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Déménagement international : que garder, vendre ou donner avant de partir ?

Paroles d'experts 7 min de lecture
Déménagement international : que garder, vendre ou donner avant de partir ?© HiveBoxx / Unsplash.fr

Si vous en êtes à votre deuxième, voire votre troisième expatriation, vous connaissez peut-être ce phénomène : au fil des pays, on accumule des objets qui n'ont rien d'ordinaire. Un tapis rappelle un marché découvert lors d'un week-end. Une lampe est associée à une rencontre. Un meuble raconte une maison dans laquelle les enfants ont grandi. Une céramique évoque un dîner, un paysage ou une période particulièrement heureuse. Ces objets ont parfois peu de valeur marchande, mais une immense valeur émotionnelle. Ils deviennent les témoins matériels de nos vies ailleurs. Et d'une expatriation à l'autre, la collection s'étoffe. 

Tant que l'on dispose de suffisamment d'espace, la question se pose peu. Mais vient un jour où l'on repart vers un autre pays, où l'on revient dans son pays d'origine ou simplement où le prochain logement est beaucoup plus petit. Les enfants ont grandi, les habitudes ont changé, et certains meubles qui semblaient parfaitement à leur place dans une grande maison à l'étranger deviennent soudain difficiles à intégrer dans un appartement urbain. 

Une question apparaît alors, beaucoup moins anodine qu'elle n'en a l'air : qu'est-ce qui doit  réellement continuer le voyage avec nous ? 

Faire ce tri avant un déménagement international n'est pas seulement une question de mètres cubes ou de coût de transport. C'est aussi réfléchir à ce que l'on souhaite conserver de la vie que l'on quitte, et à la place que l'on veut laisser à celle qui commence. 

Ne pas attendre l'arrivée pour se demander si l'on a trop emporté 

Lors d'un déménagement international, il est tentant de repousser les décisions difficiles. « On emmène, et on verra sur place. » La formule rassure. Elle évite de se séparer d'un objet au moment même où l'on doit déjà prendre quantité de décisions. Mais elle peut se révéler coûteuse, au sens propre comme au figuré. 

Une fois l'objet arrivé, il devient souvent encore plus difficile de s'en séparer. Puisqu'on a payé pour le transporter sur plusieurs milliers de kilomètres, le donner ou le vendre peut donner l'impression d'avoir gaspillé de l'argent. On risque alors de conserver non plus parce que l'objet nous plaît ou nous est utile, mais parce qu'il a voyagé. 

Or lorsque le nouveau logement est plus petit, l'accumulation peut rapidement devenir une contrainte quotidienne : des meubles qui gênent la circulation, des placards saturés, des cartons qui restent plusieurs mois dans une chambre, des surfaces qui se remplissent faute de place. C'est particulièrement vrai lors d'un retour d'expatriation. On retrouve un pays que l'on connaît mais dont on a parfois perdu certains codes. On quitte une communauté avec laquelle on avait créé des liens forts. Les conditions matérielles ou les habitudes de vie changent. Et chacun, au sein d'une même famille, ne vit pas forcément cette transition au même rythme. 

Dans ce contexte, le logement joue un rôle essentiel : il doit pouvoir devenir un lieu où l'on respire, où l'on se repose, où l'on retrouve des repères. Un espace trop encombré rend souvent ce mouvement plus difficile. 

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Trier en fonction de la vie qui vient 

Avant un déménagement, on regarde souvent les objets en se demandant : 

« Est-ce que j'y tiens ? » 

Mais une autre question est tout aussi importante : 

« Est-ce que cet objet correspond encore à la vie que je vais mener ? » 

Un grand service de table peut avoir eu du sens dans une maison où l'on recevait régulièrement beaucoup de monde. Un bureau imposant peut avoir été idéal lorsqu'on disposait d'une pièce dédiée. Une bibliothèque immense peut avoir trouvé naturellement sa place dans un grand séjour. 

Mais votre prochaine vie sera peut-être différente. Vous recevrez autrement. Vous travaillerez davantage à l'extérieur. Les enfants auront grandi. Vous aurez moins de rangements ou de surface disponible. Certains loisirs changeront avec le climat, le quartier ou le rythme de vie. 

Le tri ne consiste donc pas seulement à regarder en arrière. Il implique de se projeter. Même lorsque le futur logement n'est pas encore connu, il est possible de repérer les objets indispensables, ceux auxquels on tient réellement, ceux qui sont facilement remplaçables et ceux dont le volume risque de devenir problématique. 

Cette réflexion permet déjà de sortir d'un tri purement émotionnel. 

Aimer l'objet ou aimer l'histoire qu'il raconte ? 

C'est souvent le point le plus délicat. 

Certains objets sont difficiles à trier parce qu'ils sont chargés de souvenirs. Prenez celui acheté il y a dix ans lors d'une excursion mémorable. Vous souvenez-vous encore du moment ? Probablement. Mais aimez-vous toujours réellement l'objet ? S'il se trouvait aujourd'hui devant vous dans une boutique, auriez-vous envie de l'acheter ? Cette question est souvent très éclairante. 

Nos goûts évoluent. Notre famille change. Les lieux dans lesquels nous vivons aussi. Il peut être utile de distinguer l'objet que l'on aime encore vraiment de celui dont on aime surtout l'histoire.

Se séparer du second ne signifie pas effacer le souvenir. On peut photographier certains objets, en transmettre d'autres à des proches, ou simplement accepter qu'ils aient eu leur place dans une période de notre vie sans être obligés de nous accompagner dans toutes les suivantes. Tous les souvenirs n'ont pas besoin d'être matérialisés. 

