
Aux États-Unis, l'année 2026 a commencé avec une mise en application de nouvelles mesures pour « limiter l'entrée des étrangers et protéger les États-Unis ». Le président Trump serre une nouvelle fois la vis : gel des procédures de visas dans plus de 70 pays, négociations pour exiger les identifiants des réseaux sociaux utilisés par les candidats au voyage... Côté visas, c'est un nouveau vent de panique qui souffle sur les « talents extraordinaires ». De récentes affaires laisseraient supposer que certaines catégories de demandeurs seraient avantagées, au détriment des autres. Décryptage.
Visa O : qui sont ces « talents extraordinaires » ?
Comme son nom l'indique, le visa O est réservé aux étrangers démontrant des aptitudes hors du commun dans leur domaine. Bien qu'on l'appelle parfois « le visa des artistes », il ne s'adresse pas exclusivement aux expatriés qui excellent dans les arts. Le visa O se décline en plusieurs sous-catégories :
- Visa O-1A : destiné aux talents étrangers dans le secteur des sciences, des affaires, du sport ou de l'éducation.
- Visa O-1B : réservé aux expatriés présentant des talents extraordinaires dans les arts au sens large, l'industrie du cinéma et de la télévision.
- Visa O-2 : visa prévu pour les professionnels accompagnant le talent titulaire d'un visa O-1A ou O-1B. Ce professionnel étranger devra prouver son utilité : ses compétences seront obligatoirement liées à l'activité du talent extraordinaire ; l'assistance du professionnel ne devra pas être accessoire, mais indispensable au bon développement de l'activité du talent.
- Visa O-3 : pas de compétence particulière à démontrer pour obtenir ce visa ; ce visa est attribué à l'époux et aux enfants d'un étranger qui possède un visa O-1 ou O-2.
À l'origine, donc, les talents extraordinaires ne travaillent pas dans un seul et unique domaine, mais peuvent provenir de plusieurs secteurs d'activité. Or, certaines affaires récentes semblent laisser penser que l'administration Trump établirait une hiérarchie entre les secteurs d'activité ouverts au visa O. Selon ces suspicions, les influenceurs seraient favorisés, au détriment des autres étrangers.
La définition des « talents extraordinaires » a-t-elle changé ?
La polémique ne cesse d'enfler : et si les « talents extraordinaires » d'aujourd'hui étaient moins « extraordinaires » que ceux d'hier ? Et si la notoriété et l'excellence sanctionnées par des titres, des récompenses et des prix avaient aujourd'hui moins de valeur que le nombre de followers ? Quelques affaires semblent confirmer un changement dans l'appréciation du « talent extraordinaire ».
D'un côté, les avocats constatent une augmentation significative du nombre d'influenceurs souhaitant obtenir un visa O. Les clients des avocats sont désormais créateurs de contenus sur les réseaux sociaux. De l'autre, des scientifiques possédant un visa O-1 se voient interdits de retour aux États-Unis après un séjour passé à l'étranger. C'est la mésaventure d'un chercheur en IA du groupe Meta, qui, après un voyage en Chine pour voir sa famille, est refoulé à son retour à San Francisco. Dépité (il vivait aux États-Unis depuis 7 ans), il décide de s'expatrier à Londres.
Visa O : des critères d'attribution qui favorisent certains professionnels ?
On constate bien une augmentation constante du nombre de visas O-1 demandés : 9 270 en 2020, 20 669 en 2024. Le nombre de visas approuvés a suivi le mouvement : 8 838 approbations en 2020 (environ 95,3 %), 19 457 en 2024 (environ 94,6 %). Les refus de visa sont également en hausse : 432 en 2020, 1 212 en 2024. Si les taux d'approbation des visas O sont si élevés, c'est parce que les critères d'attribution sont très stricts. Le talent extraordinaire doit être en mesure de prouver « sa valeur » par des faits concrets :
- Distinctions, médailles et prix reçus dans son domaine d'expertise.
- Publications dans des revues, magazines faisant autorité (grandes revues scientifiques, médias reconnus à l'international…).
- Reconnaissance sur le plan national et international.
- Salaire élevé.
- Nomination à des cérémonies récompensant les meilleures œuvres artistiques, etc.
La liste des preuves à apporter n'est pas limitative. En revanche, l'augmentation du nombre de visas O irait nettement à l'avantage des influenceurs et des autres créateurs de contenu. Problème : ces derniers auraient une manière bien particulière de prouver leurs talents extraordinaires. Pas de prix ni de nomination particulière, mais des algorithmes et un nombre d'abonnés. Ce sont ces deux derniers critères qui seraient davantage retenus par l'administration Trump pour délivrer les visas O. Des influenceurs aux millions d'abonnés témoignent ne pas vraiment avoir de « compétence exceptionnelle », mais que leur physique, leur humour ou leur contenu a peut-être été apprécié comme un talent extraordinaire par les autorités américaines.
De leur côté, les avocats s'interrogent. Faut-il y voir de simples faits isolés ou une réelle tendance ? Si la balance penche vers la seconde hypothèse, les talents étrangers « traditionnels » auraient du souci à se faire. Car s'il fallait désormais avoir un grand nombre d'abonnés, comment justifier ses compétences lorsqu'on n'est pas présent sur les réseaux sociaux ? Que dire des professionnels dont l'activité n'a aucun rapport avec une forte présence sur Internet ? Peut-on considérer la popularité en ligne comme un talent extraordinaire comparable à une médaille ou un prix international ? Pour les avocats, une page se tourne. Le temps où les visas O servaient à faire venir des sportifs, experts et artistes de renom paraît bien loin.
Sources :
- Times of India - Meta scientist on Einstein visa denied stamping for re-entry in US
- The White House - RESTRICTING AND LIMITING THE ENTRY OF FOREIGN NATIONALS TO PROTECT THE SECURITY OF THE UNITED STATES
- Travel State.Gov - Immigrant Visa Processing Updates for Nationalities at High Risk of U.S. Public Benefits Reliance
- French District - Visa O qui sont les talents extraordinaires ?
- US Citizenship and Immigration Services - O-1 Visa: Individuals with Extraordinary Ability or Achievement
- The Guardian - Influencers and OnlyFans models are increasingly requesting O-1 visas: ‘This is the American dream now’



















