Je reste toutefois étonné du fonds de votre réponse....
Deux éléments:
1/ Le gouvernement territorial de Polynésie a par la loi obtenu le droit de recruter ses enseignants. Comme n'importe quelle collectivité territoriale, quoiqu'on puisse en penser, il recrute en fonction des critères qu'il a retenus, et cela vaut pour n'importe quelle entité souveraine. Or dans ce domaine et toujours de par la loi, il l'est devenu (en revanche, pas question pour lui de décider quels gendarmes, policiers ou magistrats y seront mutés, la preuve étant que des magistrats indépendants viennent de condamner lourdement au pénal le chef de l'exécutif local: police, justice, défense, diplomatie demeurent de la compétence de l'Etat)
2/ Cela étant posé (qu'on le regrette ou non, tel n'est pas mon propos), je ne connais pas d'employeur, public ou privé, qui recrutera un demandeur d'emploi arrivant en revendiquant au préalable "ses droits" (surtout quand ils n'existent pas) au lieu de chercher à se vendre au mieux et en restant dans le cadre de la règlementation, en démontrant qu'il apportera un plus.
"Doit-on renoncer à son travail?"
.
Pardon mais ça, c'est typiquement une réflexion de fonctionnaire (je ne crache pas dessus: j'en fus un pendant l'essentiel de ma carrière professionnelle) déconnecté de la réalité du marché de l'emploi, qui une fois qu'il a passé avec succès un concours d'ailleurs souvent difficile et sélectif, a un emploi garanti pour le reste de ses jours et ne sait plus ce que c'est que de devoir convaincre un employeur.
Des millions de gens, en ce moment, "renoncent à travailler" faute d'avoir une offre d'emploi. C'est une réalité que pas mal de fonctionnaires oublient.
Cela vaut même pour des fonctionnaires et je mexplique.
A supposer que ton conjoint ait été muté quelque part dans l'hexagone sur une demande individuelle et pas "en couple" et que par le jeu des permutations intra-départementales tu n'aies pas pu le rejoindre faute d'un capital point suffisant,...
...tu serais exactement dans la même situation: devoir solliciter un poste de contractuel (sans certitude de l'obtenir) en attendant le succès de la permutation, ou prendre une disponibilité et faire autre chose pendant quelques temps.
On ne dégagerait pas un titulaire installé dans le département pour te faire de la place!
Idem. Si ton conjoint était détaché dans une Alliance, on ne virerait pas un autre prof qui donne satisfaction pour t'installer dans la même Alliance.
Dès lors qu'on espère un contrat local assimilé plus ou moins au statut des contractuels, on se retrouve dans la situation de devoir "se vendre", exactement comme dans le secteur privé et si on arrive en posant d'abord des revendications avant de s'enquérir précisément de l'intitulé du poste, des conditions d'exercice et de ce qu'on vous demandera de faire, je ne connais pas d'employeurs qui offrent un contrat de travail dans ces conditions.
Je doute fortement que la Polynésie ait du mal à recruter ses PE (je suis même sûr du contraire: qui ne rêverait d'aller là-bas?).
Donc, les services qui y régissent l'enseignement du premier degré et qui ont des dossiers à choisir dans une grosse pile écarteront ceux qui manifestent un état d'esprit qui donnera à penser que celui-ci ou celle-là vont nous prendre la tête, qui iront jusqu'à remettre en cause le fonctionnement institutionnel de cette collectivité. C'est la démarche de n'importe quel employeur.
D'où mon conseil de faire profil bas. De chercher à s'intégrer plutôt que de clamer de suite son indignation et poser des revendications qui n'ont pas lieu d'être dans le cadre légal.
Aucun syndicat ne pourra te soutenir dans ce cadre avec un tel état d'esprit, s'ils pourront sans doute appuyer une demande formulée sur un ton conciliant, en insistant sur tes compétences et sur le besoin que tu as de travailler qui peut correspondre à une plus-value pour le territoire (Un emploi, ce n'est pas un secours social: c'est un contrat par lequel le territoire s'engagera à te verser un salaire contre un travail au profit de sa jeunesse, qui correspond à un besoin: si tous les postes sont occupés, on ne va pas en créer un pour toi et a fortiori un poste près de ton conjoint, c'est pas gagné: il y a des tas de petites écoles sur des îlots isolés où le recrutement n'est pas évident (pour comparer: il est rare que le contractuel récemment embauché en Seine Saint Denis exerce au Raincy ou aux Lilas. En Général c'est plutôt à la Courneuve ou à Aubervilliers)
D'où ma suggestion de préparer le CAFIMF ou un diplôme FLE, parce que dans ces domaines, il y a encore des carences en outre-mer.
Quand je suis arrivé en Guyane, un DOM donc avec le régime des permutations départementales (nb. je m'étais informé avant en détail des avantages et inconvénients) on m'a opposé la règle que j'ai évidemment acceptée du dernier arrivé, dernier servi
En conséquence, j'étais programmé pour aller servir dans les postes isolés sur les fleuves, au contact des villages amérindiens - ce qui me stressait un peu mais m'intéressait néanmoins pour le côté "expérience originale"
Lorsque l'Inspection académique guyanaise a découvert que j'avais le Cafimf (à l'époque: CAEAA), on m'a demandé comme un service de rester près de lÉcole normale pour y dispenser des sessions de formation, tant ils manquaient de gens qualifiés pour ça à l'époque.
D'où le conseil gratis pro deo que je t'ai fourni.
************************
J'ajouterai, mais ça c'est du domaine du subjectif, que ces communautés insulaires (les îles, c'est partout un monde très à part) sont au final assez restreintes pour que chacun se connaisse très vite, que les langues se délient et comme partout, davantage les langues de vipères.
Que des réflexions désagréables à l'encontre d'une autorité lui sont très vite rapportées (en général déformées et amplifiées) et que ça finira très vite par pourrir non seulement tes chances d'être recrutée, mais aussi la carrière de ton mari: en outre-mer, il est très facile de rendre la vie impossible à des gens classés à tort ou à raison comme indésirables.
Attention, parce qu'au delà des clichés "vahinés, cocotiers, atolls, soleil et mer toujours chaude etc." la vie ne fait pas de cadeau là-bas.
C'est à nous de nous couler dans le moule, qui ne se déforme pas à notre contact.
Davantage qu'ailleurs, l'obligation de réserve en est une, d'abord par la loi, ensuite par la simple prudence. Ce n'est pas seulement lié à la politique, mais à l'insularité... Phénomène que tout sociologue compétent connaît.
On peut le déplorer, mais c'est ainsi. On ne va pas changer le monde tout seul.
J'ai pour ma part envisagé d'aller servir en Polynésie et si j'ai finalement reculé, c'est parce qu'on ne me proposait qu'un contrat de trois ans. Je ne me voyais pas me réinstaller à l'autre bout du monde pour une durée si courte.
**