Nouvelles tendances du travail : à quoi s'attendre en tant qu'expatrié

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Publié le 2024-05-28 à 10:00 par Asaël Häzaq
C'est la nouvelle tendance des salariés dynamiques : travailler en marchant rend plus performant, non seulement au bureau, mais aussi dans la vie. De nouvelles façons de travailler émergent à mesure que l'on prend conscience des dangers de la sédentarité. C'est aussi une question de bien-être, indispensable pour mieux travailler. Voici donc tout ce que vous devez savoir si vous avez prévu de tenter une aventure professionnelle à l'étranger.

Le boom du walking desk

À première vue, il s'agit d'un simple tapis de marche. Mais l'œil remarque vite la présence d'un bureau au-dessus du tapis. C'est le walking desk, ou treadmill desk, le bureau conçu pour travailler en marchant. Il fait de plus en plus parler de lui aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, au Japon, en Afrique du Sud ou dans les pays de l'Union européenne (UE). Mais ne vous attendez pas à voir fleurir des walking desk aux quatre coins du monde. L'appareil gagne surtout en popularité auprès des entreprises qui peuvent se l'offrir… Parmi elles, on trouve les grandes compagnies, les géants de la Tech, les entreprises innovantes et/ou baignant dans une « ambiance startup ». Ces sociétés ont déjà testé le ballon de rééducation (gym ball), le bureau-vélo (un vélo d'appartement surmonté d'une table de travail), les bureaux debout… Tout est bon pour le bien-être des salariés.

Mais tout a un coût. Le walking desk est particulièrement onéreux. Pour séduire de nouveaux marchés, les fabricants proposent des offres adaptées aux très petites entreprises (TPE) et aux petites et moyennes entreprises (PME). Les télétravailleurs ne sont pas oubliés. Des solutions à moindre coût, facilement intégrables dans un petit espace de travail, leur sont réservées.

Gym au bureau : les modèles japonais et nordiques

En projet d'expatriation au Japon ou dans un pays d'Europe du Nord ? La présence du sport au travail dans ces États pourrait surprendre l'expatrié non rompu à l'exercice. Car dans ces pays, le sport n'est plus une option. Ils n'ont pas attendu la gym ball et le walking desk pour modifier l'organisation de la vie au bureau, mais s'illustrent comme les défenseurs du « travail dynamique ».

Radio Taiso, le programme japonais de remise en forme

Le Japon est un habitué de longue date de la gymnastique au travail. Depuis plus de 50 ans, la NHK (groupe audiovisuel public) diffuse Radio Taiso, programme de gymnastique radiophonique (taiso, signifie « exercice »). Chaque matin, Radio Taiso propose des exercices simples, adaptés à tous les publics. Cette routine sportive en entreprise existe néanmoins depuis les années 20. Réintroduite par l'État après la Seconde Guerre mondiale, elle se décline en plusieurs programmes pour cibler toutes les générations.

Confronté au vieillissement de la population, l'État encourage la pratique sportive dans tous les lieux de vie, y compris au travail. Des cours collectifs sont ainsi proposés dans les entreprises : gym matinale, pause sportive dans l'après-midi, étirements… Des cours souvent non obligatoires, mais qui rencontrent l'adhésion de tous. Les ressortissants étrangers travaillant à Toyota, Sony ou pour d'autres grands groupes se sont certainement habitués à cette organisation du travail autour de la pratique sportive. Pour les entreprises, c'est un moyen de garder leurs salariés plus longtemps en activité et en bonne santé (moins d'accidents du travail, moins de douleurs). Le sport collectif en entreprise favorise aussi l'esprit de groupe. Dans ces cours, tout le monde participe, quelle que soit sa position hiérarchique. La routine sportive japonaise commence à s'exporter. Implanté en France, Toyota a amené sa culture du sport.

Europe du Nord : une culture du sport inscrite dans la vie de l'entreprise

En Europe du Nord, le travail dynamique n'est pas une option. Inscrit dans la culture, il fait partie du quotidien des travailleurs. La majorité des entreprises danoises fournissent des bureaux assis-debout : le Danemark a en effet voté une loi obligeant les employeurs à fournir des bureaux réglables aux salariés qui le demandent. En Finlande, la majorité des entreprises encouragent l'activité physique au bureau. Chaque année, elles dépensent plusieurs centaines d'euros par employé pour développer la pratique sportive. Une pratique dans l'entreprise (installation de matériel, recrutement d'un coach sportif, etc.) et aussi à l'extérieur (bon pour participer à des séances en club de sport).

Les entreprises suédoises donnent également un coup de pouce aux salariés qui se mettent au sport. Une opération gagnant-gagnant : les salariés sont subventionnés, et les entreprises peuvent déduire ces subventions de leurs impôts. Comme au Japon, les pays nordiques constatent les bienfaits du sport au bureau, à tous les niveaux. En Suède, un certain nombre d'entreprises ont même rendu la pratique sportive obligatoire.

