J'ai vécu 25 ans entre la Guyane et le nord du Brésil.
J'ai conservé de nombreuses relations dans le coin, et j'y retourne tous les ans.
J'entends souvent dire que la Guyane est un département en croissance, démographique et économique. Au plan professionnel c'est un point qui retient naturellement mon attention.
Croissance démographique c'est certain (c'est même vertigineux même si on part de très bas)
Économique... bof: toujours de l'économie de comptoir fondée essentiellement sur le commerce de produits importés. La Guyane produit moins de 10% de ce qu'elle consomme et les services qui y sont dispensés sont de qualité très médiocre. Même sur le plan commercial: on a le sentiment de déranger un peu partout quand on veut acheter quelque chose
Ex. Venant à 17h20 dans un garage avec le fric pour acheter cash une voiture (le choix était fait), on m'a dit de repasser le lendemain: "vous comprenez, il y a des papiers à faire et on ferme à 18h30". Le vendeur a perdu sa comm' sur une voiture de 60.000 F plutôt que de se bouger un peu... et pas sûr même qu'il faille très longtemps pour "faire les papiers"!
Ce n'est jamais désagréable, mais c'est nonchalant. On ne fait pas les choses mais on ne vous demande pas vraiment de les faire...
J'ai perdu un procès parce que mon avocat (déjà bien payé en provision) n'a pas regardé le tableau des audiences, ne m'a pas prévenu et ne m'a pas représenté: dans ces conditions le prévenu s'en est sorti comme une fleur avec son commis d'office.
Et mon avocat a sincèrement mal compris que je sois furax (précision: c'était un métro, pas un "local": il avait pris le pli encore plus que les locaux!)
Je passe pour un oiseau de mauvais augure, mais je pense qu'il vaut mieux dire la vérité. Ce n'est pas évident même s'il y a de superbes réussites dues tant au travail qu'à des aptitudes à appréhender le contexte et à se fondre dedans.
J'ai bien vécu là-bas parce que j'étais fonctionnaire; j'ai monté en annexe un petit commerce "pour m'amuser" (et donner du travail à quelqu'un) et j'ai connu en dix ans le côté "cow-boy" où on pouvait faire à peu près ce qu'on voulait (mais le corollaire c'est qu'on faisait de vous ce que les gens voulaient, ça valait pour le personnel pas fiable comme pour clients et fournisseurs) pour arriver au côté "normalisation" - mais l'administration a alors pris les travers les plus hallucinants (qu'est ce que je pourrais bien inventer pour faire chier le monde?): le summum a été ce préfet qui voulait mettre des bouées pour baliser les chenaux de navigation du Maroni, lesquels varient à peu près chaque semaine selon la hauteur des eaux... tout le monde était plié de rire! En revanche, pas moyen d'obtenir des gendarmes que des contrôles systématiques soient faits pour que les gosses en pirogues de transport scolaire aient leur gilet de sauvetage.
A propos du Sahara, louis Armand a dit en boutade dans les années 50: "la question est de savoir si c'est le Préfet ou le gangster qui arrivera le premier. Si c'est le Préfet, c'est foutu"
En Guyane, le Préfet a dix longueurs d'avance, mais on a plein de gangsters^^