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Difficultés scolaires à l'étranger : comment accompagner son enfant ?

Paroles d'experts 7 min de lecture
Difficultés scolaires à l'étranger : comment accompagner son enfant ?© NadezhdaNovikova / Envato Elements

Vivre à l'étranger est souvent une expérience particulièrement enrichissante pour une famille. Nouvelle culture, nouvelle langue, nouvelles habitudes, parfois un nouveau système scolaire : pour les enfants aussi, l'expatriation implique de nombreux ajustements. Mais lorsque des difficultés scolaires apparaissent ou persistent, les parents peuvent rapidement se retrouver confrontés à une question beaucoup plus complexe : vers qui se tourner lorsque l'on souhaite comprendre le fonctionnement de son enfant et que l'on vit à plusieurs milliers de kilomètres de son pays d'origine ?

Difficultés attentionnelles, lenteur, problèmes de mémorisation, apprentissage laborieux de la lecture ou des mathématiques, difficultés d'organisation, maladresse, anxiété face aux apprentissages, décalage dans les interactions sociales… Ces signes peuvent avoir des origines très diverses. Ils peuvent être transitoires et liés au contexte, mais ils peuvent également conduire à rechercher un éventuel trouble du neurodéveloppement (TND), comme un TDAH, un trouble spécifique des apprentissages, un trouble développemental de la coordination ou un trouble du spectre de l'autisme.

Pour les familles expatriées, le parcours permettant de répondre à ces questions peut cependant devenir plus difficile.

Quand la langue devient un enjeu dans l'évaluation

La première difficulté est souvent linguistique.

Un enfant peut être scolarisé dans une école française, internationale ou locale, évoluer quotidiennement dans plusieurs langues et pourtant conserver le français comme langue maternelle ou langue dominante.

Or, une évaluation cognitive ou neuropsychologique ne consiste pas simplement à traduire des questions d'une langue vers une autre. Les tests utilisés sont standardisés : les consignes, le matériel, les conditions de passation et les normes permettent de comparer les performances de l'enfant à celles d'une population de référence.

Évaluer un enfant francophone avec des outils qui ne correspondent pas à son contexte linguistique peut donc compliquer l'interprétation des résultats. Une difficulté de compréhension de la langue d'évaluation ne doit pas être confondue avec une difficulté cognitive, attentionnelle ou d'apprentissage.

La question du bilinguisme ou du plurilinguisme doit également être prise en compte. Parler plusieurs langues ne constitue évidemment pas un trouble. En revanche, le parcours linguistique de l'enfant, son âge d'exposition aux différentes langues et les langues utilisées à la maison et à l'école sont autant d'éléments importants pour interpréter correctement certaines performances.

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Des outils qui ne sont pas toujours disponibles dans le pays d'accueil

La seconde difficulté concerne l'accès aux professionnels et aux outils d'évaluation.

Selon le pays de résidence, les familles ne disposent pas toujours facilement d'un professionnel francophone formé à l'évaluation neuropsychologique de l'enfant. Même lorsqu'un professionnel peut recevoir l'enfant, il ne possède pas nécessairement les versions françaises des batteries de tests utilisées habituellement en France.

À cela s'ajoute une grande diversité dans l'organisation des soins et dans la reconnaissance des différents métiers selon les pays. Les parcours permettant d'explorer un TDAH, un TSA ou un trouble des apprentissages ne sont pas organisés partout de la même manière.

Certaines familles commencent alors leurs démarches localement, sollicitent parallèlement des professionnels en France ou profitent d'un retour pendant les vacances pour organiser des rendez-vous.

Cette organisation peut devenir un véritable parcours logistique, avec parfois plusieurs mois entre les premières interrogations et la réalisation des différentes évaluations nécessaires.

Ne pas confondre difficultés d'adaptation et trouble du neurodéveloppement

L'expatriation elle-même doit également être prise en compte.

Changer de pays signifie parfois changer d'école, de langue d'enseignement, de méthodes pédagogiques, de rythme de vie et de repères sociaux. Certains enfants traversent alors une période d'adaptation pendant laquelle leurs résultats scolaires peuvent fluctuer.

Toutes les difficultés scolaires ne relèvent donc pas d'un trouble du neurodéveloppement.

Inversement, attribuer systématiquement les difficultés au changement de pays peut conduire à retarder l'exploration d'un trouble préexistant. Un enfant qui présentait déjà des difficultés attentionnelles, exécutives, langagières ou d'apprentissage avant son départ peut les voir devenir plus visibles lorsque les exigences scolaires augmentent.

L'enjeu consiste ainsi à replacer les difficultés dans l'histoire développementale complète de l'enfant : étaient-elles présentes avant l'expatriation ? Dans plusieurs environnements ? Depuis combien de temps ? Quel est leur retentissement sur les apprentissages, l'autonomie ou la vie quotidienne ?

