Le syndrome paraguayen

Bonjour JC,

Tout d’abord merci beaucoup pour le partage de ces expériences très intéressantes et riches en enseignement !
Je n’ai eu l’occasion de connaître la Paraguay que lors de vacances jusqu’à présent.
Cependant ma femme est paraguayenne et je suis régulièrement en contact avec des guaranis (amis, belle famille etc...).
Il faut reconnaître que le rapport à l’argent est très particulier... Même ma femme ne se fie pas toujours de sa propre famille...
Je me rappelle la longue liste de recommandations que m’a fait ma femme avant notre premier voyage, des choses à faire à ne pas faire et surtout a dire et ne pas dire en public...
Cela est certainement dû au fait qu’elle habite en Europe depuis 15 ans et qu’elle voit rarement sa famille restée à Fernando de La Mora.
Serait-il possible de m’envoyer ton folio sur le syndrome Paraguayen ?

D’avance merci et encore bravo pour tous ces posts !

Nicolas

nico_ff :

Cependant ma femme est paraguayenne

Personne n'est parfait, mais rassure-toi, la mienne aussi !

nico_ff :

Je suis régulièrement en contact avec des guaranis (amis, belle famille etc...) Il faut reconnaître que le rapport à l’argent est très particulier... Même ma femme ne se fie pas toujours de sa propre famille...

C'est ce que je m'efforce d'évoquer en permanence dans tous mes écrits. Pour moi c'est l'un des 3 problèmes majeurs du pays et qu'il est difficile de leur reprocher pour des raisons évidentes que j'évoquerai plus tard.  Dans le domaine professionnel, si tu emploies des gens et que tu es en position employeur, c'est rapidement insupportable pour l'Européen lambda. Ça le sera beaucoup moins pour celui qui s'informe sur Expat.com et qui essaye de comprendre comment fonctionne le pays avant de s'y installer.

nico_ff :

Je me rappelle la longue liste de recommandations que m’a fait ma femme avant notre premier voyage, des choses à faire à ne pas faire et surtout a dire et ne pas dire en public...

Est-ce que tu veux parler choses à ne pas divulguer (situation personnelle) ou bien sur le plan du comportement général au quotidien ?
Intéressante cette remarque, surtout quand on a lu le bouquin de Saro Vera, tu sais, ce livre dont je parle souvent..livre Saro Vera

nico_ff :

Cela est certainement dû au fait qu’elle habite en Europe depuis 15 ans et qu’elle voit rarement sa famille restée à Fernando de La Mora.

Et pourtant, si sa famille habite à Fernando de La Mora, j'imagine que la famille a déjà un certain niveau car ce n'est pas le quartier des pauvres ...

nico_ff :

Serait-il possible de m’envoyer ton folio sur le syndrome paraguayen ?

Pardonne-moi, mais j'ai pris la décision de ne plus l'envoyer et me servir de son contenu pour le diffuser petit à petit dans le but de mettre un peu d'animation dans cette section Paraguay désespérante d'inactivité. Finalement, ce folio regroupe mes réponses à des questions qui m'ont été posées sur le site Voyage-Forum (+ de 1600 contributions). J'ai laissé tomber ce site pour passer sur Expat.com, car les questions portaient trop sur le tourisme, et le moins qu'on puisse dire, c'est que le Paraguay n'est pas le pays le plus touristique d'Amérique du Sud ...
J'ai accepté cette mission d'animateur conscient de la difficulté tant les participants font défaut. J'ai donc besoin de récupérer le contenu de mon folio pour avoir de la matière qui, je l'espère, apportera des questions et des commentaires, donc de l'animation.

Je diffuserai le contenu dans la discussion « LE PARAGUAY PRATIQUE par l'expérience de ceux qui y travaillent ». Ces anecdotes fourmillent d'informations, et comme je le dis toujours « une information qui intéresse quelqu'un est la réponse à la question qu'il n'a pas encore posée ».

