Un expatrié américain au carrefour des civilisations

  • Expatrie en Turquie
Interview
Publié le 2018-03-23 10:00

Véritable aventurier dans l’âme, éducateur, écrivain et passionné d'histoire et de lecture, Léonard est un expatrié américain qui a retrouvé le bonheur en Turquie, au carrefour des cultures et des civilisations. C'est en 2008 qu'il décide de s'y installer dans le cadre d'une opportunité professionnelle et, depuis, il n'est plus jamais reparti. Aujourd'hui, Léonard coule des jours heureux à Istanbul, entre ses voyages de découverte en Turquie et en Europe, et en parle à Expat.com.

Bonjour Léonard, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de ton parcours ?

Originaire de New York, j'ai eu une vie très active. J'ai d'abord travaillé pour les Boy Scouts avec des enfants provenant de quartiers défavorisés. J'avais aussi une librairie littéraire à Los Angeles. Par la suite, je suis devenu enseignant, puis administrateur de deux collèges de Long Island où j'ai crée et géré des programmes de langues destinés aux expatriés, principalement aux étudiants étrangers. J'ai vécu avec mes parents adoptifs et des frères de diverses origines et ethnies. C'est de cette manière que j'ai appris à comprendre et apprécier les différences culturelles.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers la Turquie ? Depuis combien de temps y vis-tu ?

L'un de mes assistants qui venait de la Turquie insistait pour que je parte visiter le pays au moins une fois. C'est en 2007, lorsqu'il est rentré dans son pays d'origine, que j'ai décidé de lui rendre visite à Istanbul. Je suis immédiatement tombé sous le charme de la ville et des différentes régions du pays durant nos balades. A mon retour en 2008 pour assister à son mariage, il m'a présenté à l'un de ses amis qui recherchait quelqu'un pour gérer un programme préparatoire en anglais dans une nouvelle école à Beykoz, Istanbul. Ayant toujours voulu vivre en Europe ou à proximité, j'ai immédiatement saisi l’opportunité. Je me suis donc installé en Turquie en octobre 2008 et, depuis, je ne suis plus jamais reparti sauf pour établir et participer à des programmes d’échange entre différents collèges.

Quelles étaient les formalités à remplir pour que tu puisses t'installer en Turquie ?

C'est l'engagement qui compte avant toute chose. Je me suis rendu compte, en 2010, que la Turquie est l'endroit où je souhaiterais passer le restant de mes jours. J'ai donc décidé de déménager mes affaires ici et de placer le reste dans une unité de stockage. Ma vie est ainsi composée d'un beau mélange de choses nouvelles et de celles qui me sont familières.

Parles-nous de ce que tu aimes le plus en Turquie et le moins.

Ce que j'aime le plus, c'est la chaleur, l’hospitalité et la gentillesse des Turques, envers les expatriés en particulier, comme c'est le cas des Méditerranéens de ma lignée. Ce que j’apprécie le moins, en revanche, c'est le manque de variété en ce qui concerne la cuisine internationale.

Comment décrirais-tu la Turquie en une phrase ?

La Turquie, dans son ensemble, est l'un des plus grands musées du monde.

Qu'est-ce qui caractérise le marché du travail local ?

Il existe, en Turquie, de nombreuses perspectives de carrière pour les Anglophones natifs dans les écoles privées et publiques. J'ai aussi rencontré de nombreux entrepreneurs européens. La plupart des Américains que je connais ici sont des enseignants.

Est-il difficile de trouver un logement en Turquie ? Quels sont les types de logements disponibles pour les expatriés ?

Les propriétaires sont parfois réticents à louer leurs biens immobilier aux expatriés, mais il y a tout de même une grande variété de locations. Acheter un bien immobilier, c'est autre chose. Bien que l'immobilier en Turquie soit plutôt abordable, les expatriés ont du mal à obtenir un prêt hypothécaire auprès des banques turques. La plupart des achats se font donc dans l'absence d'un prêt hypothécaire.

Quels sont les festivals les plus populaires en Turquie ?

Bayram, qui succède au Ramadan, est l'une des festivals les plus importants du calendrier turc. La plupart des commerces, écoles, banques, ainsi que les bureaux publics, sont fermés pendant cette période. Bien que les festivités ne durent généralement que trois jours, les Turcs ont droit à 7 à 10 jours de congé dont ils profitent pour rendre visite à leurs familles et échanger des cadeaux. Les enfants frappent aux portes des voisins et se voient offrir des bonbons. C'est un vraiment un moment magique pour tout le monde.

Vie d'expatrie en Turquie

Quels sont les principaux codes culturels en Turquie ?

Ici, les hommes et les femmes se font la bise pour se saluer. Considéré comme étant une pratique occidentale, le geste de se serrer la main n'est pas si répandu. En revanche, les hommes ne peuvent pas faire la bise comme bon leur semble aux femmes qu'ils ne connaissent pas personnellement. Il y a aussi des femmes très conservatrices qui évitent tout contact physique avec les hommes en dehors de leur cercle familial. D'autre part, attendez-vous à ce que l'on vous serve une tasse de thé ou de café lorsque vous rendez visite à quelqu'un, ou que vous avez un rendez-vous d'affaires, chez le coiffeur, ou encore, quand vous faites vos courses.

