Des États-Unis à l'Espagne : l'histoire d'une vie accomplie

  • American expat in Spain
Interview
Publié il y a 3 mois

Originaire de la ville de Chicago, Cat a choisi, il y a 10 ans, de poursuivre ses études en Espagne. Séduite par les tapas, les siestas et les splendides robes de flamenco, elle décide de ne plus jamais repartir. Son séjour d'une année pour apprendre l'espagnol finit par se transformer en véritable aventure. Aujourd'hui, elle vit à Madrid où elle s'est acheté une maison, avec son époux et leur enfant. Cat parle à Expat.com du charme de son nouveau chez-soi et de tout ce qui la retient en Espagne.

Bonjour Cat, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de ton parcours ?

Je suis Américaine, originaire de Chicago, et je vis en Espagne. Au terme de mes études au collège, j'ai refusé un poste que m'avait offert une station radio pour m'envoler pour l'Espagne. J'avais surtout envie de voyager, mais aussi d’améliorer mes compétences en espagnol.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers l'Espagne ?

Les gens me demandent souvent comment j'ai fait pour rester aussi longtemps. La réponse est simple : la gastronomie (et l'amour) ! Plus précisément, j'avais toujours rêvé d'une immersion linguistique. L'Espagne représente bien plus que la playa et la paella. Chaque jour est un nouveau défi. Je me suis éprise du pays durant mes études ici et je ne pense pas repartir de si tôt.

Quelle est la marche à suivre pour s'expatrier en Espagne ?

L’étape la plus difficile pour un ressortissant américain est d'obtenir un visa pour l'Espagne. Sauf si vous êtes joueur de foot ou pêcheur, il est presque impossible d'obtenir un permis de travail. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai choisi de venir ici avec un visa d'étudiant pour pouvoir enseigner l'anglais grâce au programme d'assistantes en langue. J'ai enseigné pendant trois années dans un lycée dans la région rurale de Séville avant de faire un pareja de hecho, c'est-à-dire, contracter un mariage civil avec mon conjoint. Cela m'a permis de travailler légalement dans le secteur éducatif en Espagne. Je suis donc passé du statut d'enseignante à celui d'examinatrice pour ensuite devenir formatrice d'enseignants.

Parles-nous de ce que tu aimes le plus en Espagne, et le moins.

Ce que j’apprécie le moins, c'est le fait d’être loin de ma famille, ainsi que le manque d'infrastructures et de facilités pour bâtir sa carrière. Mon métier d'enseignante me plaisait, mais je n'arrivais pas à me sentir accomplie. Je constate que les Sévillans se contentent de gagner tout juste leur vie sans se préoccuper des temps durs. Comme il n'y a pas d'industrie en particulier à Séville, j'ai profité de la mutation temporaire de mon conjoint à Madrid pour rechercher un emploi en dehors du domaine de l'enseignement de l'anglais. Aujourd'hui, je suis conseillère en admission dans une université américaine située dans la capitale. Je gère le recrutement des étudiants étrangers et la communication.

Quelles sont les caractéristiques du marché du travail espagnol ?

Il existe tout de même des perspectives de carrière en Espagne, notamment dans les secteurs du tourisme et de la communication. Par ailleurs, le nomadisme digital devient de plus en plus populaire en Espagne. De nombreux professionnels choisissent de s'y installer avec un visa à but non lucratif, soit pour travailler à distance, soit pour donner des cours en ligne. L'Espagne est aussi un endroit idéal pour créer son entreprise en dépit des procédures onéreuses. Il suffit d'oser et de donner libre cours à sa créativité.

With a friend in Spain

Est-il difficile pour un expatrié de trouver un logement en Espagne ? Quels sont les types de logements disponibles ?

