Close

Denis Lacour à Maurice : « L'environnement est favorable à l'installation d'entreprises »

Interview
Publié il y a 8 mois
Originaire de Grenoble, Denis Lacour s'est installé à Maurice en 2009, pour prendre la direction d'une société acquise par Publicis. Passionné par la photographie et l'entrepreneuriat, il assure également la présidence de la Chambre de Commerce France-Maurice. Il nous livre son regard sur son expatriation et l'entrepreneuriat dans le pays.

Pourquoi avez-vous choisi de venir à l'Ile Maurice ?

J'ai travaillé dans le milieu de la communication en région Rhône-Alpes puis 20 ans à Paris. L'une des entreprises que j'ai créée à Paris a été vendue à Publicis. C'est ainsi que je suis entré dans le groupe pour développer un projet de production publicitaire à l'international.
En 2009, le groupe m'a proposé de prendre la direction d'une société rachetée à Maurice dans une stratégie d'offshore. J'avais 2 missions : configurer l'entreprise pour qu'elle rentre dans le process du groupe et la développer ; développer la marque au sein du groupe en Asie.
Au bout de 5 ans, j'ai souhaité retrouver ma liberté d'entrepreneur. J'ai ainsi quitté le groupe fin 2014 et j'ai investi dans l'entreprise Esokia pour son développement à l'international.

Comment s'est passée votre transition sur l'Ile Maurice en termes professionnels ?

Sur le plan professionnel, j'ai n'ai pas connu trop de changement. J'étais au sein d'un groupe, je continuais ainsi à être en contact avec mes anciens collègues, à avoir des réunions avec eux, je travaillais à distance.
L'adaptation s'est plus jouée au niveau de la culture, du pays. J'étais le seul expatrié dans la société. Il y a un temps nécessaire pour comprendre la culture locale et éviter de faire des erreurs. Il faut s'adapter à gérer des collaborateurs dans un pays d'une culture différente, même si la langue reste le français. J'ai fait attention à bien comprendre la culture pour maîtriser les différences de management à mettre en place. Par exemple, à Paris dans le milieu du marketing et de la communication, il y a un stress (délais à respecter, veille de la concurrence et adaptation des campagnes) : il y a un côté hystérique de la communication qui est lié à la réactivité de ces métiers. On a donc une façon de s'exprimer qui en découle, qui est assez « cash ». A Maurice, c'est différent, on est plus dans la réactivité que dans le côté proactif et il faut adapter le type de management à cela.
Il faut aussi gérer les différences culturelles : tout le monde fonctionne ensemble mais avec des communautés qui ne s'interpénètrent pas trop. Cette diversité est à prendre en compte dans le mode de management.

Et sur le plan personnel, comment s'est passée votre adaptation ?

S'installer à Maurice était notre première expatriation. Familialement, il y a eu une possibilité de s'expatrier en raison de l'âge des enfants qui étaient déjà autonomes. Je suis ainsi venu avec ma femme et mon plus jeune fils. Ma femme a quitté un poste à responsabilité à Paris. Cela a ainsi été plus complexe pour elle que pour moi, mais elle était ravie de prendre le temps de la découverte. Notre fils a quant à lui dû quitter son école, ses amis, il a perdu ses repères pour se retrouver dans un pays où il ne connaissait personne. Mais tout cela s'est très vite dissipé. Il y a un temps d'adaptation nécessaire même si le cadre de vie est agréable.

Comment voyez-vous l'univers de la publicité à Maurice ? Quelles sont les principales différences avec la France ou d'autres pays occidentaux ?

A Paris, j'avais l'habitude de travailler avec de grands annonceurs, on servait de grands comptes. A Maurice, nous évoluons plus dans un marché de grosses PME que de grands groupes internationaux.
Il y a aussi un retard sur le digital par rapport à ce qu'il se passe en Europe et aux États-Unis. Les dépenses publicitaires y sont plus fortes dans le digital et ont dépassé la presse. A Maurice, on touche encore les gens d'une manière plus classique. Mais les choses évoluent.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris à votre arrivée à l'Ile Maurice ?

Lorsque l'on arrive de Paris, on est habitué à une très bonne qualité de service. Les commerçants savent vous laisser votre liberté dans leur boutique mais savent également vous conseiller avec précision. A Maurice, la notion de qualité de service et différente. Ils sont moins pointus, moins formés même si l'accueil est très bon.

Qu'est-ce que vous appréciez particulièrement à Maurice ?

Ce qui me plaît le plus, c'est la vie sous la varangue, la principale pièce de vie dans une maison mauricienne. J'apprécie également la gentillesse des gens, l'accueil. C'est une différence énorme avec la France où les rapports sont plus durs, où il y a plus de tensions et d'agressivité.
C'est aussi la proximité avec l'eau, la lumière incroyable de l'Océan Indien, la sécurité. Maurice constitue également une base pour voyager et visiter la région (Afrique, Asie).

Quel est selon vous le secret d'une expatriation réussie à Maurice ?

