Close

De Lille à la Virginie : une expatriée aux États-Unis

  • Mitra in the US
    © Mitra
Interview
Publié il y a 3 mois

Après avoir passé plus d'une douzaine d’années à Lille, Mitra, expatriée française, décide de s'envoler pour les États-Unis en compagnie de son époux et de leurs quatre enfants en 2017. Elle parle à Expat.com de sa nouvelle vie dans la ville de Blacksburg, en Virginie, et des différences culturelles entre les États-Unis et la France.

Bonjour Mitra, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de ton parcours ?

Je suis Française, maman de quatre enfants. Nous avons vécu 13 années à Lille avant de nous installer à Blacksburg, en Virginie. En France, j’étais psychologue. Initialement, j'ai décroché un diplôme en ingénierie dans une Grande École française. Au bout de trois ans, j'ai décidé de reprendre mes études vu que je m’intéressais aussi à la psychologie. J'ai continué à travailler jusqu'en 2010, l’année durant laquelle j'ai décroché mon diplôme. Par la suite, je me suis reconvertie en psychologue dans le privé. Avant de venir en Virginie, nous vivions à Baltimore où j'ai travaillé dans différents départements de médecine. C'est d'ailleurs à Baltimore que j'ai pris connaissance de nouvelles méthodes telles que la pleine-conscience. Sur mon blog, My Baltimore 2014, j'aborde la question des différences culturelles entre la France et les États-Unis, ainsi que le pluralisme culturel dans un sens plus large. Je dois dire que nous avons vraiment apprécié notre séjour sur la côte est des États-Unis.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers les États-Unis ? Depuis combien de temps y vis-tu ?

Mon époux avait décroché un poste de professeur en Virginie. Nous nous sommes installés dans la ville de Blacksburg en août 2017.

Quelles étaient les formalités à remplir pour que tu puisses t'installer aux États-Unis ?

C'est l'employeur de mon époux qui s'est chargé de toutes les formalités pour que nous puissions venir aux États-Unis. Mes enfants et moi avons accompagné mon époux en tant que dépendants.

Parles-nous de ce que tu aimes le plus aux États-Unis et le moins.

Ayant déjà vécu une année à Baltimore, dans le Maryland, en 2014, nous avions déjà une certaine expérience par rapport à la vie aux États-Unis. En revanche, je dois avouer qu'il existe des différences significatives entre le Maryland et la Virginie. A Blacksburg, par exemple, on profite réellement de l’atmosphère de petite ville et d'un rythme de vie plus décontracté. La faune est pratiquement omniprésente et il n'y a pas de congestion routière. Le temps est également plus agréable par rapport à Lille. Le soleil est au rendez-vous presque tous les jours, même en hiver où il fait plutôt froid. Ce que nous apprécions le moins, c'est sentiment d’insécurité par rapport aux armes à feux et aux fusillades. Il y a pas mal de choses auxquelles on doit encore s'habituer.

Comment décrirais-tu la Virginie et les États-Unis en une phrase ?

Cela risque d’être assez dur ! Il ne faut pas oublier que la Virginie est l'un des États les plus importants de tout le pays, d'autant que pas moins de 8 des Présidents des États-Unis en sont originaires. Il faut dire que les habitants de la région en sont vraiment fiers. Je dirai donc que la Virginie reflète un brassage d'histoire et de modernité. Dans le reste des États-Unis, on profite d'une très grande liberté, mais avec des limites, ce qui a ses avantages comme ses contraintes. On est libre de vivre, de s'habiller et de prier comme on le souhaite. C'est un pays où l'on peut être soi-même. On est libre d'avoir une arme à feu, mais on a aussi la possibilité de payer le moins d’impôts possibles.

Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en Virginie et aux États-Unis ?

Ce qui m'a le plus surpris, c'est le fait que tous les États sont si différents les uns des autres. Chacun des États possède ses propres lois et règlements. De la France, on perçoit les États-Unis comme un grand pays où tout se ressemble d'une manière consistante. Dans la réalité, toute est différent, allant du plus haut niveau à la vie quotidienne. A titre d'exemple, à notre arrivée en Virginie, nous avons eu fort à faire a la paperasse aux niveaux légal et administratif. A chaque fois qu'on disait que c’était différent dans le Maryland, l'on nous répondait qu'« ici c'est la Virginie ». C'est à ce moment-là qu'on a compris que chaque chose varie d'un État à l'autre.

Virginia
© Mitra

Quelles sont les caractéristiques du marché du travail local ?

La Virginie est divisée en deux parties. La côte est dépend particulièrement de la capitale, Washington DC. Il existe donc de nombreuses perspectives de carrière. La partie ouest est plus rurale. Blacksburg s'apparente plus à une île au cœur de la campagne. Virginia Tech est le principal employeur de la région.

Est-il difficile de trouver un logement en Virginie ? Quels sont les types de logements disponibles pour les expatriés ?