J'espère que c'est une bonne idée et que ça intéressera beaucoup de gens

A propos du bouquin de Saro Vera
Le Paraguayen - un homme en dehors de son monde

Certains pourraient me dire que je parle tout le temps de Saro Vera... Certes, mais à juste titre ! Et pas pour faire la promotion de son livre, mais bien dans le but de pousser ceux qui lisent en espagnol et qui sont intéressés par la vie au Paraguay à se le procurer, et ce pour de multiples raisons, la première étant ce que dit une Italienne qui a préfacé le livre, je cite un condensé :

Je suis italienne, mais je vis au Paraguay depuis près de 17 ans. La lecture du livre a été pour moi comme l'ouverture d'un rideau qui m'empêchait de comprendre ce que je vivais au quotidien. Comme si un voile s'était déchiré, me permettant de voir clairement ce que je pressentais. En parcourant les pages, j'ai pu lever le voile sur beaucoup de situations que j'avais vécues et dont j'avais parfois souffert, à défaut de comprendre.
Pour un étranger qui arrive au Paraguay à un certain âge et imprégné d'une autre culture, il n'est pas facile de comprendre et de s’adapter à la manière d’être, de penser, et d’agir d'un Paraguayen.

Les trois fameuses lois (mbareté - ñembotavy et vai-vai, définitions voir plus bas) ne sont pas des fantasmes, mais bien les règles qui régissent la manière d’être et d’agir de presque tout le monde. Ce qui frappe le plus, c’est le peu d’importance accordée aux lois ou aux normes sociales imposées par l’autorité gouvernementale.
La première chose qui vient à l’esprit d'un Paraguayen lorsqu'on lui impose ou qu'on lui interdit quelque chose est de ne pas en tenir compte, persuadé que ça ne concerne que ceux qui n’ont ni amis ni protecteurs, ou qui n’ont pas d’argent pour payer des pots-de-vin.
Si cette radicalisation pouvait se corriger en préservant les relations sociales habituelles, cette culture pourrait être considérée comme le mode de vie idéal pour ne pas tomber dans l'anonymat.

Concernant les étrangers issus d'une autre culture, et qui viennent ici en voulant comprendre, accepter, et aimer le Paraguay  tel qu'il est, je les invite à relire soigneusement ce livre. Cela leur évitera beaucoup d’erreurs, d’attentes erronées et de maux de tête.
Ce livre est un réservoir d’observations et de réflexions qu'un étranger ne pourrait jamais découvrir seul, même en passant toute une partie de sa vie au Paraguay.
Saro Vera, est un observateur formidable, il nous prend par la main pour nous faire pénétrer la culture de son pays.


Pour donner un aperçu de ce qu'on trouve dans son livre, en voici 2 extraits :

- Les mensonges conventionnels : Grâce à eux, nous, hommes soi-disant civilisés, vivons dans un déguisement permanent en faisant fi de tous nos sentiments intimes. L'égoïsme, le mensonge, la tricherie, l'affabulation se sont développés à un point tel que l'harmonisation des intérêts individuels et collectifs est rendue impossible.
- Le Paraguayen a une double personnalité : un comportement « national », et un autre, complètement différent, lorsqu’il quitte le territoire pour passer à l’étranger. Là, il se transforme, une véritable mutation. Car d’ordinaire et dans notre pays, nous, Paraguayens, sommes par nature irresponsables, désordonnés, informels, irrespectueux, impolis voire grossiers, et beaucoup d'autres choses très négatives comme celui de s'approprier les biens d'autrui. Mais il nous suffit de passer la frontière pour devenir ordonnés, pour accepter de faire la queue, et pour ne plus jeter nos poubelles dans la nature et nos canettes de bière par la fenêtre des autobus !


Définition des 3 règles fondamentales ci-dessus définies par Saro Vera

Mbarete:
C'est faire l'arrogant, le coq, quand on est pris en défaut. C'est la version paraguayenne de ce que nous appelons réaction de défense par l'agression.

