Témoignage de sage-femmes européennes expatriées en Suisse

Bonjour à tous,

Je suis une sage-femme française qui souhaiterait s'installer en Suisse d'ici l'année prochaine.
J'aimerais avoir des retours d'expériences de sages-femmes ayant déjà franchi le cap.

Notamment sur:
--votre nouvel emploi (démarches pour votre recherche d'emploi, nouveau cadre de travail, intégration à l'équipe,différences notables de pratiques avec le système français ...). Une question me turlupine : est il nécessaire/obligatoire de faire reconnaître notre diplôme par la Croix Rouge Suisse avant de se lancer dans la recherche d'emploi ??
--votre nouvelle vie en Suisse de manière générale : votre salaire de sage-femme vous permet il de vivre correctement là bas ou faut il se serrer la ceinture à chaque fin de mois ?
--et tout autre sujet relatif à la profession ...ou pas :)
Merci d'avance pour vos retours ! Et pour celles qui sont plus réservées nous pouvons aussi communiquer en message privé.

Alors ? Aucune sage-femme sur ce forum ?!

Bonjour,
Je suis dans le même cas que toi et je ne trouve aucun témoignage..
Je viens d’entamer les démarches pour la reconnaissance du diplôme par la Croix Rouge, j’envisage de travailler à Genève d’ici janvier 2019 mais j’habiterai en France.
Si mon projet se fait je ne manquerai pas de répondre à tes questions ! :)

Voici un témoignage d'infirmière Française venue s'installer en Suisse (article date d'il y a 1 an).

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Sandra (note : les prénoms ont été changés), j’ai 52 ans, vit en couple, et j’ai un enfant qui est resté en France. Je suis de formation infirmière, et formation supérieure à Paris d’infirmière cheffe. Tout au long de ma carrière en France, j’ai exercé plutôt dans le public.
Mon mari a 52 ans, originaire de Paris, et est comptable de formation.

Comment es-tu arrivée en Suisse ?
Nous sommes arrivés en Suisse en 2013, mon mari quelques mois avant moi.
La Suisse, c’était un projet de vie pour nous. Nous étions fatigués de la France : l’environnement, la politique, c’était plein de choses qui ne nous plaisaient plus, nous avions tous les deux envie de changer d’air et de pays.
Nous ne voulions pas être frontaliers, c’était important pour nous d’être sur place. C’était une volonté de s’investir et de s’installer dans le pays.

Comment s’est passé ton recrutement ?
Dès mon arrivée en Suisse, j’ai commencé à chercher activement un poste. Je voulais un poste de manager, proche de ce que je faisais en France, et je me suis rendu assez vitre rendu compte que ce serait très difficile.
J’ai quand même eu beaucoup d’entretiens. J’ai finalement cherché un poste d’infirmière, et j’ai trouvé au bout de 5 mois. Je suis aujourd’hui occupée à 60%, depuis mai 2014.

Je suis donc repartie de la base, dans un secteur qui n’était pas forcément celui dans lequel j’avais l’habitude d’évoluer (un EMS (home) pour personnes âgées).

Dans la région, je n’ai pas eu de proposition pour travailler en tant qu’infirmière dans les hôpitaux .
Et pour finir, dans mon établissement, l’infirmière cheffe est partie, j’ai posé ma candidature pour le poste, et ça a fonctionné.

Je constate que les établissements para-médicaux ont beaucoup fermé les postes aux français ces derniers mois, et particulièrement les frontaliers. Dans mon EMS, il y a 50% de suisses, 30% de frontaliers, et 20% de français installés en Suisse.
Dans les villes plus proches de la frontière, les collègues qui ont postulé me disent que c’est ouvert aux suisses, peu aux frontaliers.

Décris moi ton métier au quotidien ?
Ce que j’aime bien, c’est le management d’équipe. Il y  a des exigences, il faut répondre à de la qualité, à de l’humain.
Par rapport à la population concernée, c’est très différent compte tenu du fait que le secteur est différent. Avant, je faisais des soins aigus, pas de gériatrie. Aujourd’hui je mets mes connaissances au service des personnes âgées. Vu mon expérience, c’est logique de terminer par ce métier et ce secteur. C’est très agréable de travailler avec les personnes âgées.
Pour les soins, j’ai 25 personnes sous ma responsabilité (45 quand j’étais à Paris).
J’ai des piquets, je peux donc travailler à tout moment, notamment la nuit, et ce n’est pas simple à gérer mais cela fait partie du job.

Ce que j’ai remarqué en Suisse, c’est que l’expérience a une grande importance, et l’âge joue un rôle dans mon métier. Quand vous avez fait beaucoup de choses, que vous vous êtes investi, c’est important pour les Suisses, et ils sont reconnaissants. L’âge est moins handicapant qu’en France par exemple. Surtout pour un poste de manager, un peu moins en revanche pour les infirmières.

