
L'île Maurice franchit un cap dans sa stratégie d'attractivité. Annoncé lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, un Golden Visa Scheme est en préparation, accompagné d'un service de conciergerie dédié aux investisseurs à très haut patrimoine. Derrière l'annonce, une ambition clairement assumée : capter des capitaux en mouvement, et vite.
Un timing qui ne doit rien au hasard
Dans un contexte géopolitique sous tension, notamment au Moyen-Orient, où l'instabilité continue de peser sur les marchés et les décisions patrimoniales, le gouvernement mauricien a saisi l'occasion. Un comité de crise a été réuni pour évaluer les impacts de ces turbulences sur l'économie locale. La réponse ne s'est pas fait attendre : Maurice se positionne ouvertement comme une destination de repli sécurisé pour les investisseurs en quête de stabilité.
Un écosystème déjà solide, mais peu lisible
Ce que la mise en place du Golden Visa devrait changer, ce n'est pas la nature de l'offre mauricienne, mais sa lisibilité. Car l'île proposait déjà, bien avant cette annonce, un arsenal complet de dispositifs d'accueil pour les investisseurs étrangers.
L'immobilier reste la principale porte d'entrée pour les investisseurs étrangers potentiels à Maurice. Via le Property Development Scheme, le Smart City Scheme ou encore l'Integrated Resort Scheme, tout étranger investissant à partir de 375 000 dollars dans un bien immobilier éligible se voit automatiquement éligible à un permis de résidence, sans limite de durée tant que le bien est conservé.
À cela s'ajoutent des atouts fiscaux difficilement contestables, notamment l'absence d'impôt sur les plus-values, de droits de succession locaux et d'impôt sur la fortune immobilière. Le tout dans un cadre conforme aux normes internationales, doté d'une notation investment grade et de conventions fiscales avec plusieurs pays, dont la France.
Il existe également des voies alternatives, à savoir l'Occupation Permit pour investisseurs, salariés ou indépendants, le permis pour retraités, ainsi que la résidence permanente. Il n'empêche que leur complexité a souvent freiné les candidats potentiels.
Mise en place d'un Fast-Track Concierge Service
L'objectif de ce nouveau dispositif n'est pas de réinventer le système, mais de le rendre plus efficace : centralisation des procédures, meilleure lisibilité de l'offre et surtout accélération des délais d'installation.
Pour concrétiser cette ambition, l'Economic Development Board (EDB) se dotera d'un Fast-Track Concierge Service, sorte de guichet unique dédié aux profils fortunés, capable de prendre en charge l'ensemble des démarches de manière personnalisée. Le message envoyé aux investisseurs potentiels est clair : Maurice veut aller vite et ne veut plus perdre de dossiers faute de réactivité.
Les zones d'ombre d'un pari ambitieux
Pourtant, la stratégie ne va pas sans soulever des questions. La première concerne l'immobilier. En faisant de l'investissement immobilier le socle principal de son attractivité, Maurice alimente mécaniquement une hausse des prix dans certaines zones côtières, déjà observable depuis plusieurs années. Le risque : une raréfaction de l'offre accessible aux Mauriciens eux-mêmes, et la transformation de pans entiers du territoire en enclaves résidentielles haut de gamme.
La perception locale constitue un second point de vigilance. L'arrivée de grandes fortunes étrangères peut être perçue comme une opportunité, notamment en termes de création d'emplois, d'investissements ou de dynamisme, mais aussi comme un facteur de déséquilibre. Des critiques émergent régulièrement concernant l'accès au logement des résidents locaux et le sentiment d'être relégués au second plan face aux investisseurs étrangers. En ciblant explicitement les profils les plus fortunés, le Golden Visa risque de cristalliser ces tensions si des mesures d'équilibre ne l'accompagnent pas.
Enfin, en accentuant sa dépendance aux flux de capitaux internationaux, Maurice s'expose davantage à leur volatilité inhérente. Si les capitaux affluent en période d'instabilité, ils peuvent tout aussi rapidement se retirer si le contexte change.
Il n'empêche que de nombreux expatriés et Mauriciens émettent des réserves quant à la réalisation de ce projet, comme le démontrent les commentaires et réflexions qui se multiplient sur les réseaux sociaux. « Ça va finir dans le mur ! L'immobilier est cher… Qui va y aller? Les infrastructures ne sont pas toujours à la hauteur? On n'attire pas les HNW avec un fast track de conciergerie mais avec des garanties solides. J'apprécie vivre ici, mais il est primordial de tenir compte du bien-être des Mauriciens. Et ce ne sont pas des HNW de passage en recherche de profits qui vont arranger leur vie. Attention à ne pas tomber dans le piège Dubaï style! Maurice a d'autres priorités », écrit cette expatriée. A un autre d'ajouter : « Ça va probablement tomber à l'eau. Sur la question de la sécurité, les très grandes fortunes semblent aujourd'hui moins attirées par Maurice, tout comme certains profils liés à l'optimisation fiscale. Dans ce contexte, le dispositif pourrait surtout capter des investisseurs intermédiaires, par exemple des professionnels de la finance ayant quitté ou hésité face à des places comme Dubaï, mais pas nécessairement les ultra-riches. Par ailleurs, d'autres régions du monde sont perçues comme plus sûres et plus attractives pour les patrimoines les plus importants. Il existe en effet une différence majeure entre détenir quelques millions et gérer des dizaines de milliards: les attentes et les critères de décision ne sont pas les mêmes. »
Budget 2026-2027 : un rendez-vous décisif
Les modalités techniques du Golden Visa devraient être précisées lors du Budget 2026-2027 qui sera présenté en juin. D'ici là, les grandes lignes sont posées. L'île Maurice ne réinvente pas son modèle : elle l'amplifie, le structure et l'accélère.
Ce Golden Visa marque moins une rupture qu'une montée en puissance délibérée. Reste une question, en filigrane de toute cette stratégie : comment concilier sur le long terme l'attractivité internationale avec l'équilibre économique et social de l'île ? La réponse à cette question sera peut-être le véritable test du modèle mauricien.



