Blacksburg, comme ses voisines Christianburg et Radford, offrent une vaste sélection de logements pour tous les goûts. Qui plus est, l'on y trouve de très bonnes écoles, ainsi que des établissements de santé de haut niveau et de grandes enseignes que l'on peut retrouver dans toutes les grandes villes américaines.

Quels sont les festivals les plus populaires aux États-Unis ?

Il y en a tout plein ! Thanksgiving et Noël sont évidemment les festivals les plus populaires. Pour la Saint Valentin, les écoles ont choisi de célébrer l’amitié. Les enfants ont acheté des cartes de vœux et des sucreries pour leurs camarades de classe. Pâques, le jour des Morts pour la patrie, le 4 juillet, ainsi que la Fête du travail, sont également célébrés avec faste. Pour la Fête du Printemps, ou encore, la Saint Patrick, il y a toujours des événements dont on peut en profiter.

Quels sont les principaux codes culturels aux États-Unis ?

La plus grande différence, à mon avis, c'est que l'on ne se plaint presque jamais ici. Les Américains sont toujours très souriants, polis et respectueux. S'ils ne partagent pas le même avis que vous, soit ils se taisent, ou ils vous ignorent.

Que penses-tu du mode de vie aux États-Unis ?

La vie est aussi grouillante que décontractée, aussi apaisante que surconnectée. Les gens ne se soucient pas beaucoup de ce qu'ils portent ou de ce qu'ils mangent comme le prêt-à-emporter est monnaie courante ici, beaucoup plus qu'en France. Aussi, les Américains travaillent beaucoup, surtout parce que leurs employeurs s'attendent à ce qu'ils se donnent à fond dans ce qu'ils font. Lorsque vous envoyez un courriel, que ce soit à un entrepreneur ou à l'enseignant de votre enfant, l'on vous répond généralement le même jour ou dans les heures qui suivent, y compris le week-end. D'une manière générale, les Américains sont plutôt détendus, aiment faire la fête, mais se serrent les coudes par les moments difficiles.

Quels sont les moyens de transport disponibles en Virginie ? Comment te déplaces-tu ?

Là où nous vivons, la voiture est indispensable, surtout avec 4 enfants. Beaucoup de gens utilisent aussi le vélo et le transport en commun. Les enfants profitent, pour leur part, d'un réseau de bus qui les déposent à l’école et les ramènent à la maison, ce qui facilite la tâche aux parents.

Virginia
© Mitra

Comment se définit ton quotidien d’expatriée en Virginie ?

A notre arrivée en août, nous avons dû nous réadapter à un tout nouvel environnement. Mon époux a commencé à travailler dans l’immédiat tandis que je m'occupais des formalités administratives, de la maison et des enfants. Je devais aider régulièrement mes fils de 6 et 9 ans avec leurs devoirs. Au bout de 6 mois, ils sont devenus plus autonomes, ce qui me permet de me consacrer plus de temps.

As-tu eu des difficultés à t'adapter ?

Je dois avouer que nous sommes toujours en train de nous adapter. J'ai l'impression que c’était plus facile à Baltimore, mais peut-être parce que notre séjour n'a duré qu'une année. Lorsque vous savez que vous allez passer le restant de vos jours dans un endroit, sauf si vous décidez de partir ailleurs, il est tout à fait naturel de se sentir frustré ou dépassé par les défis et les différences culturelles. Je pense que l'adaptation prend plus de temps et se fait davantage en profondeur.

Que fais-tu de ton temps libre ?

En été, nous faisons surtout du vélo et la randonnée. Nous partons à la découverte de la région. En hiver, comme il fait plus froid, c'est l'occasion de se rendre à des concerts ou de regarder un film à la maison ou au cinéma.

Y a-t-il en Virginie des activités nocturnes pour les fêtards ?

Honnêtement, je ne sais pas trop. On trouve, à Blacksburg, de nombreux restaurants, ainsi que le Moss Art Center qui est un immense espace dédié à la musique et à l'art. Toutefois, je ne sais pas s'il y a beaucoup de boîtes de nuit par ici.

Quelles nouvelles habitudes as-tu adoptées aux États-Unis ?

Il y en a pas mal. Par exemple, je bois plus de café, je vais dîner au restaurant à 18.30h, je participe aux projets et à la scolarité de mes enfants et je nous prépare notre déjeuner tous les matins. Nous essayons tout de même d’éviter les collations et de privilégier des repas équilibrés. Cependant, nous sommes loin de nous intéresser au foot !

Quelles vieilles habitudes as-tu laissé tomber ?

Les expressos ! Même si on en trouve au Starbucks ou au Panera, je préfère le café américain. J'ai aussi laissé tomber les baguettes. Il y a une boulangerie française à Blacksburg et on trouve des baguettes au rayon surgelé dans les épiceries, ainsi au Panera. Du coup, on ne prend des baguettes que le week-end. Le reste de la semaine, il est plus facile et rapide de se préparer un toast. Par ailleurs, je ne fais presque plus de shopping. Les centres commerciaux sont si immenses, contrairement aux petites boutiques européennes qui sont l'une à côté de l'autre, que l'on risque d'y perdre beaucoup de temps. Soit on va dans des boutiques spécifiques, ou fait des achats en ligne.