Que penses-tu du mode de vie en Turquie ?

Cela dépend vraiment de l'endroit où l'on vit. Istanbul, la capitale, est une ville moderne, dynamique, surpeuplée et confrontée à la congestion routière. Cela peut être fatiguant à la longue. Izmir et Ankara sont des villes ayant une atmosphère plus décontractée. En fait, Izmir me rappelle un peu le sud de la Californie. Les Turcs aiment passer plus de temps en famille, que ce soit au dîner ou au petit-déjeuner, ou le week-end.

Quels sont les moyens de transport disponibles en Turquie ? Comment te déplaces-tu ?

L'on trouve en Turquie différent moyens de transport peu chers. Le réseau de bus est très efficace et le métro est propre et régulier, de jour comme de nuit. Les villes côtières disposent, pour leur part, de ferrys, en plus d'autres moyens de se déplacer. Dans la plupart des villes, vous trouverez des minibus appelés dolmuş, ainsi que des taxis. Les places de taxi se trouvent généralement à l’entrée et à la sortie des stations de métro. Le réseau routier s'est grandement amélioré au cours de la dernière décennie. Seule Istanbul connaît de sérieux problèmes de congestion routière. Les tarifs pour les vols domestiques et internationaux sont également très abordables.

Comment se définit ton quotidien d’expatrié en Turquie ?

Je passe beaucoup de temps à écrire et faire de la lecture. J'ai aussi une collection de plus d'un millier de CD et de DVD, puisque j'aime bien regarder des films et écouter de la musique. Une ou deux fois par semaine, je sors prendre un café turc ou dîner avec des amis. Quand il fait beau, j'aime bien aller me balader sur les côtes, sinon je vais regarder un film dans l'un des centres commerciaux d'Izmir. Au moins une fois par mois, j'aime bien aller à la découverte des autres villes et régions de la Turquie ou de l'Europe. Il y a tant de choses à faire ici que l'on est loin de s'ennuyer.

Y a-t-il en Turquie des activités nocturnes pour les fêtards ?

Il y a, ici, de nombreux bars où on a de la musique, ainsi que des salles de concert et des groupes de théâtre. J'ai eu l'occasion d'assister à des spectacles auxquels je suis familier, tels que Hamlet, sans avoir aucune difficulté à suivre. Les Turcs aiment aussi se poser dans un café pour prendre un thé ou un café tout en dégustant une variété de sucreries et de pâtisseries locales. On peut y passer des heures à discuter ou tout simplement à regarder les passants.

As-tu eu des difficultés à t'adapter à ton nouvel environnement ?

Bien que ma famille et mes amis me manquent souvent, je pense que je me suis bien adapté à ma nouvelle vie ici. Je trouve toujours des choses qui m'amusent et m'occupent. Il n'y a pas de musée d'histoire naturelle ici, mais l'on en trouve dans les autres grandes villes. Je profite de la nature et de la mer à proximité. Quand le théâtre commence à me manquer, je prend un vol pour Londres pour me rendre à des spectacles, visiter des musées et profiter de la cuisine internationale. De splendides villes européennes telles que Sofia, Kiev, Berlin, Bucarest, ou encore, Rome, ne sont qu'à deux heures de vol. Je me suis aussi fait beaucoup d'amis depuis que je me suis installé en Turquie.

Quel est ton avis sur le coût de la vie en Turquie ?

Le dollar américain s’échangeant à près de quatre lires, un expatrié profite d'un niveau de vie bien supérieur à celui aux États-Unis, à titre d'exemple. Ma pension de retraite est largement suffisante pour me permettre de maintenir mon style de vie sans avoir à travailler. Le logement est également moins cher ici qu'aux États-Unis. Un appartement de trois chambres dans l'un des quartiers les plus prisés d'Istanbul ne me coûtait, à mon arrivée, que 600 $US par mois, les changes compris. A Izmir, tout coûte de 25% à 30% moins cher qu'à Istanbul, y compris les sorties au restaurant et les activités de loisir. C'est également le cas d'Ankara. Typiquement, un déjeuner au restaurant coûte entre 3 et 12 $US par personne. Pour un verre de vin, comptez 5 $US. La bière est encore moins chère. Un pain frais coûte à peine 30 centimes. A Istanbul, on peut prendre un petit-déjeuner complet avec une vaste sélection de fromages et de viandes, d'olives, de tranches de tomates et de concombres, de pain frais et d'une variété de confitures fait maison, de miel et de beurre frais, sans oublier le thé et une omelette pour environ 8 $US. Faire mes courses me coûte une moyenne de 200 $US, d'autant que j'aime faire la cuisine. Le ticket du métro coûte moins d'un dollar. Qui plus est, les enseignant sont éligibles pour une réduction d'environ 40%.

