Parfois c'est difficile de prendre une discussion en cours de route. Avec la diversité des types d'interventions et des motivations qui les accompagnent, on perd un peu le fil. En fait j'ai envie d'intervenir à partir de la réaction de Jurema sur le fait que c'est souvent l'aspect négatif qui est présenté sur ce blog. Là-dessus je ne peux pas me prononcer car je viens de m'inscrire et je n'ai pas lu tout ce qui dit sur le Brésil. Je voudrais simplement insister sur le fait que le Brésil est vraiment une terre de contrastes et c'est cela que j'aime dans ce pays. D'un côté on peut vous appeler "meu amor", "querido/a", etc. Personnellement, je préfère cela à "c*****" ou "t*******", c'est quand même plus sympa et ça met de l'huile dans les rouages sociaux. C'est d'ailleurs le sens de ces aimables expressions car, d'un autre côté, c'est plein de tensions. Si, au Brésil, les relations inter-personnelles courantes sont assez faciles et relativement chaleureuses, les relations sociales (et de classe) sont particulièrement cruelles et reflètent les hiérarchies de tous types. Gare à celui qui n'a pas un sou, gare au pauvre, car c'est le mépris et le rejet assurés. Et les brésiliens, surtout ceux des classes moyennes hautes et de l'élite, sont très forts pour marquer subtilement leur dédain ou mépris pour qui n'appartient pas à leur classe, qui n'est pas propriétaire de son logement, qui n'a pas de travail "noble" (c'est-à-dire non manuel, avec une affection particulière pour le cadre de la fonction publique ou l'entrepreneur/gestionnaire, juge d'instruction ou professeur universitaire, etc.). Au Brésil, à mon sens, le plus grand des racismes s'exerce contre le pauvre; rien n'est pire que d'être pauvre dans ce pays. Et depuis des siècles les hommes politiques reproduisent un système qui sourit uniquement aux riches ou à ceux qui sont bien intégrés socialement et économiquement. L'absence d'éducation, de santé, de transport, de justice publiques est l'illustration de ce profond dédain que l'on a à l'égard des pauvres. Aux pauvres, le service minimum, point. Ce pays est profondément marqué par les valeurs du néolibéralisme le plus prédateur: à chacun selon ses capacités/"talents". Pour les autres, pour les pauvres, le SUS, le Bolsa família et le strict minimum pour survivre. Là, on n'est plus dans le pays du carnaval. Le néolibéralisme sous les cocotiers, c'est pas cool, qu'on se le dise. C'est un des côtés négatifs du pays. Mais à y regarder de plus prêt, je ne suis pas sûr que, dans le fond, les choses soient très différentes en France. Juste une question d'intensité, de vernis, ou de vaseline pour mieux faire passer les choses et créer l'illusion...
Mais il y a aussi beaucoup de choses positives au Brésil. La gentillesse des gens, leur créativité et réactivité ne sont pas de vains mots. Les mélanges de cultures et de gènes, durant des siècles, ont créé une diversité étonnante et une beauté humaine particulièrement réussie. Il existe une chaleur humaine, une réceptivité à l'autre, une curiosité qui font mon bonheur dans ce pays que la nature, le climat, la faune et la flore ont particulièrement gâté. Je ne suis pas du tout du genre "illuminé" ou tout sourire dès que l'on parle du Brésil. Une certaine expérience me donne une capacité de distance salutaire vis-à-vis de ces "meu amorzinho", "querido" ou de ces marques de curiosité/réceptivité pas toujours désintéressée, loin de là. C'est un pays difficile, exigeant, cruel parfois. La compétition est grande et sans pitié. Mais il y a la possibilité d'inventer, d'innover, surtout pour les gringos comme nous qui sommes assez bien formés et informés. Il y a une simplicité de vie, une espèce de bonhommie dans le quotidien, conjuguée avec un confort de vie simple dû à la clémence du climat; un bonheur des yeux et des sens quand on se balade dans les rues, etc., qui fait que je me sens bien ici. Qui fait que les rares fois où je suis retourné sur le vieux continent, au bout de quelques semaines j'avais l'envie de retourner dare-dare au Brésil, malgré ses violences, ses profondes injustices, certaines bizarreries administratives ou politiques, la corruption endémique qui gâche la progression de la démocratie. Je crois que ce qui fascine un peu et perturbe dans ce pays, c'est qu'il a un effet de miroir déformant qui nous renvoie, à nous français particulièrement, une certaine image de nous même, pas toujours flatteuse du reste...
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