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De Paris à Salvador de Bahia : le quotidien d'un professeur de français au Brésil

Interview
Publié il y a 9 mois

Éric vient de Paris. Marié depuis 24 ans à une brésilienne, il décidé de s'installer au Brésil pour des raisons familiales en 1997. Il est aujourd'hui professeur de langue et de littérature françaises à l'université. Il partage, avec Expat.com, son quotidien d'expatrié à Salvador de Bahia.

guarajuba

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Bonjour Éric, peux-tu te présenter brièvement ?

J'étais conducteur de travaux publics à Paris entre 1989 et 1996 (direction de chantiers de construction) et pour me rapprocher des chefs de chantier sous mes ordres qui étaient pour la plupart Portugais, j'ai voulu apprendre le portugais. J'ai donc mis une annonce à l'Alliance française boulevard Raspail à Paris et j'ai pris des cours avec une brésilienne de Bahia. Nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre. Cela fait 24 ans que nous sommes mariés.

Pourquoi as-tu choisi de t'expatrier au Brésil ?

Nous avons vécu 5 ans à Paris, moi comme responsable de chantier et elle comme étudiante universitaire (DEA+Doctorat). Puis dans l'objectif d'avoir des enfants, nous avons décidé de nous installer au Brésil en raison d'une éducation et de relations familiales plus douces qu'en France.

Comment s'est passée ton installation au Brésil ?

Bien, dans la mesure où nous nous sommes installés chez ma belle-famille. La recherche de travail pour ma femme a donc été progressive et suite à un concours de l'éducation nationale, elle est devenue professeure à l'université. Nous avions décidé que je reprendrai des études en Lettres pour devenir à mon tour professeur. Cela prend pas mal de temps (1998 à 2001) pour obtenir un DEA en Français Langue étrangère en enseignement à distance avec l'université de Rouen.

Éric à Bahia

Depuis combien de temps t'y es-tu installé ?

Nous sommes arrivés en février 1997. Puis nous sommes revenus en France avec nos 2 filles (de 9 et 15 ans à l'époque) entre août 2011 et août 2015 pour que je puisse faire mon doctorat en Sciences du Langage à l'université d'Aix-Marseille.

Qu'est-ce qui t'as attiré vers Salvador de Bahia ?

Ma femme. Elle serait Chinoise, je serais à Pékin.

Quelles étaient les procédures à suivre pour que tu puisses t'expatrier au Brésil ?

Reconnaissance impératif du mariage par l'administration brésilienne pour obtenir une carte d'identité pour étranger avec visa permanent (contrat de travail possible), un permis de conduire brésilien (sans rétention du permis français) et un CPF (Cadastro de Pessoa Física), indispensable dans la vie quotidienne.

As-tu éprouvé des difficultés à franchir ces étapes ?

Oui, pas mal. Il faut pouvoir compter sur des amis ou de la famille brésilienne pour toutes ces démarches et comprendre comment tout fonctionne surtout.

As-tu eu des difficultés d'adaptation à ton nouvel environnement ?

Je n'osais pas sortir les 3 premiers mois : sensation d'insécurité, de bruit, d'inadéquation (moi, si blanc dans une société si noire).

Qu'est-ce qui t'as le plus surpris à ton arrivée au Brésil ?

Les bruits de la rue, des conversations, des cris, la misère de certains quartier, l'urbanisme anarchique de Salvador, le système de transport public (bus) totalement imprévisible (direction et style de conduite).

Éric à Bahia

Quelles sont les particularités du marché de l'emploi brésilien ? Est-il facile pour un expatrié d'y être embauché ?

Oui, sans aucun problème avec un visa permanent. L'étranger est plutôt bien vu mais la langue peut être une source de discrimination qui surgit très vite. Nous sommes « gringos » ici comme dans les mauvais westerns... Bien que ce ne soit pas foncièrement dit méchamment, c'est tout de même inévitablement très discriminant.

Comment faudrait-il procéder, selon toi, pour trouver un logement à Salvador de Bahia ?

