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Isabelle Faure à Canberra : « Les Australiens ont une vision positive des choses et du monde »

Interview
Publié il y a 7 mois
Isabelle Faure participe au rayonnement de la France à Canberra depuis 2012, où elle dirige notamment la branche australienne de l'Alliance Française.
Alliance Français de Canberra

Alliance Français de Canberra

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours professionnel ?

Je possède une formation initiale de pianiste, qui a fortement coloré ma vie professionnelle. Je me suis néanmoins tourné vers des études d'urbanisme et aménagement. En 1990, je pars au Canada pour y effectuer mon doctorat, dont le sujet porte sur la gestion du patrimoine bâti québécois. Moi qui ne pensais n'y rester que deux années tout au plus, j'y reste de 1990 à 1997 ! De retour en France, je travaille principalement dans le secteur culturel et dans l'enseignement supérieur. J'ai par exemple dirigé une agence en charge de l'accompagnement d'artistes et d'acteurs culturels dans le développement de leurs projets et ai été responsable d'un master professionnel à Science Po Lyon. Durant toutes ces années, j'ai également été expert "danse" à la direction régionale des affaires culturelles de Rhône Alpes. La danse est en effet la forme artistique qui me parle le plus après la musique. J'ai aimé participer aux problématiques reliées à la danse et aux danseurs, comme sa reconversion par exemple. Notre agence culturelle était partenaire de la Biennale de la Danse à Lyon et cela a été pour moi un immense bonheur.

Pourquoi avoir choisi de s'expatrier en Australie ?

Après 13 ans passés en France, j'ai ressenti le besoin de m'expatrier de nouveau. J'ai pensé aux Alliances Françaises tout d'abord parce que je m'intéressais à la francophonie. C'est par ce biais-là que j'ai eu envie de travailler sur la question de l'enseignement. En 2011, j'ai répondu à une offre de poste du Ministère des Affaires étrangères et du Développement International et de la Fondation Alliance Française. J'ai été retenue et je suis partie en septembre 2012. J'ai une double fonction, celle de directeur de l'Alliance Française de Canberra et de représentant de la Fondation de l'Alliance Française en Australie. Et bien sûr je travaille en proximité et avec l'Ambassade de France. Aujourd'hui je ne regrette pas mon choix, ni sur le plan professionnel ni sur le plan du lieu géographique : je me sens, probablement de par mon expérience passée, très à l'aise dans les pays anglo-saxons. Et, bien entendu, l'Australie fait rêver bien du monde et à juste titre, car c'est un pays extraordinaire.

Vous êtes partie avec votre fils. Son intégration n'a-t-elle pas été difficile ?

Mon fils m'a en effet accompagné deux années, entre 15 et 17 ans, soit sa Seconde et sa Première. C'était sa première expérience d'expatriation et il a été ravi. Il avait néanmoins un bon niveau d'anglais en arrivant à Canberra puisqu'il était dans une école bilingue en France et dans un environnement multiculturel. Cela a grandement facilité son intégration. Il s'est donc très vite senti à l'aise. Cette expérience à l'étranger lui a permis de développer davantage ses connaissances en anglais. Il s'est également épanoui au contact de l'étranger. Il a beaucoup mûri. Il n'a aucune crainte de l'ailleurs et souhaite avoir une carrière internationale. Je connais certains enfants ou adolescents qui ont mis plus de temps à s'adapter probablement du fait de leurs compétences en anglais limitées. L'immersion c'est bien, mais cela peut être ressenti comme une violence, surtout pour un adolescent. Pour certains, trois mois ont été nécessaires pour qu'ils trouvent leurs repères. Pour les candidats au départ qui ont des adolescents, je conseille de leur faire prendre des cours d'anglais en amont pour qu'ils se sentent à l'aise.

Les expatriés français y sont-ils bien accueillis ?

Les Australiens adorent la France. Dans leur imaginaire, la France est un lieu romantique. Au sein de l'alliance Française, nous nous efforçons de préserver cette image tout en associant d'autres valeurs, telles que l'innovation ou la technologie. Les représentations collectives ont néanmoins la vie dure et le romantisme, le patrimoine et la gastronomie restent des valeurs traditionnellement associées à l'hexagone. De manière générale, les étrangers sont bien acceptés. Les Australiens sont naturellement accueillants, bienveillants et souriants. Ils parlent facilement aux étrangers et les aident volontiers. Je trouve qu'ils ont l'air heureux. Ce que j'aime ici est également ce que j'aimais en Amérique du Nord, à savoir que les gens ont une vision positive des choses et du monde.

Est-il facile de s'installer en Australie ?

