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Pierre Blanchon : « Parler plusieurs langues représente une immense ouverture au monde »

Interview
Publié l'année dernière
Originaire de Lyon, Pierre Blanchon est passionné de langues étrangères. Jeune entrepreneur, il lance en mars 2014 [ITALIC]Le Monde des Langues[/ITALIC], un blog axé sur l'apprentissage des langues étrangères. Découvrez ses conseils pour maîtriser la langue de votre pays d'accueil.
Pierre Blanchon

Pierre Blanchon

Présentation : d'où viens-tu, que fais-tu...

Je m'appelle Pierre et j'ai 28 ans. Je viens de Lyon et j'habite actuellement à Paris. Après des études de langues étrangères et de relations internationales, je me suis orienté vers l'industrie du jeu vidéo, qui m'a permis de développer ma vocation pour l'entrepreneuriat et la création de produits innovants.
J'ai créé mon blog « Le Monde des Langues » en mars 2014. Au départ, il s'agissait d'un simple essai dans l'univers d'Internet. A force de travail, j'ai réussi à en faire un site respecté et qui attire de plus en plus de visiteurs.
Aujourd'hui, je m'efforce de développer une activité autour des langues étrangères. L'objectif que je me suis fixé est d'aider les personnes souhaitant apprendre une langue, en leur apportant des techniques et des outils pour commencer et surtout poursuivre cet apprentissage.

As-tu déjà vécu à l'étranger ? Combien de pays as-tu visités ?

J'ai vécu trois mois à Berlin pendant un stage. Sinon, j'ai principalement voyagé en Europe, notamment en Finlande et surtout en Allemagne, où j'essaie de retourner chaque année. J'y retourne d'ailleurs en mai pour le Polyglot Gathering. Mon plus grand voyage reste sans doute un séjour à Sydney en 2012, à l'occasion d'un concours.
J'ai énormément de projets de voyage. Dans un futur proche, je prévois de retourner en Italie et de découvrir en profondeur les îles britanniques. Concernant les destinations plus lointaines, j'ai surtout envie de me rendre au Japon et en Amérique du sud.

D'où te vient ta passion pour les langues ?

Difficile à dire. J'ai toujours eu une fascination pour tout ce qui touche au voyage et aux cultures étrangères. J'ai l'impression que c'est presque inné chez moi. Quand je tombe sur une méthode de langues dans une librairie, j'y vois une invitation à l'aventure et à la découverte, là où d'autres n'y verraient qu'un livre ennuyeux.
Ensuite, j'aime beaucoup rencontrer de nouvelles personnes et m'imprégner de leur culture. La langue, à travers son vocabulaire et ses expressions, nous donne beaucoup d'indications sur la manière dont les différents peuples voient le monde. Une illustration intéressante : le russe possède deux mots pour dire bleu (bleu clair et bleu foncé), tandis que le vietnamien possède un même mot pour désigner à la fois les couleurs bleue et verte.

Comment cela t'aide-t-il dans ton quotidien et lors de tes voyages ?

Parler plusieurs langues représente une immense ouverture au monde. Il est beaucoup plus facile de voyager lorsque l'on est en mesure de s'exprimer dans la langue du pays, par exemple à l'hôtel, au restaurant où lorsque l'on souhaite acheter un abonnement de bus. Il est essentiel de se débrouiller au moins en anglais, particulièrement dans des pays où il est compris par la majorité de la population (comme en Suède), mais ailleurs, on peut se retrouver bloqué plus vite qu'on ne le pense si on n'a pas quelques rudiments de la langue locale.

Tu proposes une méthode d'apprentissage des langues, sur ton blog « Le Monde des langues » : en quoi consiste-t-elle ?