La famille ou les amis sur place dans un premier temps sont fondamentaux. Le marché de l'immobilier est sérieux, connecté et avantageux (le real vs l'euro). Les espaces sont dans les appartements antérieurs à 2 000 super vastes. Il suffit de s'adresser à des agences immobilières pour découvrir l'appartement de ses rêves près de la mer.

Que penses-tu du mode de vie des Brésiliens ?

Cool, heureux, familial, sociable, convivial, chaleureux, barbecue et bière, musique, danse, sport le dimanche et vélo entre 4 et 6h du matin, footing dans la rue en bord de plage, centre commercial avec resto et ciné (un « must ») mais avec quelques effets collatéraux inévitables : bruit, musique super forte chez les voisins, cris, tendances à l'anarchie routière, piétons en danger, vitesse cauchemardesque des bus, individualisme supérieur au sens du collectif, éducation citoyenne et écologique encore à développer, etc.

Une idée reçue qui s'est avérée fausse ?

Une idée reçue ne peut que s'avérer fausse puisque par définition étant reçue d'un autre en général collectif (« on », les Français pensent que...) elle ne correspond pas forcément à un « moi » individuel. Tout dépend de notre référence culturelle. Et il n'existe pas de culture française homogène. Cette idée collective se construit sur des images rapportées par des Français et qui se fondent réellement sur leurs conceptions culturelles particulières. Mais quand on habite ce pays, on perd peu à peu ce référent culturel monolitique pour acquérir un double référent culturel.

Dans le cas d'une idée reçue, si le Français en question n'accède pas, ou ne veut pas accéder à ce double référent culturel pour en comprendre toute la complexité, il jugera effectivement l'autre toujours à partir de l'idée reçue qu'il transmettra ensuite à son tour à un autre.

Éric à Bahia

A quoi ressemble ton quotidien à Salvador de Bahia ?

Je suis prof de langue et de littérature française à l'université. Donc, je vais en cours, je rencontre des gens, je prends la voiture ou le car pour aller en province, je fais des courses au supermarché etc. Week-end à la plage, en général, sous les cocotiers. La routine est universelle.

Que fais-tu pendant ton temps libre ?

Thêatre, cinéma, salle de sport (tous les immeubles en sont équipés) et plage.

Qu'est-ce qui te plait le plus au Brésil ?

Ma femme, les rencontres humaines parfois intéressantes car chaleureuses et toujours surprenantes car si différentes de celles réalisées en France. Il y aussi les randonnées dans les parcs nationaux et l'aube sur la plage. Et surtout, la diversité culturelle-linguistique qui constituent la richesse de mes filles qui ont grandi entre 2 ou 3 pays.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à la France ?

La sécurité quotidienne (en voiture, à pied, à la maison, en bus), l'efficacité administrative, l'urbanisme pour le confort des citoyens (trottoirs, signalisation, protection, etc.), la douceur et la variété des paysages, mais il y a aussi beaucoup de choses que je suis content de ne plus trouver. Pourquoi cette question n’apparaît-elle pas ?

Éric à Bahia

Quel est ton avis sur le coût de la vie à Salvador de Bahia et au Brésil en général ?

La vie est très chère ici. Il y a peu de concurrence, des prix stables mais largement surestimés par rapport à la qualité des produits.

Un événement particulier que tu as vécu au Brésil et que tu voudrais partager ?

Il y en a plusieurs en lien avec des randonnées en parcs nationaux où l'on découvre d'abord un guide local (négociation, dialogues) puis des coins sauvages superbes.

Des conseils à donner aux personnes qui souhaiteraient s'expatrier au Brésil ?

Tout y est possible avec de bons contacts sur place (famille, amis ou collègues de travail).

Tes projets d'avenir ?

Un projet éducatif en école publique primaire à Bahia pour rapprocher les communautés qui s'ignorent (blancs, noirs et indiens) par le biais des langues-cultures du monde en offrant aux enfants la possibilité d'un rêve de voyage et de découverte.

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