Une expatriation longue laisse énormément de traces : des objets, bien sûr, mais aussi des recettes, des habitudes, des mots, des odeurs, des amitiés, des paysages. Quelques objets soigneusement choisis peuvent parfois raconter une vie beaucoup mieux qu'une  accumulation. 

Faire cohabiter des objets venus de plusieurs pays 

Les intérieurs façonnés par plusieurs expatriations ont souvent un charme particulier. Ils racontent une histoire, des déplacements, des rencontres, des attachements multiples. Mais cette richesse peut devenir difficile à orchestrer. 

Un meuble hérité en France, un tapis acheté au Maroc, des céramiques turques, une sculpture africaine, une affiche rapportée d'Asie et un canapé choisi plus tard peuvent être magnifiques séparément. Une fois réunis, ils ne composent pas toujours un ensemble cohérent. L'enjeu n'est pas d'effacer cette diversité. Ce serait dommage. Il est de lui donner un fil conducteur. 

La couleur peut jouer ce rôle. Une palette cohérente peut relier des objets qui n'ont ni la même origine, ni la même époque, ni le même style. Les matières, les volumes et le mobilier qui les accompagne peuvent également créer cette continuité. 

Il est aussi utile de réfléchir en champs de vision, et pas uniquement pièce par pièce. Lorsque les portes restent ouvertes ou que les espaces sont décloisonnés, l'œil perçoit simultanément les meubles, les objets et les couleurs du premier et de l'arrière-plan. Une certaine cohérence entre ces éléments rend généralement l'ensemble plus lisible. 

La question n'est donc pas de faire du vide à tout prix, mais d'éviter qu'une accumulation non choisie transforme la richesse en confusion. 

Quand un meuble aimé devient trop grand pour la nouvelle vie 

Il reste enfin la situation la plus difficile : celle d'un meuble auquel on tient toujours énormément, mais dont le volume devient disproportionné par rapport au futur logement. 

Une immense bibliothèque, une table pour douze personnes ou un buffet qui trouvaient naturellement leur place dans une grande maison peuvent devenir envahissants dans un appartement beaucoup plus petit. 

Avant d'organiser leur transport, il faut regarder les choses très concrètement : ce meuble aura-t-il réellement une place ? Pourra-t-on encore circuler confortablement autour de lui ? Son usage correspond-il à la prochaine vie ? Sera-t-il toujours mis en valeur, ou faudra-t-il organiser toute la pièce autour de lui ?

Une autre question aide souvent : si vous ne possédiez pas déjà ce meuble, accepteriez-vous aujourd'hui de payer son transport pour l'avoir dans votre prochain logement ? 

Lorsque la réponse devient hésitante, il peut être préférable de faire ce deuil avant le départ. C'est difficile justement parce qu'il ne s'agit pas seulement d'un meuble. Il peut être lié à une maison, à une période de vie, à une image de soi ou à une réussite passée. Mais le vendre ou le transmettre lorsque l'on est encore sur place permet de prendre le temps. On peut chercher à le valoriser correctement et parfois choisir la personne à qui on souhaite le confier. Savoir qu'un meuble aimé poursuit sa vie ailleurs peut rendre la séparation plus douce. 

Trois questions avant de fermer le carton 

Pour les objets sur lesquels vous hésitez réellement, trois questions peuvent déjà aider : 

Est-ce que j'aime encore cet objet aujourd'hui, indépendamment du souvenir auquel il est associé ? 

A-t-il une place réaliste dans ma prochaine façon de vivre ? 

Si je devais payer aujourd'hui pour le faire voyager, choisirais-je toujours de le conserver ? 

Il n'existe évidemment pas de formule universelle. Certains objets seront parfaitement inutiles, mais absolument irremplaçables. D'autres seront très pratiques, mais faciles à retrouver une fois sur place. L'objectif n'est pas de repartir avec le moins de choses possible. Il est de choisir ce qui mérite réellement de nous accompagner. 

Faire le tri, ce n'est pas effacer sa vie d'avant 

Certains objets sont de véritables points d'ancrage. Ils nous reconnectent à un pays, à des personnes, à une période heureuse ou à une identité construite au fil des expatriations. Ceux-là ont toute leur place dans le nouveau logement. Mais pour qu'ils puissent réellement rayonner, encore faut-il leur laisser de l'espace. 

Commencer cette réflexion plusieurs semaines ou plusieurs mois avant le déménagement permet de sortir du tri effectué dans l'urgence. On peut observer ses objets, questionner son attachement, imaginer la prochaine manière de vivre et se séparer de certaines choses dans de meilleures conditions. 

Car revenir d'expatriation ou repartir ailleurs ne signifie pas choisir entre sa vie passée et sa vie future. L'enjeu est plutôt de permettre aux deux de cohabiter. Et parfois, quelques objets soigneusement choisis racontent beaucoup mieux une vie passée à travers le monde qu'une maison remplie de tout ce que l'on n'a pas réussi à quitter.

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Cécile Dambricourt
À propos de l'auteur

Cécile Dambricourt est designer d'intérieur, coloriste et spécialiste de l'harmonie des espaces, installée près d'Annecy, en Haute-Savoie. Elle accompagne sur place ou à distance les personnes en situation de mobilité — départ à l'étranger, installation, retour d'expatriation ou changement de logement — dans la création d'un intérieur adapté à leur nouvelle vie. Après dix années vécues à Istanbul, elle a développé une approche qui associe aménagement, optimisation d'espace, couleur et Feng Shui traditionnel. Elle conçoit des lieux à la fois fonctionnels, cohérents et apaisants, capables de soutenir les usages du quotidien et de devenir de véritables points d'ancrage dans les périodes de transition.

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