Par le passé, il était très simple de s'installer en Australie. Les portes étaient ouvertes. Le pays souhaitait l'immigration. Aujourd'hui, l'Australie la freine et cherche à la contrôler. Il est plus difficile d'avoir un visa permanent qu'il y a dix ans. Une fois ce précieux sésame en poche, il est important de savoir où s'installer. Le pays est gigantesque. Sydney et Melbourne sont les villes qui attirent la grande majorité, notamment les jeunes en Working Holiday Visa. Ces derniers y trouvent toujours du travail, mais moins facilement qu'il y a dix ans : aujourd'hui, la demande est plus importante que l'offre. Les employeurs ont le choix et choisiront les meilleurs et ceux qui parlent déjà anglais. Je conseillerais à ces jeunes de considérer d'autres villes, telles qu' Adelaide, Perth ou encore Brisbane qui sont des lieux très agréables à vivre.

Puisque nous parlons de culture, vous êtes à l'origine du fameux Festival du film français en Australie. Pouvez-vous nous en parler ?

Le festival existe depuis 27 ans. C'est un grand succès populaire qui se déroule sur 8 semaines et durant lequel 48 films français sont diffusés dans les principales villes du pays. Le Festival du film français en Australie est le deuxième évènement du genre en termes d'importance, après le Festival de Cannes. Cette année, 170 000 places ont été vendues (contre 45 000 en 2005 par exemple), ce qui est un chiffre important étant donné que ce pays compte 23 millions d'habitants et que l'on se trouve à 20 000 km de la France. Autre fait marquant, 80 % de ces cinéphiles étaient Australiens, ce qui montre qu'au cours des 27 années d'existence du Festival, les habitants de ce pays ont développé un véritable goût pour ce genre de cinéma. Pour rester dans les chiffres : 70 % des spectateurs qui ont assisté à l’événement étaient des spectatrices, 60 % (les deux sexes confondus) avaient moins de 40 ans, et 65 % étaient des non-francophones !

Quel est le rôle de l'Alliance Française et de ses antennes au niveau de l’événement ?

L'Alliance Française est le créateur et le propriétaire du Festival du film français en Australie. La direction artistique est déléguée à l'attaché culturel de l'Ambassade française en Australie et l'Alliance Française se charge du financement, de la recherche des sponsors et de la mise en œuvre du festival.

En tant que Déléguée générale de la fondation Alliance française en Australie, je suis également la Directrice Générale du Festival, avec un rôle de supervision et de contrôle budgétaire. Je suis également directrice de l'alliance de Canberra et à ce titre je gère l'organisation du festival à Canberra. La programmation des 48 films est la même pour toutes les villes ainsi que les films d'ouverture et de fermeture du festival, mais chaque directeur d'Alliance française locale décide de mettre en avant certains films sous la forme d’événements spéciaux. Le festival est sponsorisé par des sponsors au niveau national et chaque alliance dispose également en local de ses propres sponsors et partenaires.

Trois antennes travaillent sur cet événement majeur : celle de Sydney, qui s'occupe de la coordination générale, de la promotion et du design du Festival, celle de Melbourne, qui s'occupe de la relation avec les distributeurs de films, et une personne à Canberra, qui s'occupe du bon fonctionnement général et du contrôle budgétaire.

Derrière cet événement cinématographique, on retrouve une belle réussite, une collaboration entre plusieurs équipes et directeurs. Le résultat est là, au fil des années, les Australiens développent un vrai attrait pour le cinéma français et la culture française également.

Parlez-nous de quelques traits caractéristiques de l'Australie ou de Canberra.

Pour moi la nature australienne est très exotique, tant au niveau des végétaux que des animaux. Il y a des choses qu'on ne peut voir qu'ici. J'ai le plaisir d'avoir des perroquets, des cacatoès, des galas dans mon jardin et de croiser parfois des kangourous en allant travailler le matin. C'est un émerveillement quotidien. Canberra est une ville jardin, un immense parc. La cuisine est également un élément marquant pour moi. Elle est très sophistiquée et très diversifiée comme dans beaucoup de pays d'immigration où de nombreuses nationalités sont représentées. On trouve toutes les cuisines et les produits nécessaires dans les marchés et supermarchés.

L'isolement est également caractéristique de l'Australie. Ce n'est pas pour rien que Down Under est le second nom du pays. On est loin de tout. Les distances sont vertigineuses. 6 heures d'avion sont nécessaires pour relier Perth à Sydney. Un autre aspect de l'Australie qui me plait est que les Australiens ne placent pas le travail au cœur de leur vie. C'est important certes, mais ils aiment faire autre chose notamment le loisir d'extérieur « l'Outdoor » ou bien sur du sport. Je trouve qu'il existe un bel équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle.

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