Le bilan neuropsychologique : une pièce du puzzle

Lorsqu'il est indiqué, le bilan neuropsychologique permet d'explorer différentes dimensions du fonctionnement de l'enfant : efficience intellectuelle, attention, fonctions exécutives, mémoire ou encore certaines compétences impliquées dans les apprentissages, en fonction de la problématique rencontrée.

Il ne doit cependant pas être envisagé isolément.

La compréhension des difficultés d'un enfant repose généralement sur le croisement de plusieurs sources d'information : observations des parents, éléments transmis par l'école, histoire développementale, évaluations déjà réalisées et, lorsque cela est nécessaire, avis d'autres professionnels de santé.

Dans certaines situations, une approche pluridisciplinaire peut être nécessaire, associant par exemple médecin, orthophoniste, psychomotricien, ergothérapeute, psychologue ou neuropsychologue selon les difficultés identifiées.

Le bilan ne doit donc pas être considéré comme une simple succession de scores. Son intérêt réside surtout dans l'analyse du profil de l'enfant et dans les recommandations concrètes qui peuvent en découler.

Maintenir le lien avec l'établissement scolaire

Pour une famille expatriée, une autre question est essentielle : que faire des résultats une fois le bilan réalisé ?

Un compte rendu extrêmement détaillé mais difficilement transposable dans la classe risque d'avoir une portée limitée. Le lien avec l'établissement scolaire est donc particulièrement important.

Lorsque l'enfant fréquente un établissement français à l'étranger, les conclusions doivent pouvoir être comprises par l'équipe pédagogique et contribuer, lorsque cela est pertinent, à la réflexion autour des aménagements scolaires.

Temps supplémentaire, réduction de la charge de copie, fractionnement des consignes, supports visuels, adaptation de la quantité de travail, aide à l'organisation ou positionnement spécifique dans la classe : les recommandations dépendent avant tout du profil individuel de l'enfant.

Les échanges entre la famille, l'école et les professionnels permettent également d'éviter une difficulté fréquente : disposer de plusieurs évaluations réalisées dans différents pays, à différentes périodes, sans véritable continuité entre elles.

Anticiper lorsque c'est possible

Lorsqu'une expatriation est prévue et que l'enfant bénéficie déjà d'un suivi en France, il peut être utile d'anticiper certaines démarches avant le départ.

Conserver les anciens bilans et comptes rendus, demander les coordonnées des professionnels ayant accompagné l'enfant, récupérer les documents scolaires importants et transmettre à la nouvelle école les informations pertinentes facilite considérablement la continuité du parcours.

Pour les familles déjà installées à l'étranger, il peut également être utile de se rapprocher en premier lieu de l'établissement scolaire. Les équipes connaissent parfois des professionnels francophones exerçant localement ou les ressources disponibles dans le pays.

La téléconsultation peut par ailleurs faciliter certains entretiens, échanges avec les parents ou temps de coordination. En revanche, toutes les évaluations standardisées ne peuvent pas nécessairement être transposées à distance dans les mêmes conditions. Le cadre de passation doit donc toujours être vérifié en fonction des outils utilisés et de l'objectif de l'évaluation.

Vers de nouvelles formes d'accompagnement des familles expatriées

La mobilité croissante des familles françaises conduit progressivement les professionnels à réfléchir à de nouvelles modalités d'accompagnement.

Parmi elles figure la possibilité pour certains professionnels français de se déplacer ponctuellement à l'étranger afin de réaliser des évaluations sur place, en lien avec les familles et les établissements scolaires, lorsque le cadre réglementaire du pays concerné le permet.

Cette démarche illustre une évolution plus large : plutôt que de demander systématiquement aux familles de revenir en France pour accéder à certains professionnels ou outils, il devient possible d'imaginer une partie de l'accompagnement au plus près du lieu de vie de l'enfant.

Ces interventions ne remplacent évidemment ni les professionnels locaux ni les parcours médicaux nécessaires lorsqu'un diagnostic doit être posé. Elles peuvent en revanche contribuer à créer des passerelles entre différents systèmes de soins et d'éducation.

Un enjeu qui dépasse le diagnostic

Pour les familles, la question n'est finalement pas uniquement d'obtenir ou non un diagnostic.

L'objectif est d'abord de comprendre pourquoi un enfant rencontre des difficultés, d'identifier ses points d'appui et ses fragilités, puis de déterminer ce qui peut concrètement l'aider dans sa scolarité et son quotidien.

Dans un contexte d'expatriation, cette démarche nécessite parfois davantage de coordination, car plusieurs langues, plusieurs systèmes scolaires et plusieurs cadres professionnels peuvent se rencontrer autour d'un même enfant.

L'enjeu des prochaines années sera probablement de faciliter ces passerelles afin que la mobilité géographique des familles ne devienne pas, pour les enfants présentant des difficultés scolaires ou un trouble du neurodéveloppement, un obstacle supplémentaire dans l'accès à une évaluation adaptée.

Enfants
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Coline Pawlowski
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