
Travailler au Chili suppose obtenir une autorisation spécifique avant même d'atterrir à Santiago ou à Valparaíso : la législation migratoire en vigueur interdit formellement d'exercer une activité rémunérée sous couvert d'un simple visa de tourisme. La loi sur la migration et les étrangers (Ley N° 21.325) a profondément restructuré le cadre applicable à tous les ressortissants étrangers, qu'ils soient salariés, indépendants ou travailleurs saisonniers. Cet article présente les différentes catégories de permis de travail, les démarches à suivre depuis l'étranger, les droits attachés au titre obtenu et le chemin vers la résidence permanente.
Cadre général de l'autorisation de travail au Chili
Tout étranger souhaitant exercer une activité professionnelle rémunérée au Chili doit détenir une autorisation valide délivrée par le Servicio Nacional de Migraciones (SERMIG). La règle s'applique uniformément dans tout le pays, que l'employeur soit établi à Santiago, à Antofagasta, à Valparaíso ou à Concepción.
La Ley de Migración y Extranjería N° 21.325 constitue aujourd'hui la base juridique unique du système migratoire chilien. Le titre principal pour les personnes souhaitant travailler est désormais la Residencia Temporal para el desarrollo de actividades lícitas remuneradas, qui couvre aussi bien les salariés que les travailleurs indépendants. Les touristes séjournant sous la Permanencia Transitoria ne sont pas autorisés à travailler, sauf à obtenir une autorisation spéciale pour des activités ponctuelles et limitées dans le temps.
Bon à savoir :
Les anciennes références à la Visa Sujeta a Contrato que l'on trouve parfois sur des forums ou des blogs sont obsolètes. Ce titre n'existe plus dans le cadre juridique actuel.
Types de visas de travail au Chili
Le SERMIG distingue plusieurs sous-catégories de résidence temporaire selon la nature de l'activité exercée.
La Residencia Temporal para el desarrollo de actividades lícitas remuneradas constitue la catégorie principale. Elle s'adresse aux salariés liés à un employeur chilien par un contrat de travail, ainsi qu'aux travailleurs indépendants exerçant pour leur propre compte. C'est le titre le plus fréquemment demandé par les expatriés souhaitant s'installer durablement au Chili.
La Residencia Temporal para trabajadores de temporada cible les travailleurs saisonniers appelés à effectuer des missions de courte durée, renouvelables d'une saison à l'autre. Elle répond aux besoins de secteurs comme l'agriculture ou le tourisme, particulièrement présents dans les régions du centre et du sud du pays.
La Residencia Temporal para inversionistas y personal relacionado s'adresse aux investisseurs étrangers et au personnel clé associé à des projets d'investissement au Chili.
La Residencia Temporal con Oferta de empleo permet à une personne disposant d'une offre d'emploi formelle d'entrer au Chili avec un permis provisoire de 90 jours. Elle dispose ensuite de 45 jours après son arrivée pour présenter le contrat définitif signé et obtenir le titre d'un an, prorogeable.
Enfin, l'Autorización de trabajo con Permanencia Transitoria est un permis de travail de courte durée, valable jusqu'à 90 jours, destiné aux visiteurs souhaitant exercer des activités rémunérées ponctuelles : consultants, artistes, sportifs ou experts invités.
Conditions d'éligibilité au visa de travail au Chili
Pour obtenir une résidence temporaire pour des activités rémunérées, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies, telles que définies par le SERMIG.
- Le contrat de travail doit être conclu avec une personne physique ou morale ayant un domicile ou une succursale au Chili, et être en règle auprès du Servicio de Impuestos Internos (SII), l'administration fiscale chilienne.
- Le contrat doit avoir une durée minimale de trois mois.
- Le demandeur doit fournir un extrait de casier judiciaire vierge (Certificado de antecedentes penales) délivré par le pays d'origine ou de résidence des cinq dernières années, datant de moins de 60 jours.
- Le passeport doit être valide au minimum un an à compter de la date de dépôt de la demande.
- Tous les documents étrangers doivent être apostillés ou légalisés par le consulat chilien compétent.
- Les documents rédigés dans une langue autre que l'espagnol ou l'anglais doivent être accompagnés d'une traduction officielle.
Il n'existe pas d'examen de langue espagnole obligatoire dans le cadre de cette procédure.
Bon à savoir :
Les documents français, tels que l'extrait de casier judiciaire, doivent être apostillés en France avant d'être soumis via le portail SERMIG. Une traduction officielle est également requise.
Obligations de l'employeur au Chili
L'employeur joue un rôle actif dans la procédure de demande de visa de travail au Chili. Il doit démontrer sa solvabilité financière et sa conformité fiscale en fournissant sa Carpeta Tributaria, le dossier fiscal délivré par le SII.
Le contrat de travail doit être signé devant un notaire chilien par l'employeur, tandis que le salarié étranger le signe devant le consulat chilien compétent dans son pays de résidence. L'activité décrite dans le contrat doit correspondre aux activités économiques officiellement enregistrées par l'employeur au SII.