En examinant mes propres difficultés face à l'étude des langues, puis celles des personnes autour de moi, j'en suis arrivé à la conclusion suivante : si nous échouons dans notre apprentissage, c'est rarement à cause des difficultés propres à la langue elle-même (prononciation, écriture, grammaire...). Ainsi, je doute qu'on puisse laisser tomber le russe simplement à cause de l'alphabet cyrillique. Le vrai problème se trouve ailleurs.
Ensuite, l'apprentissage des langues a beau être une activité extrêmement répandue, notamment grâce à l'école, elle est finalement assez méconnue et entourée de mythes. Pour beaucoup, il est uniquement possible d'apprendre une langue pendant la petite enfance ou en vivant plusieurs années à l'étranger. Je m'emploie à briser ces idées reçues qui agissent surtout comme des excuses pour ne pas passer à l'action.
Ma méthode se base donc sur l'organisation, la motivation et surtout sur la personnalisation. Chaque personne est unique et il n'existe pas de méthode convenant à absolument tout le monde, il y aura toujours quelque chose que l'on aimera ou l'on n'aimera pas. J'incite donc mes lecteurs à développer leur esprit critique pour trouver ce qui fonctionne pour eux.
De cette manière, ma méthode est transposable à n'importe quelle langue et offre des bénéfices sur plusieurs années.

Quelles sont les bases pour réussir l'apprentissage d'une langue ?

Premier point essentiel : la régularité. Le cerveau humain retient surtout les informations qu'il voit revenir régulièrement, il est donc beaucoup plus fructueux de travailler chaque jour pendant quelques minutes plutôt que plusieurs heures une fois par semaine. Un travail quotidien est le gage d'une immersion réussie.
Ensuite, un bon apprentissage se doit d'être équilibré et de reposer sur ce que j'appelle « les quatre piliers » : la lecture, l'écriture, l'écoute et la conversation. Ces quatre activités sont complémentaires et se nourrissent mutuellement : par exemple, si vous lisez un mot puis le reconnaissez dans un film, il se fixera un peu plus dans votre esprit et davantage si vous l'utilisez ensuite à l'écrit et ainsi de suite.
Dernier point fondamental : la motivation. Lorsqu'on apprend une langue, c'est un engagement sur plusieurs années.
Il faut donc toujours avoir de bonnes raisons de le faire, pour que l'apprentissage reste plaisant et continue d'avoir du sens.

Est-ce qu'il y a des langues plus difficiles que d'autres à apprendre et pourquoi ?

Oui et non. Dans l'absolu, aucune langue n'est plus difficile à apprendre qu'une autre, mais certaines peuvent poser des difficultés, qui varient énormément d'une personne à l'autre. Par exemple, l'italien est facile d'accès pour un Français, beaucoup moins pour un Japonais. Par contre, si notre Japonais maîtrise bien l'espagnol, son apprentissage de l'italien s'en retrouvera considérablement facilité.
Il n'y a donc pas vraiment de langues faciles ou difficiles, mais des langues plus ou moins proches de celles que l'on connaît déjà. Il peut être difficile de prononcer de nouveaux sons, d'utiliser des tournures de phrase exotiques ou de mémoriser un nouvel alphabet, mais avec le temps, on finit toujours par surmonter ces blocages.
Encore une fois, la motivation joue un grand rôle dans tout ça : on apprendra plus aisément une langue « difficile » si on est motivé qu'une langue « facile » si on ne l'est pas.

Les expatriés évoquent souvent la barrière de langue lorsqu'ils partent s'installer à l'étranger : est-ce vraiment une barrière, selon toi ?

Indubitablement. Certaines démarches, comme trouver un appartement dans une grande ville, peuvent être une véritable gageure dans son pays natal, alors dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, cette barrière peut vite se révéler insurmontable !
Ce n'est pas non plus pour rien que de nombreux expatriés restent entre eux, surtout dans des pays très différents du leur : ils n'arrivent tout simplement pas à s'intégrer à la population locale, bien souvent parce qu'ils ne parlent pas la langue.

As-tu souvent été sollicité par des expatriés ou futurs expatriés ? Dans quelle mesure as-tu pu les aider ?

Je vais vous donner une anecdote révélatrice : toutes les personnes ayant écrit un article invité sur mon blog vivent ou ont déjà vécu en dehors de leur pays natal. C'est dire si le lien entre l'expatriation et les langues est fort, il fait bien souvent naître une passion que l'on a envie de partager.
Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu des lecteurs me demander de l'aide, même si on m'a à plusieurs reprises sollicité comme interprète lors de mes propres expériences à l'étranger !
Il arrive en revanche souvent que des expatriés m'écrivent ou me laissent des commentaires pour me faire part de leurs anecdotes ou de leur vision sur tel ou tel sujet. Cette expérience du terrain est toujours très intéressante et vient enrichir mes propres réflexions.