Virginia
© Mitra

Quel est ton avis sur le coût de la vie en Virginie ?

Ce n'est pas si évident de comparer le coût de la vie entre la Virginie et la France. Cela dépend généralement de ce que l'on achète. Je pense que la vie est plus chère aux États-Unis qu'en France, surtout dans les grandes villes américaines. Les vêtements, en revanche, sont plus abordables. Lorsque l'on fait ses courses, on peut arriver à payer moins cher, sauf si l'on recherche des produits bio et de très bonne qualité.

Y a-t-il une chose que tu voudrais faire aux États-Unis mais dont tu n'as pas encore eu l'occasion ?

Nous avons beaucoup voyagé aux États-Unis, notamment sur les côtes est et ouest, dans le Midwest, ainsi qu'à Hawaï. Évidemment, il nous reste encore beaucoup de choses à voir et à faire mais ce qui nous intéresse vraiment c'est de savoir à quoi rime la vie dans les différentes parties des États-Unis.

Quel est ton meilleur souvenir des États-Unis ?

Ce n'est pas vraiment ce qu'on pourrait qualifier d’expérience mémorable mais j'ai été vraiment surpris par le coût des soins de santé à Blacksburg. Il n'y a aucune réglementation et chaque médecin est libre de fixer ses propres tarifs. Des fois, cela n'a aucun sens ! Pour une séance d’évaluation de la thérapie de la parole pour mon fils, la facture s’élève à plus de 1 000 dollars ! Le comble, c'est que la séance n'a duré qu'une heure ! Heureusement que les frais ont été pris en charge par notre assurance.

Si tu pouvais repartir à zéro aux États-Unis, que ferais-tu différemment ?

Je ne pense pas qu'on aurait procédé différemment.

Que penses-tu de la cuisine américaine ? Quelles sont tes spécialités préférées ?

Comme les États-Unis sont un pays multiculturel, l'on y trouve facilement diverses types de cuisines : mexicaine, chinoise, indienne, italienne, parmi tant d'autres. Pouvons-nous dire que les délicieux burgers et steaks font partie de la cuisine locale ? J'aime bien la plupart des repas que l'on trouve ici. En revanche, j’apprécie moins la pâtisserie. La seule chose que j'aime c'est le cheesecake. Je n'aime ni les cupcakes ni les gâteaux rouge velours.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à la France ?

La pâtisserie française, surtout, et d'autres plats typiquement français.

Es-tu déjà arrivée à un point de vouloir quitter les États-Unis ? Comment as-tu surmonté cette étape ?

Bien que nous connaissions déjà un peu les États-Unis, notre installation à Blacksburg s'est avéré un véritable défi à certains moments. Quand nous étions en France, nous avions l'impression que la vie aux États-Unis serait plutôt similaire. Des fois, il nous arrive d’être déçus, mais surtout parce que nous sommes en train d'essayer de faire les choses à la française. La meilleure chose à faire est de se ressaisir. Évidemment, c'est plus facile à dire qu'a faire. Pour s'adapter, il faut juste se rendre compte que l'on ne peut pas toujours tout contrôler.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs expatriés aux États-Unis ?

Assurez-vous de bien organiser votre déménagement à l'avance. A votre arrivée aux États-Unis, essayez de vous détendre même si les choses ne se passent pas toujours comme vous l'aviez prévu. C'est à présent l'occasion pour vous de découvrir et d'apprendre un peu plus sur votre pays d'accueil. Vous verrez, ce sera une expérience hors du commun !

Quelles seraient, selon toi, les 5 choses à emmener dans sa valise aux États-Unis ?

N'oubliez pas vos adaptateurs si vous emmenez des appareils électriques. Pensez aussi à obtenir une transcription en anglais des carnets de vaccination de vos enfants. Il n'y a aucun besoin d'emmener vos meubles ou tous vos vêtements. Cela risque de vous coûter chez ! Pour le reste, on trouve de tout ici.

Tes projets d'avenir ?

Nous n'avons pas vraiment de projet en tête à l'heure qu'il est. Si mon époux décroche un contrat permanent, nous pourrions rester ici pour de bon. Ce n'est pas comme si nous n'avons pas le choix. Nous voulons vraiment prendre le temps de découvrir le pays et profiter de notre nouvelle vie ici au maximum. Si la France nous manque trop, nous pourrions aussi rentrer.

Y a-t-il une chose que tu souhaiterais ramener avec toi en quittant les États-Unis ?

L’énergie et l'optimisme des Américains.

 

Si vous souhaitez vous aussi partager votre expérience d’expatrié, n'hésitez pas à nous contacter.
Merci d'avance,
L'équipe éditoriale d'Expat.com