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Vivre en France : le rêve d'une Espagnole devenu réalité

Interview
Publié il y a 8 mois

Margarida est originaire de Minorque, en Espagne. Arrivée en France il y a 15 ans, elle partage avec Expat.com son bonheur de vivre dans l'hexagone, avec sa famille.

Les Mots de Marguerite

Les Mots de Marguerite

Bonjour Margarida, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de tes projets ?

Je m’appelle Margarida, je suis Espagnole de Minorque (Iles Baléares) et j’habite en France depuis 15 ans avec une très belle parenthèse Belge de 3 ans. En tout, cela fait bientôt 15 ans que j’habite à l’étranger. Je suis traductrice – rédactrice – community manager freelance.

Comment t'es-tu retrouvée en France ? Racontes-nous ton parcours...

Ça risque d’être long, ça va me faire plonger dans une montagne de souvenirs… Allez, j’y vais !

Mes premières fois en France remontent à mes 15 et 16 ans. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse du ministère de l’Éducation espagnol qui m’a permis de venir passer deux étés en séjour linguistique (Nantes et Longwy). Et c’est là que tout a commencé ! Mon amour pour la France, mon amour pour la langue française, mon amour pour la découverte des autres - des étrangers. Alors que j’étais en plein bac scientifique, j’ai finalement changé de cap quand il a fallu choisir les études dans le supérieur. Me voilà donc embarquée dans une maîtrise en Philologie Française (langue, civilisation, histoire) à Barcelone. Très vite, un professeur me propose de suivre le Cursus d’Etudes Intégrés, un programme de double licence mis en place par l’Université de Barcelone et l’Université de Montpellier III. Ainsi, pendant 3 ans, tous les vendredis je suis (avec quatre autres camarades) des cours donnés par des professeurs de Montpellier qui nous préparent à la méthodologie française (commentaire composé, dissertation, analyse textuelle…)

Enfin, j’arrive à Montpellier pour entamer une cinquième année d’études et obtenir ainsi un diplôme français, à part mon diplôme espagnol. En réalité, l’un dépend de l’autre, j’ai donc tout intérêt à réussir ! En une année, j’ai fait le cursus complet prévu dans la Licence ès Lettres Modernes, sauf la matière de latin dont j’étais exempte (grand ouff de soulagement !). Maîtrise espagnole et Licence française en poche, j’ai trop envie de rester dans l’Hexagone, je sens que j’ai encore plein de choses à découvrir.

J’envisage donc d’envoyer ma candidature aux postes d’assistant en langue étrangère pour enseigner en France dans le secondaire. Je suis admise et le Ministère m’affecte à Lorient, dans le Morbihan en Bretagne. J’avais 22 ans. J’y passe une belle année, mais j’ai eu très froid aussi ! C'était mon premier contact avec le Nord et les hivers froids et pluvieux. On était une petite bande d’étrangers à partager vie, habitation et métier (Américains, Allemands, Anglais, Australiens…). On s’est bien amusés à soutenir les merlus et à prendre des chocolats chauds à Larmor-Plage mais sans voiture, on s’est sentis un peu isolés de tout, il faut le dire ! Cette expérience m’a permis de comprendre que l’enseignement n’était pas tout à fait pour moi. Je décide donc de tout faire pour que mon rêve devienne réalité : je veux devenir traductrice ! Je cherche des écoles de traduction qui soient bien mais quelque chose me dit que j’ai un peu envie de rentrer en Espagne. Hors de question de revenir à Barcelone. Je connais déjà la ville, j’ai envie d’autre chose et surtout, j’ai envie de ne pas perdre le lien avec la France. Pari réussi : je trouve une école française qui a une antenne à Madrid ! Je n’hésite pas, je suis admise en Master II de Traduction et Interprétation FR – ES décerné par l’ICP (Institut Catholique de Paris). Alors que j’étais sur le point de me préparer pour mes derniers examens (le Master avait une durée de deux ans), j’ai commencé à chercher du travail. Il était temps, à presque 25 ans, de rentrer dans la vraie vie. Je ne me souviens plus trop comment, mais mes recherches m’ont amenée en Belgique !

En effet, j’ai postulé pour travailler au Bureau régional des Iles Baléares auprès de l’Union européenne. J’ai été en poste pendant deux ans. Une expérience tellement incroyable et enrichissante ! J’ai pu assister aux Conseils de Ministres, aux réunions de la REPER (Répresentation Permanante de l’Espagne auprès de l’UE), rédiger des amendements, traduire des directives, assister à plein de cocktails, enfin bref, tout un monde, une expérience unique. Mais après ça, j’ai ressenti le besoin de m’éloigner un peu de ce monde politico-administratif. J’ai à nouveau fait des recherches de travail et j’ai été embauchée par une start-up française dans le numérique qui était à l’époque, basée à Bruxelles. Quelques mois après, ils m’annoncent leur retour en France avec un CDI pour moi à la clé si je les suis... Et c’est comme ça, que je suis revenue en France en 2008, à Paris.

Margarida à Nantes

Qu'est-ce qui t'as attirée vers Nantes ?