Combien de temps avant une expatriation recommandes-tu d'apprendre la langue ? Est-ce qu'il y a une durée minimale nécessaire à la maîtrise d'une langue étrangère ?

Il vaut mieux commencer le plus tôt possible l'apprentissage de la langue du pays visé. Après tout, pourquoi attendre si on peut s'y mettre maintenant ? Évidemment, comme je l'ai mentionné plus haut, on se retrouvera vite en terrain connu si la langue visée est proche du français.
Difficile d'estimer une durée minimale. Disons que quelques mois intensifs permettent déjà de se repérer et d'avoir quelques conversations simples. C'est déjà amplement suffisant pour la vie de tous les jours et pour sympathiser avec des natifs du pays.
En revanche, si l'on souhaite atteindre un niveau suffisant pour travailler dans cette langue, cet apprentissage peut facilement s'étaler sur plusieurs années.
Le conseil que je pourrais donner aux personnes s'apprêtant à s'expatrier est de bien choisir le vocabulaire à mémoriser en priorité. Si votre employeur s'occupe de vous fournir un logement, est-il si urgent d'apprendre tout le lexique lié à l'hôtellerie ?

Les Français n'ont pas bonne réputation dans la maîtrise des langues étrangères : idée reçue ou réalité ?

Oui et non. Les Français ne sont pas plus mauvais que les autres, mais ils ont un rapport difficile aux langues étrangères. Bien souvent, ils n'osent tout simplement pas se lancer et ont tendance à sous-estimer leur niveau réel. J'ai également observé une fâcheuse manie consistant à rester entre Français et qui, bien évidemment, n'aide pas à s'immerger dans la langue.
S'ils font l'effort d'apprendre la langue du pays, les Français s'en sortent aussi bien que les autres, parfois mieux : après tout, notre langue est très proche de l'anglais ou de l'espagnol, parlés par des centaines de millions de personnes dans le monde. En réalité, nous sommes plutôt avantagés !
Pour prendre un autre exemple, j'entends souvent dire que les Japonais sont mauvais en langues étrangères et que leur accent en anglais est catastrophique. Dans de nombreux cas, j'ai pu confirmer cette affirmation, mais j'ai aussi rencontré des Japonais ayant étudié en dehors de l'Archipel et leur maîtrise des langues étrangères était très honorable !

Quels sont tes conseils pour s'expatrier dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue ?

Outre commencer à apprendre la langue le plus tôt possible, il est préférable de se constituer un réseau sur place avant même son arrivée, avec des personnes parlant la même langue que nous (français, anglais, etc.). L'important est de ne pas se retrouver livré soi-même face à la barrière de la langue une fois arrivé sur place.
Si vous êtes dans ce cas de figure, contactez les personnes que vous connaissez dans le pays pour leur demander leur aide. Bien souvent, ils seront ravis de vous aider à atterrir en douceur. Expat.com est évidemment une ressource à utiliser dans une telle situation.

4 Commentaires
Suzannetoulousaine
Suzannetoulousaine
l'année dernière

Vous avez raison pour la motivation, c'est le plus important quand on veut apprendre une langue . Je suis française, d' origine espagnole et je viens de m'expatrier en Turquie car j'adore ce pays . Récemment retraitée j'ai du temps et l'envie de parler le turc car je veux faire partie de ce pays . Je progresse plus vite car j'ai l'envie et la motivation . Aimer une langue nous aide à mieux la maitriser . Merci de vos conseil .

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Pierre Blanchon
Pierre Blanchon
l'année dernière

Voilà, la motivation est vraiment la base de tout.

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Channtalenvoyage
Channtalenvoyage
l'année dernière

J'ai beaucoup voyagé en parlant très mal l'anglais, encore plus mal l'allemand, quelques mots d'italiens et d'espagnol......... et je n'ai jamais rencontré de problèmes marquants, les explications sont plus longues, les gestes abondants, et les rires extraordinaires et j'ai toujours vécu dans les milieux locaux pas avec des "expat's". C'est certainement pour cela que je me donne peu de mal pour apprendre. Je vis en Afrique de l'ouest.

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Pierre Blanchon
Pierre Blanchon
l'année dernière

A chacun ses méthodes et il est vrai qu'on arrive à faire passer beaucoup de choses simplement avec de grands gestes ! L'essentiel reste finalement de comprendre et de se faire comprendre.

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