Je viens de constater lors d'un très récent voyage éclair à Mada qu'il y a des choses convenues, non-officielles bien entendues, pratiqués par les différents personnels d'Ivato et qui sont connues des voyageurs habitués.
Tout d'abord, et c'est pas le plus important. Une dame qui fait le pré-ou post-contrôle des visas me propose à voix un peu basse qu'elle propose aussi avec ses acolytes un service de transport vers Tana. Pour le cas où je n'aurais personne pour m'accueillir et transporter. J'ai fait semblant de m'y intéresser un peu pour en savoir plus, mais je voyais bien la possibilité d'un guet-appends dangereux. De toutes les façons, j'avais bien des gens pour me réceptionner.
Maintenant, on entre dans le gros. Après avoir récupéré mes valises, je croyais être directement relâché dans la ville grouillante. Comme de mémoire pour moi quand je débarque à Orly, Roissy, ou encore aux USA ou au Canada. Que nenni ! Il y a encore un contrôle des douanes et des valises ! Là il y a deux passages. Un, c'est "rien à déclarer", et l'autre, c'est un truc genre "des choses à déclarer". Sur le premier, très peu de monde. Sur le deuxième, un queue dense, avec des valises ouvertes et des gens qui visiblement transpirent de nervosité. Je choisis donc la file "rien à déclarer" car je n'ai rien dans mes valises. Que de vieux vêtements que j'ai choisi exprès pour paraître pauvre dans les rues de Mada. Vieux jeans, tee-shirts bien décolorés par le temps, des chaussettes de tennis, et des produits de toilette, tels que déo, mousse à raser, savon, et des médocs sans ordonnance. Les autres médocs avec ordonnance étant dans mon petit sac à dos, qui est aussi mon bagage à main.
Un gars avec son chariot me propose ses services, qui sont pour moi que du portage. J'accepte en me disant, çà va pas me coûter un blinde et c'est un peu du social. Il transporte mes valises vers le tapis... Juste avant que mes valises ne passent sous le scanner, il me dit "vous en faites pas, tout va bien se passer". Je ne saisis pas le sens de ce que j'entends. Le ou les douaniers, presqu'impassibles regardent mes deux valises défiler. Le porteur remet mes valises sur le chariot, et me dit "faut nous donner quelque chose, tout est passé sans encombre".
C'est là que je comprends enfin le marché implicite et déjà rodé et connu de tous, sauf de moi, qui m'avait été proposé. Et le porteur dans tout çà s'est démultiplié en trois ou quatre porteurs autour du chariot. Je me découvre en train de pousser aussi le chariot vers la sortie. J'avais prévu le cas où je devais payer quelque chose un minimum de liquide dans un vieux porte-monnaie pourri. Je l'ouvre et je donne un billet de 5 euros. Il me dit, "Mais c'est pas suffisant çà Monsieur ! Il faut qu'on paie aussi le grand patron là-bas !", en désignant le douanier derrière. Putain, je comprends l'organisation. Je sors un pièce de 1 euro. "Pas suffisant". Je trouve dans le fond du porte monnaie un pièce de 2 euros. Toujours pas suffisant. Je dis, "j'ai plus rien, je vous ai tout donné !" Je dis, "Ah si, j'en ai encore !", et je sors un pièce de 20 ct et 10 centimes. Ils me disent, çà ne marche pas les centimes. Pendant tout ce temps là, je pousse aussi à toute vitesse le chariot vers la sortie. Je leur dit "Toutes façons, j'ai plus rien ! Et puis voilà les gens qui m'attendent. le big boss c'est lui !" en désignant le seul Malgache que je reconnaissais dans la foule qui attendait de l'autre côté des barrières. Un gars, Malgache d'un âge moyen assez blanchâtre.
Je m'arrête à son niveau, les porteurs sûrement toujours autour de moi. D'autres mecs viennent coller leurs épaules contre mes bras. Ils veulent me prendre le chariot. Ils me disent "Bonjour !", "Salut!". Je ne daigne pas répondre, et commence à être un peu énervé. Mon big boss réceptionnaire me dit en les désignant d'un rond de cercle avec son index "c'est nous". Les porteurs ont disparus, se sentant peut-être en minorité par rapport aux gens qui attendaient. Je rigole et m'excuse auprès des gens qui accompagnaient mon réceptionnaire en chef. "Excusez-moi, je vous ai pris pour des gens de mèche avec les porteurs" dis-je. Et on se dirige vers le parking d'Ivato où l'organisation d'accueil est déjà prête, dans cette nuit un peu froide de Juin.
Bienvenue à Madagascar ! (Mon avis sur çà dans un prochain épisode)