L’amour ! Alors que j’habitais à Paris, j’ai rencontré l’amour (même si on s’est rencontrés en Espagne !). Après quelques mois de TGV Paris-Nantes tous les week-ends, il a fallu trouver une solution à cela. Me voilà donc à Nantes depuis février 2010.

Comment s'est passée ton installation ?

Cela va bientôt faire 7 ans que je suis arrivée et l’installation s’est très bien passée. Je suis venue m’installer chez mon futur mari, alors, je n’ai même pas eu à chercher un logement !

Quelles étaient les procédures à suivre que tu puisses t'y expatrier ? As-tu éprouvé des difficultés à franchir ces étapes ?

Après tant d’années, la France est un peu mon pays. Ma fille est à moitié Française, mon mari est Français, je vis une vie de Française, si j’ose dire. Il y a juste un tout petit et léger accent qui dit que je ne suis pas du coin, mais parfois je m’amuse à dire que je viens du Sud….du Sud de la France ! Ahaha !

Quand je suis arrivée, les premières fois j’étais étudiante, j’ai du donc faire ma carte d’étudiant. J’ai eu affaire au CROUS et tout ce genre de choses. Plus tard, quand je suis revenue en 2008 à Paris avec mon statut de travailleuse, j’ai du jongler pendant un certain temps entre les administrations Belge et Française, histoire de mettre à jour mes impôts et de changer de sécurité sociale. Obtenir une carte vitale a été un peu long. Je me souviens très bien de cela. Avec ma collègue Belge, on rigolait en disant qu’on n’avait pas intérêt à tomber malades ! En plus, je n’étais ni Belge, ni Française mais l’Espagne n’a aucune trace de moi en tant que travailleuse car je n’ai jamais travaillé dans mon pays.

Même si les Européens n’en ont pas besoin, j’ai fait la demande d’une carte de séjour (tout comme j’en ai eu une à Lorient et comme j’avais demandé en Belgique). Alors que tout le monde dit que les Européens peuvent aller partout « tranquillement », je dois dire qu’il y a des citoyens qui ne doivent pas encore être au courant. Il m’est arrivé, en France, qu’on me la demande cette carte de séjour. J’ai été fière de pouvoir la montrer et d’ajouter un catégorique : « Mais vous savez, Monsieur, je n’en ai pas besoin ! »

As-tu eu des difficultés d'adaptation à ton nouvel environnement ?

Non, pas trop. Ou alors, je ne m'en souviens pas tellement cela fait longtemps ! Chaque ville est différente et c’est sûr que les Parisiens ne vivent pas comme les Nantais. A Nantes, j’ai peut-être découvert la vie de « province » en France, même si c’est un mot que je n’aime guère utiliser car pour moi il illustre le « centralisme » français.

Bon, quand je venais à mes 15 ans, j’avais du mal à manger à 12h. Maintenant quand je rentre en Espagne, j’ai plutôt du mal à manger à 14h ou plus tard, j’ai trop faim !

Qu'est-ce qui t'as le plus surpris à ton arrivée en France ?

L’engouement des familles françaises pour les balades dans les centres commerciaux le samedi après-midi ! Oui, ne rigolez pas ! C’est un sport national vu par les yeux d’un étranger. Mais ça, c’est mon regard de quand j’avais 15 ans, toujours. J’ai l’impression que c’est là que j’ai découvert la France et les souvenirs qui remontent sont ceux-là. Sinon, je ne vais rien vous apprendre non plus si je vous dis que l’administration française doit être une des plus lentes du monde.

Une idée reçue qui s'est avérée fausse ?

Il n’y a rien qui me vient à l'esprit... Je crois que je suis devenue une quasi-Française en fait !

Margarida à Nantes

Quelle est la culture du travail à Nantes ? Est-il facile pour un expatrié d'y être embauché ?

Si pour le logement je n’ai pas eu de problème, pour le travail c’est une toute autre histoire. Avec le recul, j’ai compris qu’à Nantes (comme dans plein d’autres lieux dans le monde) ce sont les réseaux qui marchent. Alors quand on arrive et qu’on ne connaît personne ou presque... on a beau envoyer des CV, il n’y a rien qui va bouger ! J’ai eu la chance de garder le poste en CDI que j’avais à Paris en télétravail (merci l’esprit start-up) jusqu’à ce que j’aurais trouvé autre chose. Mes recherches étant infructueuses (c’est très frustrant alors que je n’avais jamais eu de souci). J’ai écouté quelqu’un qui m’a dit que l’enseignement était toujours en recherche de professeurs. Je me suis inscrite aux listes et on m’a appelée. J’ai été un peu plus de deux ans dans l’enseignement privé en tant que professeur d’espagnol LV2, mais je ne me sentais pas du tout épanouie (et j'étais assez mal payée). Ma grossesse a été le déclencheur : j’allais me mettre à mon compte et poursuivre mon rêve de devenir traductrice !

Aujourd’hui je peux remercier Nantes (et mon mari) de m’avoir aidé à créer ma propre entreprise et à me sentir complètement épanouie professionnellement ! Je peux créer avec les mots (et en vivre). C’est tout ce que je voulais !

