UN NOUVEAU REGARD SUR L’UKRAINE

J’adresse cet article aux 1 milliers d’expatriés français de l’UKRAINE.
J’espere que votre curiosité, votre goût pour l’information seront récompensés

Article du journal « LA CROIX »
Par Alain Guillemoles
Alain Guillemoles est journaliste au service économie du quotidien « LA CROIX » et enseignant au Celsa, l’École des hautes études en sciences de l’information de l’université de la Sorbonne.
Il a été correspondant en Ukraine et couvert l’actualité de ce pays durant plusieurs années.

« C’est un moment privilégié où de nombreuses opportunités apparaissent en Ukraine »
Publié le 5 décembre 2017

Au moment où l’Ukraine se transforme, c’est peut-être le moment, pour les entreprises françaises, de changer de regard sur ce pays.


Entretien avec Alexis Struve, qui dirige le bureau de Business France à Kiev.
La Croix : Quels sont les groupes français déjà présents en Ukraine et comment s’en sortent-ils ?
Alexis Struve : L’économie ukrainienne a été profondément déstabilisée par les événements géopolitiques intervenus dans la foulée de la « Révolution de la dignité ».
Cette crise s’est tout d’abord manifestée par la perte en 2014-2015 de 70 % de la valeur de la hryvnia, la monnaie ukrainienne, par rapport au dollar, et par une inflation supérieure à 50 %.
Bien qu’affectant de manière lourde l’activité des entreprises françaises, la crise n’a donné lieu au départ de pratiquement aucune entreprise implantée en Ukraine.
On peut noter de fortes variations selon les secteurs d’activité : si le secteur de l’automobile a par exemple très fortement souffert, celui de l’agriculture a continué à connaître une croissance à deux chiffres.

La présence économique française reste essentiellement concentrée dans les secteurs des services, principalement financiers (Crédit agricole et BNP Paribas), le secteur agricole (Soufflet, Euralis, Maïsadour, Limagrain…) et la distribution avec la présence d’Auchan et Leroy Merlin.
Aujourd’hui, l’économie Ukrainienne retrouve des couleurs et l’ensemble de ces secteurs sont en croissance.
—> Par exemple, Auchan vient de doubler le nombre de ses magasins par le rachat de 9 hypermarchés de la chaîne ukrainienne Karavan.

A Kiev, un marché de plein air Crédit: Lara Roques
– Quelles sont les raisons pour lesquelles une entreprise française peut aujourd’hui s’intéresser à ce marché ?
A.S. : L’Ukraine est en train de vivre un temps de reconstruction et de restructuration.
Elle réoriente ses partenariats commerciaux.
C’est un moment privilégié où de nombreuses opportunités apparaissent pour les entreprises françaises d’accroître leurs parts de marché.
Je suis convaincu que c’est maintenant qu’il faut venir en Ukraine.
C’est maintenant que nos principaux concurrents se positionnent.

Venir en Ukraine demande d’avoir les reins un peu solides, ne pas vouloir forcément gagner de l’argent très vite, mais on peut à terme faire de très belles affaires.
Il faut noter que le pays bénéficie depuis 2014 d’une assistance massive de la part des institutions financières.

Ce soutien est d’abord celui du FMI qui a accordé un financement exceptionnel (« Extended Fund Facility ») de 17,5 Mds USD sur 4 ans.
Cet engagement du FMI a suscité d’autres soutiens de créanciers publics ou privés (BERD, BEI, Banque Mondiale…).
Ces financements, rapportés au PIB du pays, font de l’Ukraine aujourd’hui le pays le plus assisté au monde par le FMI.

– Depuis la révolution de 2014, le pays a annoncé des réformes ambitieuses.
Mais dans les faits, elles tardent parfois à se concrétiser.
Est-ce que vous constatez tout de même des progrès, en particulier en termes de transparence ou de lutte contre la corruption ?
A.S : L’Ukraine s’est construite durant des décennies en ayant comme référent essentiel la Russie et les pays de la CEI.
Aujourd’hui, elle se tourne vers le voisin de l’Ouest, l’Union européenne.