Un cafe en Turquie

Y a-t-il une chose que tu voudrais faire en Turquie mais dont tu n'as pas encore eu l'occasion ?

Il me reste encore beaucoup d'endroits à découvrir. J'aimerai visiter la première église chrétienne qui se trouve à Antakya. Je dois encore m'aventurer en montgolfière à Cappadoce et prendre le ferry de Marmaris à Rhodes.

Que penses-tu de la cuisine turque ? Quelles sont tes spécialités préférées ?

La Turquie possède une gastronomie variée dépendant de la région. En revanche, il est très difficile de trouver un bon restaurant chinois, thaï ou coréen, ou encore, de prendre un petit-déjeuner à l'anglaise, sauf si l'on vit dans un hôtel cinq étoiles. A mon arrivée en 2007, j'ai eu du mal à trouver une tasse de café filtre, mais de nos jours on en trouve presque partout. Certains marchés haut de gamme proposent même des produits à base de porc tels que le bacon et une variété de saucisses, ainsi que le saucisson italien. On trouve également du parmesan importé bien qu'il en existe ici une variété bien locale. Le bœuf, l'agneau, le poulet, la dinde, le canard et l'oie sont disponibles dans tous les marchés. Dans les villes côtières, vous trouverez aussi des marchés où on peut s'approvisionner en poisson frais. Une autre particularité de la Turquie est que l'on y trouve des aliments frais et saisonniers dans des bazars ouverts des jours spécifiques. Le kebab est un repas copieux et la pide, une pizza turque, est vraiment délicieuse. On trouve aussi une variété de sucreries exceptionnelles.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport aux États-Unis, ton pays d'origine ?

Comme je l'ai mentionné plus tôt, ma famille et mes amis me manquent beaucoup. Puisque je viens de New York, la possibilité d'aller au théâtre ou à l’opéra, de visiter la variété de musées, de regarder des films avec des sous-titres en anglais, ainsi que le vaste choix de restaurants, me manquent aussi. C'est pour cela que j'essaye de rentrer aux États-Unis au moins une fois par an.

Es-tu déjà arrivé à un point de vouloir quitter la Turquie ? Comment as-tu surmonté cette étape ?

J'ai souvent envier de rentrer lorsque j’apprends le décès d'un proche ou d'un vieil ami afin d’être plus près de ceux qui me sont chers, mais cela passe avec le temps. Ici, j'ai l'occasion de m'adonner à plein-temps à ma passion pour l'écriture, ce qui n'aurait pas été possible aux États-Unis où je n'aurais pas pu profiter du même niveau de vie sans avoir à travailler. Je tiens beaucoup à ma liberté personnelle, d'autant que je vis dans un pays qui me fascine.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs expatriés en Turquie ?

Mon premier conseil serait de garder au moins une carte de crédit américaine, ce qui facilitera vos achats en ligne. Il est très difficile pour un expatrié d'obtenir une carte de crédit turque. Pour ma part, cela m'a pris six ans et cela a été rendu possible par l'entreprise pour laquelle je travaillais à l’époque qui a accepté de me parrainer. Je vous conseille également de ne pas fermer votre compte en banque aux États-Unis. Les chèques de la sécurité sociale et de la pension de vieillesse sont versés directement dans le compte bancaire américain. Sur place, vous pourrez faire des retraits sur n'importe guichet automatique pour réalimenter votre compte en banque turc. Les banques turques n’émettent pas de chéquiers vu que les cartes bancaire et les cartes de crédit sont monnaie courante ici. Assurez-vous, toutefois, de faire le bon choix en fonction du personnel anglophone de la banque. İşBank est une banque appropriée pour les expatriés. Gardez en tête qu'avoir un compte en banque, et une carte de résident dans certains cas, est indispensable pour avoir accès aux utilités publiques. En cas de doute, n'hésitez pas à demander à un ami Turc de vous accompagner, surtout si la banque de votre choix ne possède pas de personnel anglophone.

Quelles seraient, selon toi, les 5 choses à emmener dans sa valise en Turquie ?

Je pense que cela dépend des gens. Dans mon cas, j'ai emmené des objets de famille qui me tiennent à cœur, ainsi que des œuvres d'art, pour m'aider à me retrouver. D'autres expatriés que je connais ont préféré se débarrasser de ce qu'ils possédaient et de tout recommencer à zéro ici. Pour ma part, je n'ai aucune envie de laisser derrière mon passé. Cela ne dérange en aucune façon mon futur, mais cela n'engage que moi. Pour le reste, à mon avis, on trouve de tout ici.

Tes projets d'avenir ?

Mon avenir est lié à la Turquie. Je suis en train de rédiger un ouvrage sur les expatriés en Turquie et sur les relations qui se développent, ou pas, entre eux et les Turcs. Je classifie mes ouvrages en deux catégories : les comédies romantiques et les romans de mystère. La richesse historique de ce pays me tente aussi à me plonger dans le style du roman historique. Au carrefour des civilisations, la Turquie représente, pour moi, un véritable joyau culturel, source de créativité. Je dois dire que me sens vraiment chez moi ici.

 

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