Pas vacciné : Faut-il abandonner vos projets d'expatriation ?

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Publié le 2021-09-08 à 15:05 par Mikki Beru
Face au variant Delta qui menace toujours l'équilibre mondial, les États s'organisent et multiplient les incitations à la vaccination. En pratique, les personnes vaccinées ont moins de contraintes que les non-vaccinées. Ces dernières peuvent toujours voyager, mais dans quelles conditions ? Entre restrictions, quarantaines, et tests PCR, la non-vaccination est-elle un frein à l'expatriation ?

Restrictions et projets d'expatriation

Frontières fermées, test PCR, quarantaines... les non-vaccinés subissent plus de contraintes que les vaccinés. L'on parle ici des non-vaccinés par choix; les autres bénéficiant d'une contre-indication médicale justifiée par une attestation. Certains pays ont opté pour l'ouverture totale, sans recours au test PCR, que l'on soit vacciné ou non (ex : Mexique). D'autres ont fait le choix de la fermeture totale, là aussi, indépendamment de la vaccination (Australie, Japon, Chine...). Mais la grande majorité des États a mis en place une politique différenciée selon que la personne soit vaccinée ou non.

Certains pays ferment leurs frontières uniquement pour les non-vaccinés. C'est le cas des Iles Turques et Caïques, du Groenland, ou du Canada. Le pays, régulièrement cité comme l'un des meilleurs États où s'expatrier, rouvre ses frontières aux Européens ce mardi 7 septembre, pour les voyages non essentiels. Mais cette réouverture ne concerne que les voyageurs entièrement vaccinés, et ayant reçu un vaccin reconnu par l'État canadien : Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca ou Johnson & Johnson/Janssen. Le Sinovac, le Sinopharm, le Sputnik et les autres vaccins ne sont, pour l'heure, pas valables. Bien que l'OMS reconnaisse plus de vaccins, le Canada adopte ici la même position que celle de l'Agence Européenne des Médicaments (AEM).

Les frontières des États-Unis sont, sur le principe, fermées. En pratique, il est exigé de ne pas avoir séjourné dans un pays classé rouge par les autorités américaines, 14 jours avant son départ (tous les pays de l'espace Schengen sont classés rouge) ; la situation varie également en fonction de l'État dans lequel on se rend.

Le cas du "motif impérieux" 

D'autres pays ne sont accessibles aux non-vaccinés que s'ils justifient d'un "motif impérieux". Ce sont, en général, des pays classés orange ou rouge par le gouvernement français. Il existe 11 motifs impérieux, listés par le ministère de l'Intérieur : 

- retour dans le pays de résidence ou d'origine

- décès d'un membre de la famille directe ou possibilité, pour la famille directe, de rendre visite à "une personne dont le pronostic vital est engagé", 

- déplacement à l'étranger dans le cadre d'un droit de garde

- convocation par une autorité judiciaire ou administrative

- impossibilité légale de rester sur le territoire

-  échange universitaire

- urgence médicale vitale

- mission indispensable à la poursuite d'une activité économique

- professionnel de santé et de recherche luttant contre la Covid-19

- mission diplomatique indispensable

- sportif de haut niveau participant à une rencontre sportive

Il n'existe aucun autre motif que le candidat à l'expatriation pourrait opposer pour justifier son voyage. Cette liste restrictive n'inclut donc aucun "impératif voyage ou expatriation". Le fait d'avoir une promesse d'embauche à l'étranger ne constitue pas non plus un motif impérieux. 

En pratique, il faudra apporter la preuve du motif impérieux pour pouvoir voyager : certificat de décès, décision de justice concernant le droit de garde, et justificatif de domicile, convocation, titre de séjour expirant, certificat médical, attestation employeur, carte professionnelle, ordre de mission... 

La majorité des pays d'Amérique centrale sont soumis à l'impératif du motif impérieux pour les non-vaccinés. Certains pays, comme le Mexique, sont déconseillés par le gouvernement français. Outre la situation sanitaire, c'est aussi la situation politique qui entre ici en cause. Cette mesure de précaution touche les non-vaccinés comme les vaccinés. 

Mise en quarantaine et tests PCR pour les non-vaccinés

La récente poussée du variant Delta a poussé les pays à prendre des mesures, visant essentiellement les non-vaccinés : pour ces derniers, test PCR obligatoire, accompagné ou non d'une quarantaine. La majorité des pays de l'UE imposent un test PCR négatif pour entrer sur leur territoire. Certains pays exigent également une quarantaine, uniquement pour les non-vaccinés ; quarantaine qui s'ajoute à deux tests PCR minimum (un à l'entrée sur le territoire, un autre pour sortir de la quarantaine). Le Royaume-Uni impose ainsi une quarantaine de 10 jours. Même durée pour la Roumanie, la Moldavie ou l'Allemagne. Allemagne qui restreint sa quarantaine à des populations venant de régions françaises spécifiques. 

Même constat hors UE. Le Panama impose 3 jours de quarantaine à tout non-vacciné provenant d'une liste de pays établie par le gouvernement. Les personnes non vaccinées venant d'autres États devront fournir qu'un test PCR négatif. La Guadeloupe allonge la durée de la quarantaine à 7 jours pour tout arrivant non vacciné. Bien que le nombre des hospitalisations soit en baisse, la situation de la Guadeloupe reste préoccupante. Les Seychelles et la Tunisie imposent 10 jours d'isolement aux non-vaccinés. Les autorités françaises déconseillent cependant de voyager dans ces pays. Les non-vaccinés sont "soumis au régime du motif impérieux", et devront justifier tout projet de voyage vers ces destinations.

