De Calgary à la Patagonie pour une vie écologique

  • expatriee en Patagonie
Interview
Publié il y a 4 semaines

Originaire de la vallée du Fraser, à proximité de Vancouver, Sharylin a passé une vingtaine d’années dans la ville de Calgary. Elle a aussi travaillé avec la Croix rouge dans plusieurs pays avant de lancer son propre cabinet de conseils. Il y a six ans, elle décide de s'envoler pour l'Argentine où elle saisit l’opportunité de développer un hôtel écologique dans une réserve naturelle. Sharilyn parle à Expat.com de ses nouvelles aventures en Patagonie et de tout ce qu'elle aime en Argentine, allant des paysages époustouflants à l’hospitalité du peuple argentin.

Bonjour Sharilyn, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je suis d'origine canadienne. J'ai grandi dans la vallée du Fraser, à proximité de Vancouver, en Colombie-Britannique. Ensuite, j'ai passé de nombreuses années à Calgary. Cela fait 6 ans depuis que je me suis envolée pour l'Argentine. En 2015, j'ai saisit l’opportunité de développer un hôtel écologique sur la plage d'une réserve naturelle en Patagonie. C’était vraiment une occasion à ne pas manquer puisque j'avais déjà été séduite par le pays et il ne me restait plus qu'à trouver une raison valable pour pouvoir rester et faire la différence.

Avant de venir en Argentine, j’étais à la tête d'un cabinet de conseils travaillant avec des ONG, des universités, des fondations, ainsi que des agences œuvrant dans le service social. Ma mission consistait à les aider à s'adapter aux changements, améliorer leurs méthodes d’opération, définir de nouvelles stratégies, mener des recherches et évaluer des opportunités telles que l'entrepreneuriat social. C’était un véritable défi, avec des clients provenant des quatre coins du pays. Avant cela, j'ai aussi travaillé pour le compte de la Croix rouge en matière de gestion et de communication au Canada, en Chine, au Bangladesh et en Suisse.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers l'Argentine ? Depuis combien de temps y vis-tu ?

J'ai vécu une vingtaine d’années à Calgary et j'y ai toujours des amis et des contacts. Cependant, je ressentais le besoin de changement. J'ai donc décidé de déménager avec ma famille en Argentine. Ayant eu une carrière bien chargée, j'ai choisi de prendre un peu de recul pour me consacrer, pendant six mois, à ma famille et à moi-même. Je me suis remise aux études à la trentaine afin de décrocher mon MBA. Par la suite, je me suis accordée un long congé sabbatique pour partir à la découverte de tous les coins et recoins du pays, la plupart du temps à dos de cheval, tout en réfléchissant à la prochaine étape de ma vie. C'est à ce moment-là que j'ai pris conscience de ce que je voulais vraiment et je me suis donc préparée à relever un nouveau défi.

Quelle est la marche à suivre pour s'installer en Argentine ?

Il faut absolument trouver le visa approprié ! Comme le Canada, l'Argentine est bâtie sur le principe de l'immigration, ce qui permet à de nombreuses personnes de s'identifier en fonction de leurs origines familiales. Ainsi, les générations argentines se suivent l'une après l'autre. S'il est aujourd'hui plus difficile de s'y installer, une fois que vous avez décroché votre visa de résident, il ne vous reste plus qu'à le renouveler chaque année. Au bout de 3 années (du moins, à l’époque où je me suis installée ici), il est possible de demander un permis de résidence permanente. Dans mon cas, les procédures se sont avérées un véritable défi puisque je n'avais pas encore une maîtrise de l'espagnol. J'ai toutefois eu recours à un spécialiste en immigration qui m'a beaucoup aidé.

Parles-nous de ce que tu aimes le plus en Argentine et en Patagonie, et le moins.

Ce que j'aime le plus en Argentine, c'est l’hospitalité des gens et les amitiés que j'ai eu l'occasion développer ici depuis mon installation. En ce qui concerne la Patagonie, j'adore la diversité des paysages et le sentiment de bien-être et de réconfort que l'on ressent en les contemplant. Ce que j’apprécie le moins, en revanche, c'est la complexité des procédures bureaucratiques qui s'est développée au fil des années. Je pense vraiment que tout cela doit être revu afin de faciliter la vie aux gens et d’améliorer la qualité des services offerts.

Comment décrirais-tu l'Argentine et la Patagonie en une phrase ?