ñembotavy
C'est faire l'imbécile lorsque, par exemple, on ne veut pas entendre une directive ou qu'on a pas envie des faire quelque chose.
J'ai été confronté à maintes reprises à ce comportement. On explique à un type ce qu'on attend de lui et on voit dans ses yeux ce qu'il pense " Tu peux toujours causer gringo, tu peux me raconter tout ce que tu veux, de toute façon ici tu es au Paraguay, je ferai ton boulot quand ça me chantera de le faire et comme j'ai l'habitude de faire !"

Vai-vai: (se prononce vaille-vaille)
C'est faire un travail à moitié, ou mal, formule minimum sans application ni réflexion, juste pour justifier le paiement. C'est ce que Saro Vera qualifie de cancer du pays n'hésitant pas à avancer  que le gouvernement lui-même travaille "vai-vai".
Il écrit ici el-paraguay-la-cultura-del-vai-vai
Le "vai vai" est, disons-le, la loi la plus puissante et la plus destructrice. La société paraguayenne, sous son aspect culturel, est dominée par ce principe sur lequel repose toute la structure organisationnelle de notre nation.
La plupart des Paraguayens considèrent que le simple copinage suffit pour faire passer un travail qui laisse à désirer. Et dans notre pays, où nous sommes habitués à faire les choses "vaí vaí", personne ne comprendra que quelqu'un essaie de s'appliquer.


Tout un programme...Pour moi c'est un vrai fléau que l'on doit vivre au quotidien, car il est présent partout et à tous les moments de la journée. Il est très difficile d'avoir un travail qui n'est pas négligé, voire carrément saboté. Par contre, si on refuse de payer, là, ça se gâte gravement !

Je réponds ici à 2 questions sur ma boite mail (pour ceux qui l’ont) parce que le but d’un forum est plutôt de faire fonctionner le forum que le mail perso lorsqu’on traite de sujets qui ne sont pas confidentiels

Les questions concernent le comportement vai-vai (ci-dessus)

Si je comprends bien ce que dit Saro Vera (sur ton lien) à propos du vai-vai, rien n'est fait correctement dans le pays ? Comment vivre dans un pays où tout est mal fait ?

Ce n'est pas vraiment comme ça qu'il faut voir les choses, même si je reconnais qu'au début c'est très agaçant pour un Européen qui n’est pas habitué à ça.
Mais pour une fois, c’est moi qui vais dire que Saro Vera est très dur dans son jugement, car il positionne le vai-vai comme le cancer du pays. Certes il fait un constat, mais il n’explique rien du « pourquoi » . Pourquoi ce manque de finition et ce manque d’application, pourquoi faire toujours les choses au minimum dans un pays pauvre où les gens sont habitués par obligation de s’accommoder de ce qui répond en priorité à un besoin ?
Prenons le cas d'une armoire : ils ne vont pas faire la fine gueule sur sa qualité, ni sur ses dimensions et encore moins sur sa finition si son prix correspond au peu d’argent dont ils ne disposent même pas, car l’armoire sera forcément achetée au détriment d’autre chose !
Et s’ils en trouvaient une dans la nature, même très abimée, ils seraient très contents de la récupérer, car chez le Paraguayen l’utilité prime sur tout le reste.
Impossible de les blâmer, ils n’ont jamais connu autre chose donc il ne faut pas s’étonner qu'ils ne soient pas des finisseurs et des esthètes, ils ne voient pas l’utilité de finir bien les choses.

Les Européens que nous sommes sont décontenancés parce qu’ils sont habitués et ont grandi avec d’autres valeurs, d’autres exigences.
Mais ne nous trompons pas, si le Paraguayen vai-vai ne voit pas l’utilité de faire bien, il est bon de savoir que lorsqu’on lui explique que nos valeurs à nous ne sont pas des caprices comme ils le pensent, et lorsqu’on qu’on reste à côté d’eux quand ils font le boulot, quand on leur montre ce qu’il faut faire et comment le finir bien, ils sont parfaitement capables de s’appliquer et d’y mettre du coeur, surtout quand on leu accorde un peu de considération et un peu d’affection, c’est même souvent tout ce qu’ils demandent.

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