Le Code du travail chilien (article 19) prévoit que, pour les entreprises comptant plus de 25 salariés, au moins 85 % du personnel employé par le même employeur doit être de nationalité chilienne. Les étrangers résidant au Chili depuis plus de cinq ans sont toutefois comptabilisés comme Chiliens dans ce calcul.
Par ailleurs, l'employeur n'est plus tenu de financer le billet de retour du salarié étranger en cas de fin de contrat. Les parties peuvent néanmoins inclure cette clause à titre volontaire.
Procédure de demande de visa de travail au Chili
Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi migratoire, toute demande de résidence temporaire doit être déposée depuis l'étranger, via le portail de démarches en ligne du SERMIG.
La procédure se déroule comme suit :
- Créer un compte sur le portail de démarches en ligne du SERMIG.
- Sélectionner la sous-catégorie « Personas que desarrollan actividades lícitas remuneradas ».
- Télécharger les documents requis : contrat apostillé, extrait de casier judiciaire, copie du passeport.
- Régler les frais correspondants en ligne.
- Suivre l'avancement du dossier via le portail.
Les délais de traitement varient et peuvent s'étendre sur plusieurs mois. À l'issue de l'examen favorable du dossier, le SERMIG délivre un Certificado de Residencia en Trámite, document attestant du statut en cours et pouvant permettre l'entrée sur le territoire chilien.
Pour les démarches nécessitant une présence physique, notamment l'enregistrement biométrique, des bureaux régionaux du SERMIG sont accessibles dans les principales villes : Santiago (San Antonio N° 580), Valparaíso (Blanco N° 1 791), Antofagasta (Jorge Washington N° 2 534) et Concepción (Aníbal Pinto N° 450).
Frais de visa de travail au Chili
Les frais de résidence temporaire sont calculés selon le principe de réciprocité : leur montant dépend exclusivement de la nationalité du demandeur. Ils varient de 0 USD à plus de 600 USD selon les pays et sont réglés en ligne lors du dépôt de la demande.
Pour l'Autorización de trabajo con Permanencia Transitoria, les frais correspondent à 150 % du tarif standard applicable à la nationalité du demandeur pour une résidence temporaire.
Le SERMIG actualise périodiquement le taux de change officiel utilisé pour convertir les montants en pesos chiliens (CLP). Les mineurs de moins de 18 ans sont exemptés de frais de visa. Il est conseillé de consulter directement le tableau des tarifs publié par le SERMIG avant de soumettre sa demande, car les montants sont révisés régulièrement.
Durée et renouvellement du visa de travail au Chili
La résidence temporaire pour activités rémunérées est accordée pour une durée pouvant aller jusqu'à deux ans. Pour les demandeurs qui entrent au Chili sur la base d'une offre d'emploi, un permis provisoire de 90 jours est d'abord délivré ; ils ont ensuite 45 jours après leur arrivée pour finaliser le contrat définitif et obtenir un titre valable un an.
Le renouvellement doit être demandé dans une fenêtre comprise entre 90 jours et 10 jours avant l'expiration du titre en cours. Le demandeur doit apporter la preuve qu'il exerce toujours une activité rémunérée licite au Chili. La résidence temporaire peut être prorogée pour des périodes équivalentes, conformément à la réglementation en vigueur du SERMIG.
Après 24 mois de résidence temporaire continue, il est généralement possible de solliciter la résidence permanente.
Droits et restrictions liés au visa de travail au Chili
La résidence temporaire pour activités rémunérées confère plusieurs droits importants aux expatriés.
En matière de mobilité professionnelle, la perte ou la fin d'un contrat de travail n'entraîne plus la révocation automatique du titre de séjour. Il est donc possible de changer d'employeur sans notification immédiate aux autorités migratoires, ce qui représente une évolution notable par rapport à l'ancien système.
Sur le plan géographique, le titre permet de vivre et de travailler n'importe où au Chili, sans restriction géographique.
Le regroupement familial est possible : le conjoint ou partenaire civil et les enfants peuvent rejoindre le titulaire en demandant une Residencia Temporal en calidad de dependiente auprès du SERMIG. Ce titre est valable tant que celui du titulaire principal reste actif. En revanche, il n'autorise pas en lui-même l'exercice d'une activité rémunérée : pour travailler légalement, le bénéficiaire d'un titre de dépendant doit demander un changement de statut (Cambio de Calidad de Residencia Temporal) via le portail de démarches en ligne afin de devenir titulaire à part entière.
Résidence permanente au Chili après un visa de travail
La résidence temporaire ouvre la voie à la résidence permanente, connue sous le nom de Residencia Definitiva. Pour y prétendre, un étranger doit justifier d'au moins 24 mois de séjour régulier en résidence temporaire éligible au Chili. Le gouvernement dispose néanmoins de la faculté de porter cette durée jusqu'à 48 mois par décret, selon les sous-catégories ou les circonstances particulières.