Je m'amuse à qualifier l'Argentine de « beauté chaotique », avec toute mon affection pour ce pays dont j'ai fait mon nouveau chez-soi. L'Argentine est un pays complexe et incroyable, doté non seulement d'un immense héritage mais aussi de nombreux défis. En tant qu'entrepreneur et investisseur, j'ai l'occasion de travailler avec des Argentins soucieux d’améliorer le climat des affaires et de l'investissement pour que tout le monde puisse profiter des mêmes opportunités. La Patagonie est beaucoup plus indépendante, avec ses paysages époustouflants pouvant aussi être très bruts des fois. Il est également plus difficile de se lier d’amitié avec les locaux, mais une fois que vous avez gagné leur confiance, on se soutient mutuellement. C'est d'ailleurs l'un des aspects qui me plaisent le plus en Argentine.

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Qu'est-ce qui t'a le plus surpris à ton arrivée en Argentine et en Patagonie ?

J'ai été agréablement surpris par l'esprit entrepreneuriat qui règne ici, et particulièrement au sein de la classe moyenne. Tout le monde est soucieux de trouver des solutions plutôt que s'attarder sur les problèmes. On vit avec des règles pouvant changer du jour au lendemain. Des fois, les défis semblent insurmontables et d'autres, on se voit contraint à faire face à des changements drastiques sur le plan financier. Si le climat des affaires en Argentine est dynamique, il est presque impossible de faire des projets à long terme. Cette situation a permis aux professionnels de développer des compétences et une attitude particulières qui leur permettent de s'adapter à toutes les circonstances pour s'assurer que les choses continuent de fonctionner. Les Argentins sont de nature croyante et très positifs. Ils arrivent toujours à trouver les moyens qu'il faut, ensemble, pour que tout se passe comme sur des roulettes. Pour ma part, je me réjouis du fait de m’être retrouvé au sein d'un environnement aussi dynamique et d’être entourée d'excellents associés et fournisseurs.

Qu'est-ce qui caractérise le marché du travail argentin ?

Ce dont l'Argentine a réellement besoin, et c'est ce que l'on voit à présent, c'est une hausse de l'investissement en vue de créer davantage d’opportunités pour tous. Des efforts significatifs sont faits à tous les niveaux en vue d'offrir aux investisseurs une plate-forme sure et fiable. Je dois dire que les investisseurs étrangers s’intéressent davantage à l'Argentine et j’espère voir une croissance du marché du travail très prochainement. Il faut reconnaître que le pays possède une main-d’œuvre hautement qualifiée et compétente. Les expatriés possédant des compétences uniques se voient ainsi confrontés à une compétition féroce avec les locaux qui disposent, d'une part, d'une parfaite maîtrise de la langue et, d'autre, d'une relation de longue date avec le pays.

De nombreux secteurs, dont celui de la technologie, sont actuellement en ébullition. L'on y trouve également un écosystème de start-ups incroyable. Vous pourriez peut-être commencer par là, comme vous l'auriez fait dans n'importe quel autre pays. A ceux qui sont en détachement, il est conseillé de s'initier à la langue et de comprendre le marché des affaires avant de s'y installer. Pour les Nord-américains, comme moi, cela signifie qu'il est temps de prendre un peu de recul et de laisser le temps qu'il faut aux formalités et procédures. Si vous êtes en quête de nouvelles perspectives de carrière en Argentine, à mon avis, vous avez plus de chances de réussir dans le domaine de l'entrepreneuriat plutôt que sur le marché du travail déjà saturé.

Est-il difficile pour un expatrié de trouver un logement en Patagonie ? Quels sont les types de logements disponibles ?

La Patagonie est une immense région où il y a quelque chose de différent à découvrir dans chacun des quartiers. La plupart des petites villes offrent une vaste sélection de logements, allant des appartements et maisons individuelles à la colocation. Il reste toutefois difficile d'y trouver une location à long terme pour la raison suivante : il vous faudra un garant, soit un local ou un propriétaire immobilier prêt à signer le contrat de bail pour vous. Il est donc plus facile de trouver une location à court terme.

Quels sont les festivals les plus populaires en Argentine ?

Si c'est dans une ville comme Buenos Aires que vous avez choisi de poser vos valises, chaque long week-end prendra l'allure d'une grande fête. Les Porteños, ou les habitants des villes portuaires, en profitent pour faire une petite escapade à l'extérieur de la ville, passer du temps en famille dans des campo ou dans d'autres destinations telles que la péninsule de Valdés. D'une manière générale, le Carnaval, Pâques, Noël, le Nouvel An, les vacances d'hiver en juillet, ainsi que le long week-end d'octobre sont les moments les plus festifs de toute l’année en Argentine.

Quels sont les principaux codes culturels ?