Concernant le management, là où je suis, les suisses sont plus respectueux de la hiérarchie, et sont plus disciplinés que les équipes que j’avais quand j’étais en France. Mon management est sensiblement le même. Si vous expliquez et faites les choses en bonne intelligence, ça passe assez bien. Ici en Suisse, c’est plus facile de diriger les équipes je trouve.
Sur le plan du salaire, j’avais en France un poste beaucoup plus difficile, et j’étais très mal payée. Après une expérience de 10 ans en tant que manager, 45 personnes sous ma responsabilité, j’étais payée 2500 euros net par mois.
En Suisse, j’encadre 23 soignants, je suis à 60%, et mon salaire est de 4500 CHF… Soit à peu près 2,5 fois le salaire en France. En Suisse, dans mon métier, tu es rémunérée à hauteur de ton expérience.
Avec 3 ans de recul, avec tout ce qu’on avait à payer, avec ce qui nous restait à la fin du moins, on vivait moins bien en France. Maintenant en Suisse, et même si la vie est chère, on vit quand même mieux et il nous en reste plus à la fin du mois.

Comment s’est passée ton installation ?
Comme mon mari est parti avant, la fiduciaire nous a loué un appartement, ce qui était très pratique pour bien s’installer. Avec du recul, on a eu des coups de pouces incroyables… et de la chance. En effet, en face de notre appartement, une maison était à vendre. On l’a visité et nous l’avons acheté tout de suite. En juin 2014, on emménageait dans la maison en face de la fiduciaire. Pour mon mari, c’est parfait car il est juste à côté. Pour moi, c’est un peu plus compliqué car  j’ai des trajets.

Si tu devais donner quelques conseils à tes compatriotes, quels seraient-ils ?
– Ne pas arriver conquérant, et écouter les personnes et l’environnement. Il faut beaucoup écouter, ça apporte beaucoup.

– Je conseille de lire le livre « La Suisse romande vue par un expat français » de Dominique Poirier . A 90% c’est notre histoire, le même ressenti, la même expérience. J’aime bien ce qui est écrit car c’est assez pondéré.

– Nous nous sommes investis dans la vie locale. On va a beaucoup de manifestations : c’est très importants pour les Suisses de montrer que tu participes à la vie de la communauté.

– Au bout de 3 ans, les effets sur notre famille restée en France sont assez compliqués, et on ne l’avait pas mesuré. Ce n’est pas facile car ils trouvent que maintenant on rejette la France, et qu’on est très dur dans notre jugement. Comme ils sont restés en France, ils se sentent délaissés au profit de la Suisse, c’est un peu comme si on les avait abandonnés dans une situation difficile. Il faut qu’on fasse attention à ce qu’on dit pour ceux qui sont restés.

Quel est ton ressenti sur l’accueil de la Suisse ?
Je ne suis pas heurtée au grand cliché « français VS suisses ». Je pense que c’est un comportement qu’on a (ou qu’on n’a pas) qui fait qu’on déclenche telles ou telles réactions. Il faut bien comprendre que c’est à nous de nous adapter, et pas le contraire, car ce sont nous les étrangers ici. Alors forcément, nous concernant mon mari et moi, on n’est pas rentrés dans ce que les suisses décrivent comme le côté arrogant. On n’est pas comme ça. Comme il y a plein de choses qu’on ne connaît pas, on se remet en question. Au final, c’est un échange, notre vie ici se passe en bonne intelligence.
Personnellement, je n’ai jamais été confrontée à ma nationalité, même si on me fait remarquer parfois que je suis française par rapport à notre accent.

Nous n’avons eu aucun problème avec l’environnement et les voisins (nous vivons dans le canton de Berne). Nous sommes discrets, j’ai du mal à décrire car pour nous c’est normal. On n’a pas de souci avec nos voisins car nous faisons attention, nous sommes respectueux des habitudes, c’est normal on est chez eux, il faut respecter ça ! Si on ne fait pas ça, on tombe dans les clichés. En faisant attention à tout ça, en tant que résident en Suisse, on est mieux perçu et c’est plus facile pour tout  le monde.

A ce jour, quel regard portes-tu sur ton installation en Suisse ?
On ne regrette rien, tout ce qui nous est arrivés jusqu’à présent est très positif, et tant qu’on est actif on souhaite rester ici. La France ne nous manque pas, mais j’aime mon pays, et j’y vais souvent en tant que touriste. Ici, dans le canton de Berne et dans notre commune, on est bien intégrés, on se plaît.

Merdi Vody14 pour ta réponse, moi aussi j'ai entamé les démarches pour la reconnaissance, j'ai hâte !
J'attends l'attestation de bonne conduite qui doit être délivrée par l'Ordre. Les jours me paraissent être des mois !
Et toi, à quel stade en es tu ?
Nous pouvons parler en mp si celà t'intéresse !
Céline

Merci pour ce témoignage !

Nouvelle discussion