Les conditions à remplir incluent la démonstration d'une activité économique stable, un casier judiciaire vierge et une résidence continue sur le territoire chilien. Les frais de dépôt pour la Residencia Definitiva s'élèvent à 138 974 CLP (environ 145 EUR au taux indicatif). Les conjoints et enfants mineurs de ressortissants chiliens sont exemptés de ces frais. Le montant en CLP est révisé périodiquement par le SERMIG. Il est recommandé de vérifier le tableau des tarifs officiel avant de déposer la demande.
Cotisations sociales et retraite au Chili
Tout expatrié travaillant sous contrat chilien est soumis aux mêmes obligations de cotisation que les salariés locaux. Les retenues obligatoires comprennent environ 10 % du salaire brut versés à un fonds de pension (AFP, Administradora de Fondos de Pensiones) et 7 % au titre de la couverture santé (auprès du système public FONASA ou d'une mutuelle privée, d'une ISAPRE).
Les professionnels et techniciens étrangers titulaires d'un diplôme reconnu et maintenant une affiliation active à un régime de sécurité sociale dans leur pays d'origine peuvent, sous certaines conditions, être exemptés de cotiser à l'AFP chilienne en vertu de la loi N° 18.156. Ils ont alors la possibilité de récupérer les sommes accumulées lorsqu'ils quittent le Chili.
Le Chili a conclu des accords internationaux de sécurité sociale avec 25 pays, auxquels s'ajoute l'Accord multilatéral ibéro-américain. Ces conventions permettent de totaliser les périodes de cotisation entre le Chili et le pays d'origine pour l'ouverture de droits à la retraite, à l'invalidité ou aux pensions de réversion. Elles peuvent également autoriser l'accès aux soins via FONASA sur la base de cotisations versées dans le pays partenaire.
La France et le Chili sont liés par un accord bilatéral de sécurité sociale (Décret N° 430), qui permet notamment de totaliser les périodes de cotisation pour la retraite et, dans certains cas, de conserver un accès aux soins via FONASA ou en tant que travailleur détaché.
Foire aux questions
Puis-je travailler au Chili avec un visa de tourisme ?
Non. Le séjour sous Permanencia Transitoria ne permet pas d'exercer une activité rémunérée. Une exception existe pour les activités ponctuelles et spécifiques : les touristes peuvent demander une autorisation spéciale auprès du SERMIG pour des prestations telles que des consultances, des performances artistiques ou des interventions sportives, valable jusqu'à 90 jours.
Faut-il avoir un emploi avant de demander un visa de travail au Chili ?
Oui. Pour obtenir une résidence temporaire pour activités rémunérées, il faut soumettre soit un contrat de travail signé, soit une offre d'emploi formelle émanant d'un employeur chilien. Sans l'un de ces documents, la demande ne peut pas aboutir.
Combien de temps faut-il pour obtenir un visa de travail au Chili ?
Les délais varient et peuvent s'étendre sur plusieurs mois selon la charge de travail du SERMIG. À l'issue d'un examen favorable, un Certificado de Residencia en Trámite est délivré : ce document atteste du statut en cours de traitement et peut permettre l'entrée sur le territoire chilien en attendant la décision définitive.
Puis-je changer d'employeur avec mon visa de travail au Chili ?
Oui. La perte ou la résiliation d'un contrat de travail n'entraîne plus la révocation automatique du titre de résidence. Il est possible de changer d'employeur sans démarche immédiate auprès des autorités migratoires, ce qui offre une flexibilité importante par rapport aux anciennes règles.
Mon conjoint peut-il travailler avec un visa de dépendant au Chili ?
Non. Le titre de résidence en qualité de dépendant ne permet pas d'exercer une activité rémunérée. Pour travailler légalement, le conjoint doit demander un changement de statut via le portail de démarches en ligne du SERMIG afin d'obtenir un titre de résidence temporaire en qualité de titulaire.
Puis-je faire venir ma famille avec moi au Chili ?
Oui. Le conjoint ou partenaire civil et les enfants peuvent bénéficier d'une résidence temporaire en qualité de dépendants, liée à la validité du titre du titulaire principal. La demande se fait auprès du SERMIG.
Le visa de travail ouvre-t-il droit à la résidence permanente au Chili ?
Oui. Après au moins 24 mois de séjour régulier en résidence temporaire, il est possible de demander la Residencia Definitiva, qui permet de vivre et travailler au Chili sans limitation de durée. Le gouvernement peut porter cette durée à 48 mois par décret, selon les cas.
Mes documents doivent-ils être traduits en espagnol ?
Tout document officiel rédigé dans une langue autre que l'espagnol ou l'anglais doit être accompagné d'une traduction officielle avant d'être soumis via le portail du SERMIG. Les documents en anglais sont acceptés sans traduction.
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