L'on aborde généralement la question d'un point de vue touristique en se focalisant sur les traditions de base telles que le partage du mate, le thé local. Je préférerais me concentrer sur les codes sociaux en tant que résidente et avec mes années d’expérience. Sur le plan professionnel, j'ai un profond respect pour l'environnement sociopolitique du pays, ce qui fait que j'ai mes propres opinion au sujet de ce dont ce pays a réellement besoin même si ces concepts ne peuvent s'appliquer dans toutes les circonstances. D'une manière générale, pour vivre ici, il faut faire preuve de respect envers la ténacité des Argentins qui sont en train de lutter pour offrir une vie digne à leurs familles.

Ce qui me surprend, en tant que Canadienne, c'est que l'on n'ait pas besoin d’être à l'heure à un événement social. S'il est mentionné sur la carte d'invitation que l’événement débute à 21h, on ne vous attend pas vraiment avant 22h ou 22.30h. Au Canada, avoir un quart-d'heure de retard pourrait être mal vu. En Argentine, en revanche, votre hôte pourrait ne pas être prêt à vous recevoir avant une bonne petite heure. Après avoir passé 6 années ici, je n'arrive toujours pas à me défaire de ma ponctualité, ce qui, d'ailleurs, ne surprend plus mes amis argentins.

Que penses-tu du mode de vie Argentine et en Patagonie ?

J'adore le mode de vie argentin qui est très social. Ici, on aime bien passer du temps entre amis ou en famille autour d'un café ou d'un dîner, ou encore, d'un asasdo ou barbecue le dimanche. Les gens font l’effort de se parler et d’être bien présent, que ce soit en achetant son pain à la boulangerie ou en s’attelant aux tramites (formalités) auprès d'une entité gouvernementale.

A titre d'exemple, je constate lorsque que fais la file d'attente à l’entrée de la banque, que les employés de saluent en se faisant la bise, jusqu'à ce que les portes s'ouvrent. Tout cela m'a l'air chaleureux. Les Argentins sont également des personnes actives. Vous les retrouverez en grand nombre dans les parcs à faire leur jogging ou le vélo. Ils participent également aux activités sportives et adhèrent à différents clubs.

L'on trouve également pas mal de personnes âgées, en famille, dans les cafés. Les gens sont étroitement liés les uns aux autres et c'est d'ailleurs ce qui rend la beauté et la culture argentines si unique.

Quels sont les moyens de transport disponibles en Patagonie ? Comment te déplaces-tu ?

Je conduis généralement à travers le pays et je m'y sens en sécurité, en prenant toutes les mesures de précaution, bien évidemment. La région dispose également d'un excellent réseau de transports aériens et terrestres, y compris le bus et le train.

A quoi ressemble ton quotidien d’expatriée en Patagonie ?

Je vis à Buenos Aires et j'y travaille, aussi bien qu'en Patagonie. Quand je suis à l’hôtel, mes journées sont remplies. Nous recevons plein d'invités, mais j'apporte aussi mon aide à la gestion de l’équipe tout en travaillant sur des partenariats et des connexions contribuant à l'avancement et la réussite de l’hôtel, ainsi qu'à l’amélioration du profil de la région. Donc, si mes journées tournent essentiellement autour du travail, il faut bien reconnaître que le développement d'un réseau est l'un des facteurs clés pour la réussite d'un entrepreneur.

As-tu eu des difficultés d'adaptation à ton nouvel environnement ?

Pas vraiment. Cela peut sembler étrange, mais je me suis sentie chez moi dès mon arrivée en Argentine bien que je ne parlais pas encore l'espagnol. Ici, on profite beaucoup du plein air et la vie a un style un peu bohémien. L'on ne sait jamais à quoi s'attendre mais il faut savoir se ménager. Certaines petites choses peuvent sembler difficiles à accomplir, mais une fois que vous l'avez fait, le sentiment de réussite s'installe tout naturellement. Le meilleur moyen de survivre en Argentine est de célébrer chacune de vos réussites, qu'elle soit petite ou grande, comme une grande victoire.

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Que fais-tu de ton temps libre ?

En tant que propriétaire d'un hôtel ouvert 24/7, j'ai très peu de temps libre. Notre petite équipe est toujours disponible, ce qui veut dire que ma vie quotidienne tourne autour du travail. Je m'occupe aussi de mes enfants et je fais du jogging et de l’équitation une fois par semaine. Dès que l'occasion se présente, je sors dîner au restaurant ou assister à des événements musicaux dans des clubs de jazz, un verre de vin argentin à la main.

Y a-t-il en Argentine des activités nocturnes pour les fêtards ?