Les Français, sont-ils accueillants ? Que penses-tu de leur mode de vie ?

Les Français sont accueillants, parfois un peu dans la retenue. Ils sont très gentils et polis, les champions du « Bonjour Madame – Merci – S'il vous plaît – Excusez-moi » (je suis mariée à un Français, que voulez-vous que je vous dise !). En revanche, je trouve qu’il n’est pas tout le temps aisé de se faire des amis. J’ai eu plus de facilité en Belgique. Ici, j’ai mis beaucoup plus de temps.

Quant au mode de vie, il me correspond assez. Et cela, depuis bien longtemps. C’est un mode de vie plus calme et plus posé qu’en Espagne et ça me va très bien. J’aime bien les soirées chez les gens (ce qui se fait rarement là d’où je viens), arriver avec une bouteille ou quelques fleurs et papoter tranquillement. En contrepartie, il y a un aspect qui nous manque aussi, tant mon mari qui s’est déjà habitué à l’Espagne qu’à moi : c’est le fait de trouver des troquets et des bars ouverts le dimanche pour prendre un café. Nous avons un peu l’impression qu’ici les gens vivent de plus en plus repliés sur eux-mêmes.

A quoi ressemble ton quotidien à Nantes ?

Alors là ! Mon quotidien est le quotidien d’une Française quelconque... surtout que nous n’habitons plus à Nantes-ville mais une commune au nord, à environ 15 minutes. Après avoir déposé ma fille de 3 ans à l’école, je rentre chez moi pour travailler. Je travaille, je travaille, je récupère ma fille en fin d’après-midi et voilà, comme chez tout le monde ! Je suis même en train de devenir cette maman-française-lambda qui fait le taxi les mercredi après-midi pour emmener sa fille à une activité extra-scolaire.

Que fais-tu pendant ton temps libre ?

Je fais du Pilates quand l’emploi du temps me le permet, je me balade avec des amis, je passe du temps en famille... J’ai aussi fait partie d’un cercle de danses bretonnes jusqu’à que je suis tombée enceinte. Plus jeune, à Lorient, j’ai aussi fait partie de l’Harmonie de la ville. En réalité, j’ai toujours voulu intégrer des associations plutôt fréquentées par les gens d’ici. C’est pour moi le seul et unique moyen de bien s’intégrer et, par la suite, de pouvoir bien juger, je veux dire, avoir un regard d’étrangère plus aguerrie...

Margarida à Nantes

Qu'est-ce qui te plait le plus en France ?

Les horaires de travail sont mieux qu’en Espagne, et malgré tout ce que l’on puisse penser, la France est un pays socialement très solidaire, ce qui facilite la vie des familles. Ce n’est pas pour rien que c’est le pays avec un fort taux de natalité !

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à l'Espagne ?

La famille et le soleil ! Plus je vieillis, plus j’ai du mal avec le ciel gris !

Quel est ton avis sur le coût de la vie à Nantes ? A quoi doit-on s'attendre lorsque l'on s'y installe ?

Je dirais qu’il faut s’attendre à ce que le logement soit cher tant en termes de location que d’achat, sinon ça reste comme les autres grandes villes.

Un évènement particulier que tu as vécu en France et que tu voudrais partager ?

Alors, c’est peut-être un peu singulier venant d’une expatriée mais je peux me « vanter » d’avoir joué La Marseillaise un 11 novembre au monument aux morts à Lorient. J’étais fière de ce moment et en même temps cela a été un instant très particulier et un tantinet bizarre !

Qu'est-ce qui t'as motivée à écrire ton blog « Les mots de Marguerite » ?

Mon blog existe depuis 2008. C’est à mon arrivée à Paris que j’en ai ressenti le besoin. J’avais 28 ans et j’avais déjà vécu dans 6 villes différentes dans trois pays différents. J’ai voulu créer un espace où je me sentirai chez moi et ce, de façon stable. « Les mots de Marguerite » en est devenu le lieu idéal. Il a évolué avec moi, bien sûr et surtout, c’est le blog qui m’a servi de tremplin pour créer mon activité professionnelle.

Quels conseils pourrais-tu donner aux personnes qui souhaiteraient s'expatrier en France ?

La France est un très beau pays, il y a des lieux magnifiques. Je me souviens, jeune, je disais « en France, le moindre petit village est beau » et c’est vrai ! Malgré ce que l’on peut penser ici, la crise économique n’a pas fait autant de mal que dans d’autres lieux en Europe. C’est aussi un point positif ! Aux plus jeunes, je leur dirai qu’il ne faut pas être constamment en train de comparer « chez moi c’est comme ça... », sinon, tu n’es pas sorti de l’auberge ! Je leur dirai aussi de s’entourer de Français, ce n’est que comme cela qu’on peut arriver à se sentir un des leurs.

Quels sont tes projets d'avenir ?

Continuer à développer mon activité professionnelle et à plus long-terme. Avec mon mari, on aimerait partir s’installer sous le soleil méditerranéen, mais en bonne expat de longue date, je préfère vivre le jour au jour et puis, on verra bien !

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