Expatrié un jour, expatrié toujours ?

Article
Publié le 2019-08-16 07:04

On peut vivre des années dans un pays étranger, mais ne jamais se sentir complètement chez soi. Et le jour où l’on rentre dans son pays d’origine, la partie n’est pas gagnée pour autant, car il arrive qu’on ne trouve plus sa place dans le pays dans lequel on a grandi. Partir à l’étranger, est-ce donc rester un étranger toute sa vie ? Expat.com a tenté de répondre à cette question.

Maelle Besnard

Actuellement basée au Québec, Maëlle Besnard a effectué plusieurs longs séjours à l'étranger. Elle a été journaliste avant de débuter une activité de rédactrice freelance.

 

 

Jonathan est ce que l’on peut appeler un « serial expat » : selon ses dires, depuis l’âge de neuf ans, il n’est jamais resté plus de six ans dans le même pays. Alors, quand on lui parle de son « chez lui », la réponse n’est pas simple. « En fait je ne me sens jamais complètement chez moi, je me vois un peu comme un invité permanent […] j’essaye de m’adapter le plus rapidement possible niveau coutume et nourriture, mais à part ça, j’ai pas vraiment de truc. Je ne prévois jamais de rester longtemps, donc j’apprends ce que je peux, mais je ne m’intègre jamais totalement », explique ce jeune homme d’origine haïtienne actuellement basé en Angleterre. 

La psychologue clinicienne Chani Sabatier, spécialisée dans les problématiques liées à la vie à l’étranger, précise que le degré d’intégration ou d’assimilation dans un pays dépend de plusieurs facteurs, comme les raisons pour lesquelles une personne quitte son pays d’origine et les circonstances qui entourent son départ. Par exemple, la façon dont on s’investira dans le pays d’accueil sera différente si l’on part avec un contrat d’expatrié limité dans le temps, si l’on part sac au dos sans savoir de quoi sera fait l’avenir ou si l’on part s’installer durablement dans un pays pour lequel on a eu un coup de cœur. 

« L’élément clé qui a facilité mon intégration, c’est de savoir dans quoi je m’engagerai. Si je suis venu au Québec c’est parce que j’aimais plus la philosophie de vie ici qu’en Europe », illustre, par exemple, Alejandro*, un jeune homme originaire d’Espagne qui a vécu 20 ans en France avant de s’envoler pour le Québec où il demeure depuis trois ans.

Étranger un jour, étranger toujours

Même en étant bien intégré, le sentiment d’être un étranger peut perdurer longtemps. Sur ce sujet, l’exemple d’Isabelle – une Française expatriée de longue date aux États-Unis – est parlant. Sur son blog, FromSide2Side, elle explique se sentir toujours un peu en décalage dans son pays d’accueil, et ce, malgré le fait qu’elle soit devenue citoyenne américaine et qu’elle ait ses petites habitudes au Kansas. 

« Les années ont passé et même si effectivement, je me sens un peu chez moi, que je suis à l’aise pour me repérer, que j’ai de nombreux amis, il en reste néanmoins que peu à peu, j’ai compris que cette sensation de chez moi était quelque peu artificielle. Nous sommes devenus américains mais ce n’est pas pour autant que nous avons fait de ce pays notre maison à part entière. Ce sont des petits riens qui te reviennent en pleine figure qui te font comprendre que non, tu n’es pas chez toi. » écrivait-elle en 2018 dans un article intitulé « Se construire un “chez-moi” quand on vit à l’étranger ». 

« Pour tous ceux que je suis, leur pays d’accueil ne devient pas leur pays. Il y a toujours une sorte de fidélité qui est identitaire, qui est culturelle, parce que souvent leur famille reste en France et parce que malgré tout, malgré toutes les tentatives d’intégration, c’est quand même compliqué de renoncer à ce point-là à sa première identité » confirme, de son côté, Chani Sabatier.

Bien s’intégrer : pas de recette magique, mais quelques bons tuyaux

Le pays dans lequel on se rend, mais aussi la personnalité de la personne qui s’installe à l’étranger sont deux autres facteurs qui interviennent dans le processus d’intégration et d’assimilation. Le fait de se sentir chez soi est donc un sentiment propre à chacun qu’aucune recette magique ne peut garantir. Toutefois, selon Chani Sabatier, on met plus de chance de son côté en se construisant un réseau d’amis et en ayant une activité professionnelle.  

On peut aussi pratiquer dans son pays d’accueil des activités familières, comme des loisirs que l’on avait dans son pays d’origine. Chani Sabatier estime aussi qu’il faut savoir profiter de ce que le pays d’accueil peut nous apporter en termes de nouveauté et d’opportunités, et rester ouvert. « Je pense qu’il y a des deuils à faire, oui. L’expatriation implique des deuils par rapport à sa culture d’origine, par rapport à ses représentations de soi et des autres. Et aussi, parfois, par rapport à ses valeurs. » prévient la psychologue. 

*Le prénom a été changé pour des raisons de confidentialité.