Stratégies des pays pour attirer les étudiants internationaux
Facilitation des démarches de visa étudiant, développement des programmes en anglais, permis de travail post-diplôme, aides financières… Les États déploient leurs stratégies pour attirer et surtout garder les étudiants étrangers.
Allemagne
L'Allemagne a le vent en poupe chez les étudiants internationaux. D'après le Service allemand d'échanges universitaires (DAAD), 76 % des étudiants étrangers ont choisi l'Allemagne comme première destination. En 2021-2022, ils étaient 350 000 à être inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur. L'Allemagne explique son succès en grande partie grâce au déploiement de ses programmes en anglais. La moitié de ces étudiants suit un programme en anglais. En 2022, l'Allemagne est devenue la première destination européenne recherchée pour ses programmes en anglais, devant le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
La grande majorité des étudiants (91%) a choisi l'Allemagne pour la qualité, la diversité, et le choix des programmes accessibles en anglais, ainsi que pour le bon cadre qu'elle offre pour étudier. Ils sont à peine moins nombreux à citer les chances d'obtenir un diplôme reconnu à l'international (88%), les bonnes perspectives d'emploi pour les diplômés (81%), et des frais de scolarité très compétitifs (79%). La stratégie allemande paie. Elle investit désormais pour garder ses talents étrangers. Selon l'étude de la DAAD, 29 % souhaitent rester en Allemagne après leurs études. 32 % l'envisagent.
Turquie
« Étudier en Turquie ». L'État développe sa communication et met ses universités en avant. Pour attirer les étudiants étrangers, ces dernières comptent sur leurs cursus diversifiés et leur approche « innovante et inclusive ». Selon Irfan Gündüz, président du Conseil des entreprises de l'économie de l'éducation, 310 000 étudiants étrangers sont actuellement inscrits en Turquie. Un chiffre un peu en dessous du plan du gouvernement, qui prévoyait d'en accueillir 350 000, mais un chiffre encourageant. Irfan Gündüz assure que le pays pourrait même atteindre les 500 000 étudiants étrangers d'ici la fin de l'année.
Loin des questionnements politiques, Gündüz préfère parler économie. Les étudiants étrangers, ambassadeurs de leurs pays, sont autant de partenaires économiques potentiels. Dans un monde inflationniste où les frais de scolarité flambent, la Turquie veut incarner l'alternative. Le gouvernement, quant à lui, rappelle que les universités turques proposent des programmes de qualité (notamment en médecine, en sciences sociales et en ingénierie), dont une partie en anglais. L'État facilite les démarches des étudiants étrangers grâce à son visa en ligne ; plusieurs types de bourses sont également disponibles, selon le pays d'origine de l'étudiant.
Canada
Tous au Canada. Le pays reste l'un des grands favoris des étudiants étrangers. C'est ce que confirme l'étude « Emerging Futures » menée par IDP Education ; étude menée avec 21 000 étudiants et futurs étudiants étrangers, venant de plus de 100 pays différents. Selon les résultats de l'étude, le Canada est la première destination des étudiants étrangers (27%), juste devant l'Australie (23%) et les États-Unis (21%). Principales raisons de ce succès : la qualité des programmes universitaires, les opportunités d'expériences professionnelles après l'obtention diplôme, le bon cadre de vie pour les étudiants étrangers (accueil chaleureux des Canadiens, villes cosmopolites…), les aides et les possibilités de travail à temps partiel.
La plupart des étudiants (72%) se disent prêts à postuler pour un permis de travail post-diplôme. Ce visa fait d'ailleurs partie des bons points relevés par les étudiants étrangers. Pour eux, il facilite les opportunités d'emploi et l'insertion sur le marché du travail. Une bonne nouvelle pour le Canada, qui investit pour garder ses talents étrangers. Le Canada accueille actuellement 800 000 étudiants étrangers. Le gouvernement s'est engagé à faciliter leur venue et leur insertion sur le marché du travail. Certains titulaires du permis de travail post-diplôme peuvent ainsi « obtenir un permis de travail supplémentaire de 18 mois ».
Les Programmes des étudiants étrangers (PEE) mis en place par les provinces et territoires canadiens ont été mis à jour à l'automne 2022 pour s'assurer de la compétitivité du Canada sur le plan économique et sur le long terme. Et pour faciliter les démarches des étudiants étrangers, le gouvernement développe les démarches 100 % en ligne. Suite au succès de son projet pilote, le gouvernement a étendu la possibilité, pour les étudiants, de soumettre « 100 % de leurs demandes en ligne » (contre 60 % auparavant). La mesure se déploie cette année.
Indonésie
L'Indonésie deviendra-t-elle une future destination phare pour les étudiants étrangers ? Alors que l'État s'est lancé dans de nouvelles mesures pour attirer les riches expatriés (Golden visa, visa nomade numérique, Second home visa), il ambitionne aussi d'attirer les talents universitaires. L'université Muhammadiyah Surakarta, l'établissement le plus réputé du pays, offre ainsi des bourses entièrement financées pour les étudiants étrangers. Si l'université vise en particulier les étudiants des pays musulmans en développement, elle se dit ouverte à toutes les nationalités.
Cette stratégie s'inscrit dans une politique gouvernementale pour la croissance économique. Le pays a souffert de la pandémie et des multiples crises (inflation, énergie…). S'il a depuis renoué avec la croissance (4,8 % en 2023, selon les prévisions de la Banque asiatique de développement), il maintient les efforts pour devenir la 6e économie mondiale à l'horizon 2030 (l'Indonésie est actuellement la 16e économie mondiale). Pour l'exécutif, les étudiants étrangers constituent une richesse à entretenir et à valoriser. Ce sont autant de talents étrangers qui viendront booster l'économie.