D'autres tendances du monde du travail

Là encore, le modèle inspire d'autres pays, eux aussi confrontés au vieillissement de leur population et aux dangers de la sédentarité. L'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Autriche ont lancé leur programme pour promouvoir le sport au travail. La loi allemande santé et travail (Gesundheit und Arbeit) promet des avantages fiscaux aux entreprises favorisant le sport au travail. L'Autriche a intégré les sports d'entreprise (Betriebssport) dans la vie de bureau. Le Royaume-Uni et son programme Cycle to work incite les salariés à délaisser la voiture au profit du vélo. Voilà qui pourrait intéresser les expatriés sportifs, et motiver les plus récalcitrants. Comme l'indique le gouvernement britannique, le sport, c'est économique. Un message qui fait mouche, en ces temps de crise du pouvoir d'achat.

Autre révolution du monde du travail : la place de plus en plus importante de l'IA. D'après Forbes, plus de 80 % des managers d'entreprises sont convaincus du rôle positif de l'IA au travail. L'IA peut décharger les travailleurs de toutes les opérations « sans plus-value ». Elle est déjà incorporée dans de nombreux logiciels utilisés par les entreprises : comptes-rendus générés par l'IA sur Zoom, titres et méta générés par l'IA sur Wordpress, assistant IA sur Canva, Copilot, l'assistant de Microsoft, les IA d'Open AI pour le marketing… Mais d'autres entreprises préconisent de ne pas abandonner l'espace de travail aux machines. Charge aux travailleurs de vérifier les comptes-rendus, de corriger les erreurs des robots… Pour elles, l'IA doit rester un outil, et non se substituer aux travailleurs.

La percée du slow management

A rebourd de cette tendance au « tout technologique », on trouve des entreprises qui font le pari du « slow management ». La méthode consiste à replacer l'humain au centre de l'organisation du travail. L'écosystème de l'entreprise doit être durable et responsable. Le slow management ne bannit pas la technologie, mais l'utilise à bon escient. Il prend pour exemple le développement des réunions en visio. Indispensables durant la COVID, elles restent très utilisées. Problème : la suraccumulation de ces visioconférences s'ajoute aux avalanches d'e-mails. Les travailleurs, censés être déchargés grâce à ces outils, sont au contraire plus stressés. Le slow management remet à plat l'organisation du travail, et prend le temps d'expliquer les tâches, pour mieux les effectuer. Inutile ensuite d'envoyer 1000 mails à chaque étape effectuée : le travailleur enverra son travail uniquement lorsqu'il sera terminé.

La méthode accorde une place centrale à la circulation libre de la parole et au bien-être des salariés. Le slow management dit ne pas s'opposer au boom de la technologie dans l'entreprise, mais veut mieux accompagner les travailleurs dans ces nouveaux changements. La méthode pourrait gagner en popularité sur le marché du travail international, à l'heure où le bien-être et la préservation de la santé mentale sont devenus des enjeux de santé publique.

Quel sera le cadre de travail des expatriés de demain ?

Toujours plus de flexibilité, toujours plus d'autonomisation. La mobilité internationale de demain sera encore plus impactée par les changements de l'organisation du travail. Le travail à distance est ainsi devenu la norme dans de nombreuses entreprises. Les bureaux physiques disparaissent… pour se réinventer. Les grands open spaces, décriés dès les années 90, sont définitivement passés de mode. On leur préfère des plateaux dynamiques et modulables, proposant des petits bureaux colorés, des espaces calmes, permettant au salarié de travailler debout, de marcher, de faire du vélo, de faire la sieste… et même de participer à des cours de sport collectifs.

Le sport au bureau restera une tendance forte. Alors que la population mondiale vieillit, entraînant aussi le vieillissement des actifs, les États prennent conscience que l'urgence frappe déjà à la porte.La lutte contre la sédentarité est devenue un enjeu de santé publique dans de nombreux pays. Or, la grande majorité du temps est passée au sein de l'entreprise. Les grands groupes intègrent des salles de sport dans leurs bureaux. Les start-ups se rassemblent le temps d'une heure pour un cours collectif de gym. Les structures aux plus faibles moyens encouragent leurs salariés à chausser les baskets et proposent des ateliers : diététique, remise en forme…

Une remise en forme qui contribue au bien-être. Les entreprises engagées dans l'écologie veulent peser dans la construction du cadre de travail de demain. Oui aux nouvelles technologies, mais oui aussi à la lutte contre la pollution numérique. Elles entendent profiter de l'essor de l'IA pour alerter sur les risques d'une surconsommation d'outils numérique.