Pour ceux qui croirait que je dit des conneries sur D d Cannes
http://www.franceguyane.mobi/actualite/ … 188210.php
Beaucoup ont l'habitude de qualifier Dégrad-des-Cannes de « port le plus cher du monde » . Une désignation peu flatteuse mais qui n'est pas, selon bon nombre d'utilisateurs, « usurpée » . Ils estiment que les frais sont bien plus chers que dans les ports avoisinants. Le premier élément de cette comparaison est la Bunker ajustement factor, la Baf, sorte de surtaxe fuel qui serait la plus chère de la région. Même si elle est annoncée en baisse à compter de mars, la Baf appliquée à la Guyane par le principal transporteur maritime, CMA CGM, est 350 euros plus chère qu'aux Antilles sur un conteneur de 20 pieds, et 700 euros pour un 40 pieds. Dégrad-des-Cannes se paie même le luxe d'être plus cher que les ports brésiliens notamment Santarém, dans l'État du Pará.
Et pourtant... Ce sont les mêmes navires qui accostent dans ce port brésilien après avoir quitté la Guyane. Conséquence, beaucoup ne comprennent pas comment la Baf peut être plus chère en Guyane alors que Santarém se trouve plus loin. La principale raison, selon beaucoup, est que le port est un « gouffre financier » . Un port excessivement cher et peu rentable au regard de ses performances. Rémy-Louis Budoc, ancien directeur de la concession portuaire à la CCIG reconnaît aisément que la performance n'est pas au rendez-vous. « Un portique ou des grues mobiles pourraient permettre d'améliorer la productivité du port » , explique-t-il, admettant l'absence d'outillage moderne. Quand, à Santarém et à Paramaribo, voire aux Antilles, les dockers peuvent décharger 600 « boîtes » en une demi-journée, il faudra au moins trois jours en Guyane avec les seules grues d'appoint des bateaux. Trois jours pendant lesquels le navire est coincé à quai, engendrant des frais supplémentaires auxquels doit faire face le transporteur, ce qui peut, d'une part, expliquer la surcharge de la Baf. Il n'est pas exclu que la Baf connaisse de telles proportions en raison de l'absence de concurrence sur cette ligne (trois opérateurs sur la ligne des Antilles contre une seule en Guyane) et en raison de la faiblesse du trafic.
D'autres coûts comme les frais de débarquement viennent alourdir la note. Rémy-Louis Budoc, directeur de la prospective et du développement au grand port maritime, concède que ces coûts ont une « répercussion sur le panier de la ménagère » . Une étude est actuellement en cours notamment sur la manutention au port. Et sur les moyens permettant de baisser ces coûts. Sauf que le trafic guyanais n'a pas encore atteint le seuil critique pour l'installation de portiques. Pour les grues mobiles, Rémy-Louis Budoc estime que ce seuil-là est atteint. De plus, les récents travaux ont permis de renforcer la structure qui peut désormais supporter le poids de grues mobiles. Reste la question du financement.
Le Contrat de projets État-Région 2014-2020 figure parmi les pistes plausibles. Sans ces modernisations, le port de Dégrad-des-Cannes restera un gouffre financier pour ses usagers et, par ricochet, pour les consommateurs guyanais qui paient au prix fort le choix de l'installation d'un grand port maritime dans cette zone non appropriée. Le dragage perpétuel et coûteux joue pour beaucoup dans les frais du port. Et donc sur le panier de la ménagère...
REPÈRES
À L'OUEST, UN PORT
Depuis 2009, le port de Saint-Laurent est aux mains de la Communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG). Cette petite structure fluviale, qui accueillait auparavant les navires transportant notamment du carburant, était gérée par la Chambre de commerce. Au début des années 2000, on avait mis fin au transport maritime du carburant car le dépôt en face du port ne répondait plus aux normes. Plus tard, la CCOG a voulu donner un coup de pouce aux exportations de l'Ouest en réactivant le port. Le port, moins structuré donc et moins cher que Dégrad-des-Cannes, permet aussi aux commerces saint-laurentais d'avoir certains prix plus abordables qu'à Cayenne.
LA BAF EN BAISSE
Comme son nom l'indique, la Bunker ajustement factor (Baf) fluctue en fonction de l'évolution du cours du baril de pétrole.
Mais nous avons vu que ce n'est pas l'unique facteur. Cette Baf est appliquée à chaque conteneur entrant en Guyane depuis 1973. Une baisse est annoncée pour le mois de mars. Pour un conteneur de 20 pieds, il faudra s'acquitter de la somme de 957euros contre 975 en février. Pour un 40 pieds, ce sera 1 914 euros contre 1 950 ce mois-ci. Pour mémoire, en avril 2012, le 20 pieds était à 1 200 euros et le 40 pieds à 2 760 euros. Malgré ces baisses conséquentes, les répercussions sont les prix à la vente n'étaient pas aussi spectaculaires.
LE CHIFFRE 30 000
30 000 conteneurs passent annuellement par Dégrad-des-Cannes dans le cadre de l'importation comme de l'exportation. À titre d'exemple, en Guadeloupe, le trafic est 211 000 boîtes et de 160 000 en Martinique. On estime qu'avec l'accroissement naturel de la population, on devra passer d'ici à 2015 à... 35 000 conteneurs par an.
MERCI CAPITAINE
« Nous regretterons toujours le choix du Dégrad-des-Cannes pour l'implantation du nouveau port au lieu de la rivière de Cayenne. [...] Décision funeste lourde de conséquence pour la Guyane, par les frais prohibitifs de dragage, qui pèsent aujourd'hui sur le coût du transit portuaire et donc sur les prix intérieurs. » Des propos tenus par le défunt Antoine Sagne, ancien capitaine au long cours des ports de Guyane, dans la préface du livre « La desserte maritime de la Guyane française depuis 1930 » de Roger Jaffray sorti en décembre. Un choix qui remonte à l'époque où Raoul Tanon, alors président de la Chambre de commerce et d'industrie, possédait les terres de Dégrad-des-Cannes, qu'il a vendues donc à l'État pour y implanter le port, ainsi que la Sara...