COVID-19 : L'épidémie au Royaume-Uni vu par un médecin mauricien

  • medecin au Royaume Uni
    Nilesh Sewpaul
Interview
Publié le 2020-04-01 09:00

La pandémie de coronavirus oblige, de nombreux expatriés autour du monde se retrouvent aujourd’hui à l’avant plan. Nilesh Sewpal, un médecin mauricien exerçant à Birmingham, au Royaume-Uni, nous livre son avis sur la façon par laquelle la situation est gérée par les autorités locales, ainsi que ses sentiments personnels.

D'où venez-vous? Qu'est-ce qui vous a amené au Royaume-Uni et depuis combien de temps y vivez-vous ?

Je suis Nilesh Sewpaul et je viens de l’île Maurice. C’est en 2003 que j’arrive au Royaume-Uni en tant qu'étudiant en médecine et, depuis, je ne suis pas reparti. Après avoir décroché mon diplôme auprès de la faculté de médecine de Birmingham en 2008, j'ai déménagé dans le sud-est de la ville, où j'ai poursuivi ma formation. Aujourd’hui, j’exerce comme médecin généraliste à plein temps à Birmingham.

Quelle est la situation au Royaume-Uni depuis l’annonce de l'épidémie de COVID-19 ?

Le Royaume-Uni a été durement touché par COVID-19. Nous avons actuellement 15 000 cas confirmés, et le nombre de décès est passé à 759. Plus d'un tiers de ces cas se trouvent à Londres, mais il s'est propagé rapidement dans le reste du pays. Le gouvernement essaie maintenant de contenir la propagation du virus. Nous sommes maintenant en situation de confinement. La police est en train de contrôler des voitures et inflige des amendes aux personnes qui voyagent pour des raisons non essentielles. Les gens sont encouragés à travailler à domicile dans la mesure du possible.

Qu'en est-il des services de santé qui sont offerts aux patients COVID-19 et à ceux qui sont à risque ? Comment réagit la population face à cela ?

Le NHS (National Health Service) se débattait déjà avant l'épidémie de COVID-19 avec une pénurie de médecins et d'infirmiers. Malheureusement, l'épidémie de COVID-19 a exercé une pression sans précédent sur le NHS. En raison d'une pénurie de kits de test, de nombreux patients présentant des symptômes de COVID-19 ne sont pas testés. Au lieu de cela, on a donné des directives nationales à ces personnes de s'auto-isoler à la maison pendant 7 jours et pour les membres de leur famille de s'isoler pendant 14 jours. Il est conseillé d'appeler le 111 pour plus de conseils en cas de symptômes graves. La ligne d'assistance NHS 111 procure des conseille aux membres du corps médical et paramédical sur les problèmes médicaux urgents et redirige ceux qui ont besoin d'une assistance médicale vers leur médecin généraliste, l'hôpital, ou déploie une ambulance en cas d'urgence.

Les personnes âgées et vulnérables sont invitées à s'auto-isoler pendant une période d'au moins 12 semaines.

Je pense qu’au départ, le public ignorait les conseils de Public Health England, mais comme le nombre de cas a augmenté rapidement au cours de la semaine dernière, les gens sont en train de s'auto-isoler comme recommandé, et ceux qui peuvent sortir ne le font que lorsque c’est essentiel. Au cours de la semaine écoulée, un sentiment de solidarité s’est installé, les gens essayant de se soutenir mutuellement dans la mesure du possible.

Que pensez-vous de cette crise de santé en tant que professionnel de la santé?

Il y a eu un retour positif du grand public envers les professionnels de la santé. Les Britanniques ont témoigné de leur appréciation à l’égard du NHS jeudi dernier lorsque tout le monde a applaudi devant leur maison à 20 h pile en l'honneur du NHS. De nombreuses chaînes de café ont offert des boissons gratuites au personnel du NHS pendant qu'elles étaient encore ouvertes.

Force est de constater que le Royaume-Uni n'était pas bien préparé face à cette épidémie de COVID-19. Les établissements de santé à travers le pays, y compris celui où je travaille, n'ont toujours pas reçu d'EPI (équipement de protection individuelle). Qui plus est, nous n'avons reçu aucun kit de test pour le moment. Une situation qui pousse le personnel présentant des symptômes potentiels de COVID-19 à rester à la maison et à s'isoler alors qu’il aurait pu venir travailler. Chose qui aggrave encore le manque de personnel, à un moment aussi critique.

Les services de santé tentent de maximiser les ressources qui sont actuellement limitées.

L’établissement hospitalier où je travaille a été convertie en « clinique COVID-19 » où les cas suspects de COVID-19 sont évalués. On recherche actuellement des médecins bénévoles pour mener à bien les opérations. À l'échelle nationale, un hôpital temporaire a été aménagé à l'Excel Center de Londres. Les autorités prévoient aussi de convertir le National Exhibition Centre de Birmingham en hôpital temporaire.

Malgré tous les efforts du gouvernement et du grand public, je crains que le Royaume-Uni ne dispose tout simplement pas des ressources nécessaires pour faire face à l'épidémie de COVID-19 de manière adéquate. Pour ma part, je fais ce que je peux pour aider en continuant à travailler à la médecine générale, tout en prenant des précautions pour ne pas attraper le virus.

Vos sentiments personnels par rapport à la situation ?

Je suis très reconnaissant que mon épouse et moi avons pu nous marier en décembre 2019 à l’île Maurice avant l'épidémie de COVID-19 soit décrété une pandémie. Je me considère très chanceux que nous vivions actuellement ensemble à Birmingham. La perspective de l’isolement n'a plus l’air aussi effrayant. En fait, je pense que si nous devions nous isoler pour une raison quelconque, nous en tirerions le meilleur parti.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être loin de vos proches en cette période de crise sanitaire mondiale ?

L’île Maurice me manque et nous pensons tous les deux à notre famille. Nous avons hâte d'y retourner. Nous prévoyions en fait une visite surprise à nos familles à Maurice en avril, mais cela ne se produira clairement pas maintenant en raison de COVID-19 et des règles de quarantaine mises en place à Maurice.

Personnellement, je pense que les mesures mises en place par le ministère de la Santé à l'aéroport international SSR de Maurice sont appropriées. Contrairement au Royaume-Uni et aux autres pays de l'UE, ils sont en train de vérifier où les passagers se sont rendus au cours des six derniers mois et mettent en quarantaine / testent toutes les personnes à haut risque.

Quels conseils donneriez-vous en tant que professionnel de la santé au Royaume-Uni ?

Mon conseil à tout le monde serait de suivre les conseils donnés par la santé publique de votre pays et de rester à l'intérieur dans la mesure du possible pour le bien-être de tous. Nous traversons aujourd’hui une phase difficile en ce moment et nous nous en sortirons en travaillant tous ensemble.