C’est un travail de Titan !
c’est toute l’économie qui est appelée à se restructurer de manière très profonde.
Dans cet esprit, le pays s’est engagé dans un ensemble de réformes majeures (maîtrise des équilibres budgétaires, fiscalité, décentralisation, secteur énergétique, santé…).

Sur le plan monétaire, le taux de change est devenu flexible permettant, après une phase d’inflation/dévaluation, une stabilisation de la monnaie.

Le système bancaire a été restructuré.
Sur 180 banques, environ 80 ont été fermées.

La lutte contre la corruption fait l’objet d’une attention particulière, d’autant qu’il s’agit d’un sujet sensible tant pour la communauté des bailleurs de fonds que pour l’ensemble de la société.
Un Bureau national de lutte contre la corruption (NABU) et une Agence pour la prévention de la corruption (NAPC) ont été créés.

Toutefois, les résultats demeurent modestes en raison des moyens d’investigation limités, d’un partage flou des compétences, de résistances structurelles issues du régime précédent et des risques d’instrumentalisation de ces institutions.
Un travail important a également été fait en instaurant la transparence des marchés publics avec le système Prozorro.

En règle générale, lorsque l’on veut travailler en Ukraine mieux vaut être accompagné et le faire avec un partenaire local.

– La signature de l’accord d’association avec l’Union européenne a-t-elle eu des effets concrets sur les entreprises locales pour les amener à s’adapter ?
A.S : L’entrée en vigueur, depuis le 1er janvier 2016, du volet commercial de l’Accord d’association et de libre-échange entre l’Union européenne et l’Ukraine a contribué de manière nette à intensifier les échanges commerciaux.
Les importations ukrainiennes en provenance de l’UE ont augmenté de 11,5 % en 2016 et les exportations vers l’UE de 6,5 %, alors que l’ensemble des exportations ukrainiennes ont baissé de 4,6 % la même année.
Après deux années de crise profonde, nous assistons depuis 2016 à une stabilisation de l’économie.
Celle-ci se traduit, notamment, par une reprise dynamique de ses importations.
La France a ainsi accru de plus de 23 % ses exportations vers l’Ukraine en 2016 (19 % au global pour l’UE).
Un deuxième facteur, qui devrait avoir un impact accélérateur sur l’intégration des deux marchés, est l’harmonisation des normes et standards ukrainiens avec la législation européenne.
Cela concerne de nombreux domaines d’activité tels que les achats publics, la protection de la propriété intellectuelle, le commerce de l’énergie etc.

Propos recueillis par Alain Guillemoles (professeur à l’École des hautes études en sciences de l’information de l’université de la Sorbonne) .




Voilà, j’espere que vous avez appréciez l’article
AMITIÉS À TOUS LES FRANÇAIS

PATRICE

Merci pour cet article qui correspond tout à fait à la macro économie du pays, mais qui est loin d'être ressenti au niveau local. Et à nuancé à mon avis à cause de la guerre dans le Donbas et des fortes résistances locales aux changements de toute sorte à tous les niveaux.

vet33 :

Merci pour cet article qui correspond tout à fait à la macro économie du pays, mais qui est loin d'être ressenti au niveau local. Et à nuancé à mon avis à cause de la guerre dans le Donbas et des fortes résistances locales aux changements de toute sorte à tous les niveaux.

Bonjour ,
Tout à fait d'accord !

Juste une expérience vécue.
Je pouvais acheter à très bas prix des produits de luxe entrés en Ukraine sans taxation. Maintenant, cette source de revenus mafieux vient d'être bloquée par le gouvernement.
Selon les codes-barres, ces produits dateraient du temps de Maïdan.
J'explique, par exemple, tout à 2 ou 3 euros pour 2 litres de Chivas, de Courvoisier XS, du Channel n°5 à 265 UAH etc.
Je ne vois qu'une explication, une livraison par bateau via Odessa pour le Kremlin et blocage par la mafia à Odessa puis revente avec internet.
Mais à présent c'est fini.
GRRRRR Mon épouse ne peut plus prendre son bain dans du 5 de Coco!!!
Je vais devoir porter plainte d'un expat auprès de Mr Roshen ou Poko, au choix.

Nouvelle discussion