C'est plutôt difficile à dire pour un propriétaire. La croissance de l'immobilier touristique a eu un impact significatif sur les logements abordables en Espagne. En un rien de temps, les prix sont montés en flèche, ce qui a poussé de nombreux locaux à mettre les voiles. Pour sa part, Séville abrite une importante communauté étudiante, y compris ceux en programme d’échange Erasmus. Il peut donc être difficile de dénicher la perle rare en automne, par exemple. Les étudiants sont aussi nombreux à déménager de la ville vers les villages des alentours pour profiter de plus d'espace et de commodités. Vous trouverez pas mal d'appartements en ville, mais les loyers sont exorbitants. A titre d'exemple, le prix d'un appartement dans le centre-ville est généralement équivalent à celui d'une maison avec un jardin en périphérie. En revanche, les logements tendent à être vieux et dépourvus d’équipements modernes.

Quels sont les principaux codes culturels en Espagne ?

Les médias en parlent tout le temps, mais je rajouterai deux choses à cette liste déjà longue. A Séville, par exemple, on porte des habits flambants neufs pour aller regarder les processions religieuses le Dimanche des Rameaux. Et puis, les femmes ne doivent pas porter de robe de flamenco traditionnelle lors de la soirée d'ouverture de la foire annuelle.

Que penses-tu du mode de vie à Séville ?

Séville est une ville bien plus abordable et décontractée que Madrid. Il s'agit toutefois d'une épée à double-tranchant. D'un côté, les Sévillans vivent confortablement, mais de l'autre, leur carrière ne semble jamais progresser. Séville est surnommée « el ombligo del mundo » ou « le nombril du monde ». D'ailleurs, les locaux estiment qu'il n'y a aucun meilleur endroit au monde. Ils tendent donc à se contenter de leur cercle social en ne faisant pas preuve d'ouverture d'esprit.

Quels sont les moyens de transport disponibles en Espagne ? Comment te déplaces-tu ?

Étant une ville plate, Séville est très agréable pour la marche. Elle possède d'ailleurs de nombreuses rues piétonnes, particulièrement dans son quartier historique. L'on y trouve également des centaines de kilomètres de pistes cyclables, loin des routes principales. La plupart du temps, je me déplace donc à vélo. On a aussi une ligne de métro ainsi qu'un vaste réseau de bus, permettant de parcourir la ville en une demi-heure. Séville est également un excellent point de départ pour rejoindre les villes avoisinantes, les montagnes et les plages. En revanche, il est très difficile de trouver des aires de stationnement en raison des routes à sens unique et des rues piétonnes. Il n'est donc pas très agréable de conduire à Séville.

A quoi ressemble ton quotidien d’expatriée à Séville ?

Je dois toujours me lever pour aller travailler, payer mes factures et faire le ménage. La seule différence c'est que je le fais désormais en espagnol.

girls in flamenco dress

As-tu eu des difficultés d'adaptation à ton nouvel environnement ?

Au départ, un peu. Mais au bout de 10 années, je dois dire que je me suis habituée à ma nouvelle vie ici. D'ailleurs, il m'arrive de me sentir dépaysée lorsque je vais passer des vacances aux États-Unis.

Que fais-tu de ton temps libre ?

Comme je suis désormais maman, je n'ai pas beaucoup de temps libre. Dès que j'en ai l'occasion, je passe un peu de temps à travailler sur un site spécialisé en conseils sur la résidence, dédié aux Nord-américains et aux non Européens. Je tiens également un blog, Sunshine and Siestas, sur lequel je partage mon expérience d’expatriée, mes voyages et ma passion pour la photographie. De temps en temps, j'arrive aussi à faire une petite sieste.

Y a-t-il en Espagne des activités nocturnes pour les fêtards ?

Sans aucun doute. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, allant des cervecerías traditionnels aux soirées dansantes aux abords des rivières. Les Sévillans aiment bien se retrouver pour tomar algo ou prendre un verre et faire la fête. L'on y trouve également une gastronomie hors paire, même si la cuisine internationale n'est pas si présente.