La vie nocturne est tout simplement surprenante, particulièrement à Buenos Aires. Les soirées débutent assez tard, généralement autour de 23h pour culminer à l'aube.

Quelles nouvelles habitudes as-tu adoptées en Argentine ?

Je me suis mise à courir. En Patagonie, je profite des splendides plages à proximité de l’hôtel. Quand je suis à Buenos Aires, je vais faire mon jogging dans le magnifique parc longeant la rivière. Par ailleurs, je fais mes courses plus régulièrement aux épiceries familiales qu'au supermarché. Les prix sont moins élevés et la qualité est meilleure.

Quelles vieilles habitudes as-tu laissé tomber ?

Je regarde moins ma montre. J'essaye de m'adapter en fonction de la situation et de faire l'impasse sur certaines choses. J'y parviens plus ou moins.

Quel est ton avis sur le coût de la vie en Argentine et en Patagonie ?

Le coût de la vie en Argentine a augmenté de manière significative depuis mon installation il y a 6 ans. Cette situation s'explique par la levée des subventions de l’État sur certains produits et services. Aujourd'hui, la hausse des prix est liée aux entreprises qui sont en train de prendre avantage de la chute du peso. Le coût de la vie est donc un sujet sensible qui suscite beaucoup d’intérêt.

Y a-t-il une chose que tu souhaiterais faire en Argentine mais dont tu n'as pas encore eu l'occasion ?

J'ai eu la chance d'explorer et de m’éprendre de pas mal d'endroits ici, mais il me reste toujours à découvrir la province de Jujuy qui se situé dans le Nord du pays.

Quel est ton meilleur souvenir de l'Argentine ?

Il y en a plein, comme contempler le lever du soleil à 3 000 mètres d'altitude dans les Andes, la traversée de la rivière à la nage avec mon cheval, la construction de mon hôtel et la présentation de mes invités à la magie de la péninsule Valdés.

Si tu pouvais repartir à zéro en Argentine, que ferais-tu différemment ?

J'aurais acheté un appartement ou une maison plutôt que payer le loyer.

Que penses-tu de la cuisine locale ? Quelles sont tes spécialités préférées ?

J'adore la cuisine locale, particulièrement tout ce qui s'accompagne de viande, d'un bon vin et d'une conversation engageante.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à ton pays d'origine ?

La facilité de faire certaines choses et le sentiment de confiance que l'on éprouve envers le système et le pays dans son ensemble. Le Canada peut sembler un pays ennuyeux, mais tout y fonctionne à merveille.

Es-tu déjà arrivée au point de vouloir quitter l'Argentine ? Comment as-tu surmonté cette étape ?

Pas vraiment avant cette année, avec des événements étroitement liés aux affaires et au défis de l'entrepreneuriat en Argentine. Je suis toutefois d'avis qu'il faut affronter ces défis pour en ressortir plus fort. Avoir une culture d'entreprise transparente serait l’idéal.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs expatriés en Argentine ?

Essayez, tant que possible, de ne pas vous confiner à la communauté des expatriés. Sortir, faire de nouvelles rencontres et vous lier d’amitié avec les locaux vous aidera à vous adapter plus facilement. J’apprécie vraiment les nouvelles amitiés que j'ai eu l'occasion de développer ici et je dois dire que les Argentins sont des gens très amicaux et serviables. Aussi, la société argentine étant très active, l'on y trouve toujours quelque chose de nouveau à faire.

Quelles seraient, selon toi, les 5 choses à mettre dans sa valise en s'expatriant en Argentine ?

La plupart des expatriés parlent de leurs aliments préférés, de leurs produits cosmétiques, entre autres. Au fil des années, j'ai fini par comprendre que la plupart de ces choses perdent leur importance à mesure que l'on s'habitue à la vie sur place et que l'on a de nouvelles préférences. Cependant, il reste toujours difficile de trouver certaines choses telles que l’électronique. Les ordinateurs et téléphones portables, ainsi que leurs accessoires, sont extrêmement chers ici. Il vaut mieux les emmener depuis l’étranger.

Quels sont tes projets d'avenir ?

Je compte poursuivre mon combat sur le plan du développement durable par le biais de mes investissements dans mon hôtel écologique.

Y a-t-il une chose que tu souhaiterais ramener avec toi en quittant l'Argentine ?

Le sentiment de « démarrage » lorsque l'on s’apprête à se lancer dans une activité perd tout son sens lorsque l'on se retrouve réellement en situation avec ses partenaires et associés. J'aime bien ce sentiment de complicité qui donne plus de sens au travail accompli, quel que soit le statut social ou la situation familiale des personnes impliquées.