Prendre le temps de comprendre la culture, d'intégrer les différences culturelles et comprendre que chaque communauté a ses règles et valeurs à respecter. Il ne faut pas être naïf vis-à-vis de la gentillesse des gens dans le milieu des affaires. Il faut rester prudent et très vite se connecter à des associations professionnelles, comme les CCI, ou familiales qui permettent de rencontrer des gens, d'avoir accès à des bons plans.

Vous êtes également Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie France-Maurice. Quelles sont les missions de la CCIFM ?

La CCIFM fait partie du réseau des Chambres de Commerce Françaises à l'International. Les Chambres de ce réseau sont au départ des associations d'entrepreneurs qui ont fait une demande pour devenir une Chambre de commerce. C'est une différence avec les Chambres de commerce françaises que l'on connaît, qui reçoivent des subventions publiques et auxquelles les entrepreneurs sont tenus de s'associer.
La CCIFM, c'est 4 salariés et un stagiaire, un conseil d'administration réunissant 12 personnes (entrepreneurs ou cadres dirigeants) qui sont bénévoles et font vivre la Chambre.
La CCIFM a des missions à 2 niveaux : accueillir les investisseurs et chefs d'entreprises français ou représentant une marque française et qui ont un projet d'installation à Maurice. Nous jouons un rôle de conseil et proposons des services avant l'installation pour les aider dans leur réflexion. Le second niveau, c'est le networking. Nous créons l'animation du réseau, la dynamique business entre les membres. Nous ouvrons à nos membres le réseau international des Chambres de commerce. Nous proposons également un accueil des entreprises avec la location de bureaux tout équipés.

Pourquoi rejoindre la CCIFM ?

Quand on arrive en tant qu'expatrié, il faut comprendre le plus vite possible le pays. S'inscrire à la CCI représente un gain de temps considérable car l'on a accès aux informations utiles, on est connecté à la communauté des affaires. C'est un réflexe pour les personnes rodées à l'expatriation. Cela fait partie de la to-do list.

Est-il facile d'entreprendre à Maurice ? Le climat actuel est-il favorable à la création d'entreprise ?

Oui mais tout dépend de la société que l'on souhaite créer. Si l'on vient monter son entreprise en concurrence directe avec des entreprises implantées localement, cela peut être plus compliqué (ex : monter un restaurant à Maurice).
Le climat est favorable pour des services qui n'existent pas dans le pays, pour travailler sur le marché local et régional. Il est important d'avoir des ambitions régionales pour se développer.
On crée rapidement son entreprise à Maurice et l'environnement est favorable à l'installation d'entreprises. Là où il peut y avoir une restriction, c'est lorsque l'on n'a pas les capitaux de départ. Il est difficile de les trouver localement.

Quels sont les secteurs favorables à la création d'une entreprise à Maurice ?

Quand on a une entreprise avec une expertise reconnue et des clients à l'étranger, ce sont les conditions réunies pour réussir. Vous travaillez à distance avec vos clients. C'est très facile à gérer depuis Maurice. Beaucoup d'entreprises des TIC sont installées ici, dans la Cybercité. Il y a un équilibre entre la main d'œuvre, les réseaux.

Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent investir, créer ou développer une entreprise à Maurice ?

Faites un tour des différents interlocuteurs possibles : BOI, services économiques de l'Ambassade, Chambre de commerce. Il ne faut pas hésiter à croiser les sources d'infos, ne pas se laisser manipuler et être naïf en business. Rencontrez plusieurs experts (management de compagnie, avocat...).
Il convient de bien se renseigner pour se faire sa propre opinion avant de prendre sa décision. Il faut être très professionnel dans son installation : il vaut mieux dépenser un peu d'argent au départ pour prendre des conseils auprès d'experts afin d'éviter des galères plus tard.

1 Commentaire
vidale andrée
vidale andrée
il y a 5 mois

bonjour Emmanuelle Je m'appelle Andrée ,je viens D'Annecy en haute Savoie ,je suis au Népal pour 3 mois ,entre temps je voyage dans d'autre pays ,je ne suis jamais allée a Maurice ,votre expérience est super ,il faut bouger dans la vie ,voir et connaitre un tas de choses, est ce qu'une femme seule a plus de difficultés pour s'installer très loin,j'aimerai savoir si vous pouvez me donner quelques petits conseils et des endroits pour aller a Maurice ,qu'elle mois est le mieux pour y aller ,je serai très heureuse d'avoir une réponse de votre part et si jamais de vous rencontrer là bas ,on ne sait jamais ,parfois la vie est très surprenante ?????????au Népal c'est très difficile de s'y installer ,la solution la plus facile est de se marier avec un Népalais ???????? Je vous souhaite une bonne journée Andrée

Répondre
Partagez votre expérience d'expatrié !

Si vous souhaitez participer aux interviews, contactez-nous.

Participer

Assurance santé expatrié

Conseils pour bien choisir votre assurance santé pour expatrié.

Déménagement international

Conseils pratiques pour bien préparer votre déménagement international