Quelles nouvelles habitudes as-tu adoptées en Espagne ?

Je me rend presque partout à pied, même au travail ! Aux États-Unis, je prenais toujours la voiture.

Que penses-tu du coût de la vie à Séville ?

A chaque fois que je rentre aux États-Unis, mes amis se font le devoir de m'acheter un steak et un bon verre de vin parce qu'ils n'arrivent pas à digérer le fait que je touche un salaire inférieur à celui que j'aurai pu gagner aux États-Unis. Je n'ai jamais été riche, mais je n'ai pas été pauvre non plus.

Compte tenu du salaire minimum qui tourne autour de 1,100 € à Séville, tout est plus ou moins abordable, allant du loyer aux loisirs. Le loyer que je payais pour une maison près du quartier historique de Séville coûtait la moitié de ce qu'on payait pour un appartement de deux chambres à Madrid. A Séville, un dîner accompagné d'une boisson coûte environ 10 € par personne. Par ailleurs, comptez 1,20 € pour un trajet en bus et une bière, 1,10 € pour 3 baguettes moyennes, 7€ pour un ticket de cinéma et à peu près le même montant pour deux tapas et quelques bières.

Ce sont surtout les charges, particulièrement l’électricité, qui représentent les dépenses les plus significatifs. Comme Séville connaît des températures extrêmes, on a souvent tendance d'utiliser le climatiseur et le chauffage.

expat mother in Spain

Si tu pouvais repartir à zéro en Espagne, que ferais-tu différemment ?

Je pense que j'aurais orienté mes recherches sur d'autres secteurs que celui de l'enseignement. J'aurais aussi développé mon réseau professionnel avant de venir ici. Mon poste à Madrid me plaît bien, mais j'aurais peut-être dû essayer des stages non rémunérés, des opportunités de rédaction, ou encore, des cours professionnels en conception de sites web ou en marketing. Le marché du travail de Séville est bien plus restreint que celui de Madrid, mais je ne m'en suis pas rendu compte à temps.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à ton pays d'origine ?

Ma famille, bien sur ! L’été à Chicago, les festivals, les bateaux, les hot-dogs kosher, ainsi que les Chicago Cubs me manquent aussi.

Es-tu déjà arrivé au point de vouloir quitter l'Espagne ? Comment as-tu surmonté cette étape ?

J’étais assez découragée après une courte rupture avec l'homme qui est aujourd'hui mon époux. Il devait souvent voyager pour des raisons professionnelles et j'avais l'impression que le seul moyen de pouvoir rester en Espagne était de me passer la corde au cou. J'ai donc décidé de rentrer aux États-Unis pour l’été. A mon retour, je me suis rendu compte du fait que je n’étais pas encore prête à me défaire de l'Espagne. Je m’étais déjà engagée pour une année de plus avec l’école où j'enseignais et j'avais déjà signé un bail. Par ailleurs, je n'avais pas encore fait mes adieux à mes amis et il me tardait de les revoir. J'ai donc décidé de retourner en Espagne et de me remettre avec mon compagnon, et je ne le regrette pas un seul instant. Nous nous sommes mariés et cela fait quatre ans depuis que nous sommes devenus propriétaires de notre propre maison.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs expatriés en Espagne ?

Faites vos recherches et n’hésitez pas à contacter d'autres expatriés qui, comme vous, on choisi de franchir le cap. Cependant, gardez en tête que les choses ne seront pas comme elle le sont dans votre pays d'origine. Vous pouvez toujours dîner à 18h si vous le souhaitez. En revanche, ne soyez pas surpris que l’épicerie du coin ait fermé ses portes à 16h en raison de la chaleur. Une fois que vous aurez compris le mode de vie des habitants de la région et que vous vous y serez adapté, votre expatriation se passera en douceur.

Tes projets d'avenir ?

Une deuxième enfant dans un an ou deux, peut-être. Pour le reste, on n'en sait rien encore.