Inconvénients pratiques de la non vaccination

Pour les candidats à l'expatriation non vaccinés, le stress des aléas pratiques (durée et coût du test PCR, de la possible quarantaine, des autres tests PCR...) s'ajoute au stress inhérent à tout projet d'expatriation. Même lorsqu'une contrainte pèse sur tous, elle est allégée pour les vaccinés. C'est le cas de la quarantaine. Même lorsqu'elle touche les vaccinés et les non-vaccinés, elle est plus courte pour les vaccinés, et moins contraignante : ces derniers n'auront pas à présenter de test PCR négatif pour sortir de quarantaine.

Indispensables pour les non-vaccinés, les tests PCR peuvent compliquer tout projet de voyage. L'on y pense rarement, mais la pénurie de certaines matières premières indispensables fragilise tout un secteur. L'épidémie de coronavirus a entraîné une hausse mondiale de demande de plastique. Or, chaque test PCR nécessite du plastique, à usage unique. À côté du défi économique et logistique se dresse un gâchis environnemental, qu'une vaccination pourrait éviter. 

De plus, les tests PCR sont à la charge du voyageur. La France fait partie des rares pays à prendre en charge le coût d'un test PCR (près de 40€ le test). Malte et le Danemark ont stoppé la gratuité des tests. Le Danemark préfère miser sur son "passeport corona" qui permet aux vaccinés d'accéder librement aux lieux/activités de loisirs, de culture, restauration, etc. La majorité des pays européens et du monde font payer les tests, avec des prix allant d'une trentaine à plus de 400 euros. En Suède, le test coûte entre 170 à 300€, jusqu'à 250€ en Irlande et en Angleterre, 200€ en Finlande,   jusqu'à 160€ en Suisse ou en Croatie, entre 80 et 100€ pour l'Allemagne ou les Pays-Bas, jusqu'à 100€ pour le Portugal, l'Espagne, la Pologne, entre 40 et 80€ en Italie, 60€ au Luxembourg ou en Grèce, et près de 50€ pour la Belgique. Les tarifs sont tout aussi élevés pour les pays non-européens : jusqu'à 300€ pour le Japon et la Colombie, 150€ au Mexique, 100€ au Paraguay, entre 150 et 500€ pour les États-Unis, 50€ pour l'Algérie ou la Tunisie, 45€ pour le Maroc... 

À ces tests demandés pour entrer sur le territoire s'ajoutent ceux exigés pour sortir de quarantaine (selon les pays), et tous les tests pour se rendre dans tel ou tel lieu. En effet, le test négatif demandé pour entrer sur le territoire n'est effectif qu'à cette seule fin. Tout au long de son séjour, le non-vacciné devra effectuer d'autres tests en fonction des lieux dans lesquels il souhaite se rendre, des activités qu'il veut pratiquer. La non-vaccination alourdit donc le coût de l'expatriation : au budget initial s'ajoutent les frais des tests PCR et des quarantaines. Avant même d'être arrivé à destination, l'expatrié non-vacciné peut avoir à débourser entre 50 et plus de 300€ supplémentaires uniquement pour se tester. La somme gonflera d'autant plus qu'il répétera l'opération. Si le voyage s'effectue à plusieurs, la facture finale pourra facilement dépasser les milliers d'euros, rien qu'en tests PCR. A contrario, le vacciné n'a rien à dépenser, le vaccin lui-même étant gratuit.

La quarantaine est l'autre "poste de dépense Covid" des non-vaccinés. Tout comme les tests PCR, la quarantaine est aux frais du voyageur. Selon les normes du pays dans lequel ils résident, les expatriés devront se confiner dans un établissement référencé par le gouvernement, ou s'isoler dans un hôtel. Dans les deux cas, l'hébergement et les frais sur place (nourriture...) sont à leur charge.

Si la France permet un remboursement d'une partie des tests PCR effectués à l'étranger, elle précise que ce remboursement ne s'applique qu'aux tests réalisés pour cas de suspicion Covid (le voyageur présente des symptômes). Le taux de remboursement varie selon que le pays est membre de l'UE, de l'Espace Économique Européen (EEE), ou non.  

S'expatrier sans être vacciné est certes possible, mais bien plus contraignant. Aux aléas inhérents à tout long voyage s'ajoutent ceux de trouver des centres de dépistage dans un pays étranger, et de pouvoir financer tous les tests demandés sur place. Même en cas de travail à l'étranger, une partie plus ou moins conséquente du salaire pourrait partir dans les tests PCR (ou antigéniques, selon les dispositions du pays). Tests à renouveler toutes les 48 ou 72h, selon les normes en vigueur dans l'État d'accueil. Outre l'aspect financier, la contrainte psychologique impacte également le quotidien. Impossible de décider à l'improviste. La moindre sortie doit se planifier deux à trois jours à l'avance, pour peu que l'on trouve un centre de dépistage dans les temps. La population française non vaccinée par choix admet les conséquences négatives de ce quotidien sous contraintes. L'on peut penser que ces contraintes seront démultipliées à l'étranger. La situation sanitaire évolue au fil des variants, et l'accès aux vaccins diffère fortement d'une région du monde à l'autre. De quoi revoir son projet d'expatriation en termes de bénéfices/risques. Se faire vacciner avant de voyager peut garantir une expatriation plus sereine.