiper ses attentes, voire faire émerger chez elle de nouveaux besoins. 

La crise des semi-conducteurs fait réaliser aux puissances les effets délétères d'une trop grande dépendance vis-à-vis de la Chine. Pour répondre aux nouveaux défis environnementaux et démographiques, l'industrie et la construction misent, là encore, sur les talents : ouvrier qualifié, ingénieur, technicien de maintenance, roboticien, opérateur de commande numérique, mécatronicien, domoticien, pilote de drone, imprimeur 3D, Build Information Modeling manager, ingénieur design, contrôleur qualité, installateur de panneaux solaires… Une émulation qui s'observe sur le plan mondial.

Rien qu'aux États-Unis, les grandes villes rivalisent pour attirer les meilleurs potentiels. Leur arme : le salaire. Plus de 53 000$ annuels pour travailler dans la construction à Los Angeles (soit près de 4000€/mois). C'est moins que Boston (environ 57 900$, soit environ 4200€) et San Francisco (environ 59 200$, soit environ 4300€/mois). Seattle, Chicago, Philadelphie, New York, Detroit, Denver ou Portland offrent des salaires allant d'environ 54 000 à 44 000$ (d'environ 3900 à 3200€ mensuels). De quoi attirer les talents, voire, inciter à davantage de reconversions.

Depuis la Covid-19, des secteurs s'érodent au profit d'autres. La restauration peine à retenir ses employés. Les bas salaires et la pénibilité de travail ont poussé les salariés à s'orienter vers des secteurs plus rémunérateurs, dont la construction et les transports. Le groupe américain Knight-Swift Transportation Holdings a ainsi augmenté les salaires des conducteurs de 40%.

Les profils les plus recherchés

Chez Cooptalis, la ligne est claire : « tout le monde a ses chances ». Fort de son expérience, le cabinet de recrutement a tissé de véritables liens de confiance avec ses partenaires. « Nous réalisons un accompagnement personnalisé pour chaque talent. C'est vraiment une prise en charge personnelle, de A à Z : depuis le début du projet d'expatriation jusqu'à l'installation dans le pays. Ce qu'on veut, c'est que chaque talent soit serein, et prêt à découvrir son environnement », explique Stéphane. Une approche humaine, permettant de mettre en avant les potentialités de chacun. Une approche qui met en évidence les « soft skills », les compétences comportementales. De plus en plus étudiées, elles complètent les « hard skills », les compétences techniques. Il faut bien parler de complément, et non d'une hypothétique guerre « soft skill VS hard skill ».

De nombreux métiers sont soumis, fort heureusement, à l'obtention de qualifications techniques. De la boucherie à l'ingénierie, en passant par la médecine et la plomberie, rien ne s'improvise. Stéphane confirme : « il faut se baser un minimum sur l'expérience, d'autant plus pour les métiers très techniques ». Pas de guerre, donc, mais bien un ensemble brossant le profil du talent. « On recrute sur des valeurs humaines. C'est aussi une tendance qui s'observe depuis quelques années maintenant, et qui continuera. On recherche des talents avenants, avec une ouverture sur le monde. Les recrutements se tournent de plus en plus vers le savoir-être, plus que sur le savoir-faire ». Un savoir-être qui s'apprécie lors du recrutement. À côté du classique CV, de nouvelles méthodes d'embauches misent sur la créativité et la mise en situation du candidat : vidéos, simulations, jeux de rôle, etc. Le talent mobilise d'autres ressources et se révèle. Idéal, pour le recruteur, qui décrypte ici un tempérament conciliant, là, une aisance pour le management ou l'organisation... 

Le World Economic Forum 2020 a révélé le top des « soft skills » que tout candidat devrait posséder : pensée analytique et esprit d'innovation, capacité à gérer des problèmes complexes, pensée critique, apprentissage actif, créativité, sens du détail, intelligence émotionnelle, gestion des équipes, gestion du temps. Nouvelle venue dans ce top, l'intelligence émotionnelle se définit comme la prise en compte de ses émotions et de celles des autres. Traditionnellement mal vues du monde du travail, les émotions sont aujourd'hui valorisées. L'empathie et la maîtrise du compromis sont au cœur des « soft skills » recherchés. À noter que la Silicon Valley a développé un troisième concept : le « mad skill », où la recherche du comportement atypique. Les start-up reprennent le concept pour attirer les profils les plus « bankables ».  

Réinventer le travail

Pour attirer les nouveaux talents, les recruteurs se réinventent. Premier chantier : la vision même du travail. Le télétravail a révolutionné le rapport au temps et à l'activité professionnelle. Les nomades numériques se multiplient ; le besoin d'indépendance grandit. Un sentiment de liberté recherché par les talents internationaux, pour qui l'épanouissement professionnel s'entend comme une composante à part entière de la qualité de vie. États-Unis, Canada, Suisse, Australie, Royaume-Uni, Israël, Finlande, Allemagne... les pays rivalisent pour attirer les meilleurs potentiels, faisant valoir la modernité de leurs programmes et infrastructures, le poids de leurs investissements dans l'innovation, les perspectives de carrière, les hubs d'innovation et pôle de compétitivité... « Dans ce nouvel environnement, la France a tout intérêt à s'aligner [sur les autres puissances] », analyse Stéphane, « au risque d'être encore plus dépassée qu'elle ne l'est par les autres pays ». La French Tech, réseau de start-up françaises réunissant créateurs, investisseurs, et décideurs internationaux, entend justement hisser la France au rang des puissances de la tech.

Réouverture des frontières, recrutements massifs des grandes puissances... il n'y a guère que la recrudescence du variant Delta pour faire planer une ombre sur les perspectives de croissance. La conjoncture reste très favorable à la mobilité internationale, surtout dans les secteurs peu ou non impactés par la crise. Pour les candidats à l'expatriation, c'est la chance de vivre son projet de vie à l'internationale.